JK Rowling : La maman des romans Harry Potter attaquée par une frange du monde du jeu
Le site Ludovox, volontairement indépendant des éditeurs de jeux de société, a publié une tribune qui dénonce la décision de Czech Games Edition de publier un jeu de société exploitant la licence Harry Potter, localisé en France par Iello, et appellent à soutenir les personnes transgenres.
Cela s’inscrit en gros sur le site, et leur position est sans appel :
Produire, vendre ou acheter un jeu de société Harry Potter, c’est dire aux personnes transgenres qu’elles n’ont pas leur place à la table de jeu...
Leur message en détail :
Le 22 juillet 2025, les éditeurs Czech Games Edition et Iello ont respectivement annoncé la sortie et la localisation de Codenames : Back to Hogwarts (Codenames : Retour à Poudlard en français).
En exploitant la licence Harry Potter, les éditeurs Czech Games Edition et Iello ont pris la décision, en connaissance de cause, de privilégier le profit au détriment de la vie des personnes transgenres.
En effet, de nombreux médias documentent depuis des années les positions ouvertement transphobes de J.K. Rowling, créatrice de Harry Potter, ainsi que le reversement des profits de cette licence à la lutte contre les droits des personnes transgenres.
En 2022, l’autrice a contesté publiquement un projet de loi visant à simplifier le processus de changement de genre à l’état civil en Écosse.
En 2024, J.K. Rowling a fait don de 70 000 livres (83 000 euros) au groupe For Women Scotland (groupe de femmes antitrans), qui a œuvré pour que les femmes trans au Royaume-Uni ne soient plus protégées par l’Equality Act, une loi antidiscrimination datant de 2010.
Le 16 avril 2025, la Cour suprême britannique a donné raison à l’association For Women Scotland, en estimant que c’est le sexe biologique – et non le genre – qui définit une femme aux yeux de la loi, une décision saluée par J.K. Rowling avec une profonde satisfaction. Dans les faits, cette décision signifie que les femmes transgenres n’auront plus accès aux espaces non-mixtes correspondant à leur genre, qu’il s’agisse des centres d’accueil, des hôpitaux, des vestiaires, mais aussi des prisons. En outre, les femmes transgenres arrêtées seront désormais fouillées par des agents de sexe masculin.
Plus récemment, en mai 2025, l’autrice a annoncé la création d’un fonds privé dans le but de financer, à l’aide des profits liés à la licence Harry Potter, des initiatives juridiques contre les personnes transgenres.Les attaques contre les personnes transgenres ne sont pas sans conséquences : elles contribuent au climat transphobe qui légitime la violence physique et symbolique à l’égard des personnes trans. Elles aggravent la stigmatisation déjà profonde dont ces personnes sont victimes, les exposent encore davantage à un risque de tentative de suicide, déjà près de huit fois plus important que chez le reste de la population, et peuvent conduire au pire, en France comme ailleurs.
Exploiter la licence Harry Potter pour vendre un produit, quel qu’il soit, c’est donc contribuer, via le versement des royalties, au financement d’actions transphobes qui mettent en danger la vie des personnes transgenres.
Nous, actrices et acteurs de la sphère ludique francophone, dénonçons avec force la décision de Czech Games Edition de publier un jeu exploitant la licence Harry Potter et appelons l’ensemble du milieu ludique francophone à réagir, comme l’ont fait les autrices et les auteurs, les critiques et le public anglophones face à cette décision que le critique Dan Thurot résume très justement en ces termes : « C’est une décision délibérée, dans un loisir qui se fonde sur l’idée que les gens devraient se rassembler dans un espace partagé, de créer un jeu de société qui dit aux plus vulnérables d’entre nous : Non, vous n’avez pas votre place ici. ».
Le 31 juillet 2025, face aux nombreuses réactions de la communauté anglophone, l’éditeur Czech Games Edition s’est fendu d’un communiqué assurant qu’il avait entendu la « détresse » des personnes qui se sont exprimées et qu’il était à la recherche de « solutions concrètes » pour « régler la situation », « dans le cadre de [ses] contraintes ». Le problème demeure le même, puisqu’il est toujours question, à l’heure actuelle, de produire un jeu exploitant la licence Harry Potter, avec toutes les conséquences mentionnées ci-dessus. Par ailleurs, à l’heure où paraît cette tribune, Iello n’a pas communiqué sur le choix de cette localisation ni répondu aux questions qu’elle soulève.
Pour témoigner un soutien collectif aux personnes transgenres qui n’ont pas à subir une énième marginalisation au nom du profit, nous appelons chacune et chacun à prendre ses responsabilités.
Nous invitons les éditeurs qui font le choix d’exploiter la licence Harry Potter à considérer plus sérieusement les conséquences de ce choix sur la vie des personnes transgenres, mais aussi sur l’image publique de leur entreprise. En gage de soutien aux personnes transgenres, nous invitons ces éditeurs à reverser un pourcentage du chiffre d’affaires généré par les ventes des jeux concernés à des associations luttant pour les droits des personnes transgenres.
Nous demandons aux médias ludiques qui communiquent sur les jeux de société exploitant la licence Harry Potter d’informer le public avec rigueur et précision sur le contexte politique et social dans lequel ces jeux s’inscrivent.
Nous rappelons aux joueuses et aux joueurs qu’acheter un jeu de société exploitant la licence Harry Potter, c’est dire aux personnes transgenres qu’elles n’ont pas leur place à la table de jeu, ni à aucune table : l’argent dépensé pour acheter le jeu ira contester leur droit à participer à la société, et même leurs conditions de survie, qui sont directement menacées par le militantisme de J.K. Rowling.
S’en suit une courte liste de ressources et associations, ainsi que les signataires, auteurs, illustrateurs, ludicaires, ou simples joueurs, mais aussi des : "collectif de créateurices et d’auteurices ludiques", "yel/ellui", "citoyen.ne trans", "bricoludiste narrativo-végan", "autrice transgenre", "créateurice et illustrateurice", "chercheur.euse, auteur.ice et performeur.euse", "enseignant.e chercheur.euse indépendant.e, plasticien.ne/charpentier.e de marine, militant.e", "ludologue et personne trans non-binaire"...
Chacun pourra, à la suite de cela, avoir son propre avis, et l’exprimer en commentaires, ici ou ailleurs, si besoin.
Les militants pourront poursuivre leur combat soutenant la cause directement sur le site Ludovox.
D’autres, farouchement opposés à ce qu’ils considéreront comme des injonctions, exprimeront des avis diamétralement opposés, en soutenant JK Rowling, en continuant à chérir celle qui a créé l’un des plus beaux mondes imaginaires connus.
D’autres, enfin, se diront que comme pour le jeu Hogwarts Legacy, tout ceci est banalement inutile, voir contre-productif, et s’en foutront comme de leur première écharpe Gryffondor, pour poursuivre tranquillement leur plongée dans les mondes fantastiques...
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