Dark Matter : Analyse Critique 2.05 "Loved and Be Loved"
Arrivée à la moitié de sa deuxième saison, Dark Matter aurait pu profiter de cet épisode 5 pour accélérer encore davantage ses différentes intrigues. La série choisit exactement l’inverse.
Pendant une quarantaine de minutes, les mystères entourant la boîte, les différentes réalités et les grandes questions laissées par les épisodes précédents passent presque au second plan. « Love and Be Loved » est une véritable parenthèse, pratiquement détachée du reste de la saison, qui ralentit volontairement le rythme pour revenir à ce qui a toujours constitué le cœur de Dark Matter : les êtres humains derrière le concept de science-fiction.
Et contre toute attente, c’est probablement l’un des épisodes qui m’a le plus touché depuis le début de la série.
Quand Dark Matter accepte de ralentir
La première chose qui frappe ici est évidemment la forme.
L’épisode repose énormément sur la narration visuelle, les silences et les émotions. Les dialogues se font plus rares, la musique elle-même sait régulièrement s’effacer et la mise en scène laisse simplement les personnages exister à l’écran.
C’est un choix assez radical pour une série qui nous a habitués à multiplier les concepts, les interrogations et les ramifications de son multivers.
Même visuellement, l’épisode joue sur une opposition intéressante. Ce qu’il raconte est extrêmement chaleureux, mais l’image conserve en grande partie les tonalités grises et froides qui caractérisent cette saison. La chaleur vient donc moins des couleurs que des gestes, des regards et de tout ce qui se passe entre les personnages.
Le temps lui-même s’écoule différemment. Les saisons passent, les vies évoluent et Dark Matter accepte de raconter plusieurs années avec une étonnante simplicité.
Et Joel Edgerton est une nouvelle fois excellent. L’acteur doit jouer avec différentes variations d’un même homme tout en parvenant à leur donner, parfois avec très peu de choses, une identité propre.
Peut-on réellement recommencer sa vie ?
Depuis sa première saison, Dark Matter parle beaucoup du choix.
Que serait devenue notre vie si nous avions pris une autre décision ? Sommes-nous réellement plus heureux ailleurs ? Peut-on récupérer ce que nous avons perdu en empruntant un autre chemin ?
Cet épisode déplace légèrement la question. Il ne s’agit plus tellement de trouver une meilleure vie, mais simplement de réussir à en reconstruire une lorsque celle que nous voulions n’existe plus.
Et c’est là que le titre « Love and Be Loved » prend tout son sens.
L’amour dont parle l’épisode ne se limite jamais au couple. Il est familial, maternel, fraternel, amoureux. Il peut venir de personnes que nous pensions avoir perdues comme de nouvelles rencontres. La série utilise même son concept de multivers pour raconter quelque chose d’assez simple : nous ne sommes peut-être pas uniquement définis par les vies que nous aurions pu avoir, mais aussi par notre capacité à accepter celle qui reste devant nous.
Cette idée fonctionne d’autant mieux que l’épisode refuse presque totalement le cynisme. Il parle du deuil, de la solitude et de la difficulté à avancer, mais sans transformer la souffrance en finalité. Il raconte plutôt la lente reconstruction d’un être humain par les liens qu’il crée ou retrouve.
Une pause qui n’est pas du remplissage
On pourra évidemment reprocher à cet épisode de mettre l’intrigue principale sur pause. Il apporte très peu de réponses aux grands mystères actuels et ne cherche même pas vraiment à préparer directement la suite.
Mais c’est précisément ce que j’ai apprécié.
Dark Matter n’utilise pas son concept uniquement pour faire avancer une mécanique scénaristique. La science-fiction devient ici un moyen de raconter quelque chose sur la vie elle-même.
L’épisode revient notamment sur une idée particulièrement belle autour de la mémoire : les personnes, les lieux et les expériences que nous avons connus continuent d’exister à travers ce qu’ils ont laissé en nous. Ce sont ces souvenirs accumulés qui participent à construire la personne que nous sommes.
Recommencer ne signifie donc pas effacer.
On peut accepter d’avoir perdu quelqu’un sans nier ce que cette personne représentait. On peut aimer de nouveau sans remplacer ceux que l’on a aimés auparavant. Et parfois, avancer consiste simplement à accepter que notre passé reste avec nous sans continuer à vivre entièrement à l’intérieur de celui-ci.
À mi-saison, cette respiration était finalement peut-être exactement ce dont Dark Matter avait besoin avant de replonger dans ses intrigues.
Le calme avant la tempête
« Love and Be Loved » n’est certainement pas l’épisode le plus spectaculaire ou le plus important pour comprendre où va cette saison 2. Mais sur le plan émotionnel, c’est une vraie réussite : une parenthèse étonnamment simple, très bien réalisée et portée par une thématique universelle.
Et surtout, après avoir consacré un épisode entier à ralentir et à regarder ses personnages vivre, Dark Matter dispose maintenant de cinq épisodes pour remettre sa machine en marche. La seconde moitié de saison pourrait donc changer radicalement de rythme.
Dans ma vidéo, je reviens évidemment beaucoup plus en détail — et avec spoilers — sur cette histoire parallèle, les différents Jason, la place essentielle de la mère de Jason, la narration presque entièrement visuelle de l’épisode et surtout cette très belle idée qui traverse tout « Love and Be Loved » : apprendre à perdre, à avancer… et à accepter d’aimer et d’être aimé.
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