L’Odyssée : Après la charge d’une traductrice, une auteure défend le film

Date : 02 / 08 / 2026 à 16h00
Sources :

D


On l’a déjà vu, Emily Wilson, l’auteure de la traduction probablement la plus populaire de l’Odyssée a vivement critiqué le film de Christopher Nolan. Elle a résumé son sentiment ainsi :

J’aurais honte d’avoir écrit ne serait-ce qu’une partie de ce scénario.

Joyce Carol Oates (l’auteure à qui l’on doit les romans Reflets en eau trouble, Blonde, Les Chutes), qui n’est pas en reste en matière de littérature, a réagi sur les réseaux sociaux. Elle n’a pas mâché ses mots :

Son ton méprisant et son arrogance déplaisante sonnent faux. Au lieu de débattre des interprétations d’ Homère avec collégialité, cette personne, qui a pourtant largement profité du film de Nolan, s’exprime dans le langage grossier des partisans de Trump s’en prenant à quiconque a des idées différentes des siennes. Dans le monde des traducteurs, cela paraît d’autant plus surprenant que toute traduction est, par définition, subjective et non équivalente au texte original. On s’attendrait à ce qu’un traducteur, plus que quiconque, tenu de respecter un texte, fasse preuve d’un peu plus de considération et de respect envers ceux qui agissent de bonne foi, tout comme elle le prétend.

Joyce Carol Oates est sans doute surtout connue du grand public pour ses romans Blonde et Nous étions des Mulvaneys, tous deux adaptés au cinéma. Dans les cercles littéraires, elle est considérée comme l’une des plus grandes écrivaines américaines. Elle a remporté le National Book Award, le prix O. Henry (à deux reprises) et a été finaliste du prix Pulitzer quatre fois. C’est peut-être pourquoi elle tenait tant à défendre le droit de Christopher Nolan à réaliser sa version du poème épique d’Homère.

Je ne vois aucune raison pour laquelle Nolan, ou qui que ce soit d’autre, ne devrait pas réimaginer/réinventer un héros classique à travers le prisme de sa propre invention. L’« Ulysse » « noble » d’Homère ne semble pas vraiment si noble aux lecteurs contemporains qui sont susceptibles de penser, par exemple, au lieutenant William Calley [officier du massacre de My Lai] dans des vers tels que : « D’Ilion, j’ai été emporté par un vent vers les Kikones –/ Vers Ismaros. Là, je ravageai la ville et tuai ses habitants. Après avoir emmené leurs femmes hors de la ville – ainsi qu’un riche butin –, nous nous le partagâmes… (Chant 9, traduction de Mendelsohn). Aucun remords ici, juste une fanfaronnade masculine typique du « noble Ulysse » – « Ulysse, cet homme rusé » ; mais pourtant, dans la vision de Nolan, même un tel homme est capable de conscience et de remords, finalement. Dans l’adaptation cinématographique de 1997, c’est l’orgueil qu’Ulysse doit surmonter ; dans la version de Nolan, c’est la conscience – (dans une certaine mesure).

La célèbre auteure s’est ensuite intéressée au domaine de prédilection de Wilson, lui recommandant une autre traduction de l’Odyssée. Elle a également profité de l’occasion pour répondre aux critiques qui jugent les dialogues du film trop modernes.

La traduction la plus élégante de l’Odyssée est celle de Daniel Mendelsohn ; elle est poétique, chaque mot étant choisi avec soin et précision ; elle est belle, mélodieuse. Mais si cette traduction avait été utilisée dans le film de Nolan, on ne lui aurait pas reproché d’être banal ou ennuyeux, mais plutôt trop ampoulé, trop « poétique ». Je ne pense pas que le film de Nolan deviendra un grand classique, mais en réalité, il semble que quoi qu’il fasse, il aurait déçu des foules. La plupart des cinéastes font de leur mieux ; il est étrange que ce réalisateur ait suscité des critiques aussi acerbes.

Oates a fait remarquer :

De telles critiques sont glaçantes et décourageantes pour tout artiste. Attaquer un artiste comme s’il était un criminel, comme s’il avait fait du mal, blessé ou tué, c’est alarmant. Si vous n’aimez pas un film, très bien, mais vous n’êtes pas obligé de le recommander. Personne n’attend de chaque œuvre d’art qu’elle soit un chef-d’œuvre, parfaite… La colère semble tout simplement déplacée.

Elle a ensuite déclaré que, même si elle ne pensait pas que l’adaptation de cette année deviendrait un classique, elle recommandait vivement le film de Nolan ainsi que la mini-série de 1997 coproduite par Francis Coppola. Les deux adaptations sont sensiblement différentes : l’une américaine, avec le héros ténébreux et adolescent Matt Damon ; l’autre très méditerranéenne, avec le charismatique Armand Assante qui incarne le rôle avec plus de naturel. (NB : l’adaptation de 1997 met en scène Irène Papas dans le rôle de la mère d’Ulysse et Isabella Rossellini dans celui d’une Athéna rayonnante.)


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