Goldfish : La critique
GOLDFISH
– Date de sortie : 13/05/2026
– Éditeur : Éditions Delcourt
– Scénario : Brian Michael Bendis
– Dessin : Brian Michael Bendis
– ISBN : 978-2413088424
– Nombre de Pages : 267
– Prix : 27,95 euros
DESCRIPTION
Après TORSO et JINX, voici le 3e opus des romans graphiques signés BRIAN MICHAEL BENDIS, dans un récit axé sur le personnage de Goldfish, apparu justement dans JINX, et qui est probablement son œuvre la plus sombre.
Après des années d’absence, l’escroc David Gold - surnommé " Goldfish " - revient dans sa ville natale. Mais il est revenu pour une seule et unique raison : son fils. Cet énigmatique arnaqueur retrouve ses anciens repaires et découvre que son ex règne désormais sur les bas-fonds de la ville, tandis que son plus vieil ami (et ancien complice) est devenu inspecteur de police. Face à un destin aussi implacable, comment Goldfish pourra-t-il reconquérir le seul être qui compte encore pour lui ?
LA CRITIQUE
Avant de devenir l’un des scénaristes les plus influents de Marvel Comics avec Ultimate Spider-Man, Daredevil ou Alias, Brian Michael Bendis façonnait déjà son identité dans des récits noirs indépendants profondément marqués par le cinéma de gangsters et les dialogues urbains nerveux. Goldfish fait partie de ces œuvres fondatrices. Un polar sec, bavard, intelligent, où l’on voit déjà naître tout ce qui fera la force, et parfois les limites, de son style.
L’histoire suit David Gold, escroc manipulateur surnommé “Goldfish”, qui revient à Cleveland après plusieurs années d’absence. Son objectif est simple en apparence. Il veut récupérer son fils qu’il n’a jamais connu. Mais évidemment, rien n’est jamais simple dans l’univers de Bendis. Entre anciennes arnaques, dettes morales, mafieux locaux et relations toxiques, le retour de Gold déclenche une mécanique de tensions et de trahisons où chaque personnage semble cacher une pièce du puzzle.
Ce qui frappe immédiatement dans Goldfish, c’est la maîtrise du rythme verbal. Bendis n’écrit pas des dialogues “réalistes” au sens strict ; il écrit une musicalité. Les personnages se coupent, hésitent, tournent autour des sujets, répètent des mots, laissent flotter des silences. Aujourd’hui, cette signature est devenue tellement associée à lui qu’on oublie parfois à quel point elle était singulière à l’époque. Dans Goldfish, cette approche fonctionne remarquablement bien parce qu’elle sert le genre noir. On a vraiment l’impression d’écouter des types fatigués, dangereux, constamment sur la défensive.
Mais là où beaucoup de polars cherchent l’efficacité brute, Bendis privilégie l’atmosphère. Cleveland devient presque un personnage à part entière. Bars miteux, appartements anonymes, ruelles froides, petites frappes sans glamour… On est très loin du crime spectaculaire hollywoodien. Goldfish parle surtout d’échecs humains. D’hommes qui ont raté leur vie et essayent maladroitement de recoller les morceaux par la manipulation ou l’argent.
Le récit peut cependant désarçonner. L’intrigue n’est pas toujours limpide, notamment dans sa structure éclatée et sa narration fragmentée. Bendis demande au lecteur de rester attentif aux conversations, aux non-dits, aux liens entre personnages. Ceux qui cherchent un thriller ultra dynamique risquent parfois de trouver le rythme lent ou excessivement bavard. Mais cette lenteur fait aussi partie du charme du livre. Goldfish préfère installer une tension poisseuse plutôt que multiplier les explosions narratives.
Graphiquement, le noir et blanc de Bendis surprend quand on ne connaît de lui que son travail de scénariste. Son dessin est brut, parfois presque rugueux, mais incroyablement efficace dans la gestion des ombres et des visages. Il y a quelque chose d’instinctif dans sa mise en scène. Certains cadrages évoquent directement le cinéma indépendant américain des années 90, avec une vraie science du regard et du silence. Les personnages existent immédiatement par leur posture, leurs expressions fatiguées, leurs regards méfiants.
On sent aussi les influences revendiquées : le film noir classique, The Usual Suspects, Pulp Fiction, mais aussi la BD criminelle américaine indépendante des années 90. Pourtant, malgré ces inspirations visibles, Goldfish possède déjà une voix très personnelle. Bendis ne cherche pas à faire du Tarantino en bande dessinée ; il cherche surtout à humaniser ses escrocs et ses losers.
ET FINALEMENT ?
Et finalement, avec le recul, Goldfish est fascinant parce qu’il représente presque le laboratoire de tout le “style Bendis” à venir. On y retrouve déjà sa passion pour les conversations interminables, les anti-héros ambigus, les ambiances urbaines et les personnages moralement épuisés. Certains lecteurs préféreront probablement des œuvres plus abouties comme Jinx ou Torso, mais Goldfish conserve une énergie particulière, celle d’un auteur qui construit encore sa grammaire, mais avec une authenticité brute extrêmement séduisante. Ce n’est peut-être pas le polar le plus spectaculaire ni le plus accessible, mais c’est une œuvre essentielle pour comprendre l’évolution de Brian Michael Bendis. Un récit noir imparfait, bavard, parfois confus… mais habité du début à la fin.
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