Cauchon... ou l’homme qui tua Jeanne d’Arc : La critique

Date : 25 / 04 / 2026 à 08h00
Sources :

Unification


CAUCHON... OU L’HOMME QUI TUA JEANNE D’ARC

 Date de sortie : 24/04/2026
 Éditeur : Éditions Dargaud
 Scénario : Xavier Dorison & Louis-David Delahaye
 Dessin : Joël Parnotte
 ISBN : 978-2505120018
 Nombre de Pages : 176
 Prix : 16,50 euros

DESCRIPTION

431. La France et l’Angleterre se livrent une guerre sans merci.

Le puissant évêque Pierre Cauchon, au service des Anglais, intrigue pour diriger le procès de Jeanne d’Arc. Mais, alors que le procès s’ouvre, la jeune femme qui prétend être l’envoyée de Dieu fait preuve d’une incroyable combativité. Le procès tourne alors à l’affrontement entre deux personnalités hors du commun et que tout oppose. D’un côté, un homme d’Église au sommet du pouvoir, manipulateur et disposant de moyens illimités pour mener l’accusation ; de l’autre, une femme indépendante et déterminée, abandonnée par son camp et n’ayant que son idéalisme comme arme. Contre toute attente, la ténacité de Jeanne, son intelligence et sa force de caractère renversent les certitudes du juge-évêque et font ressurgir chez lui des valeurs qu’il avait profondément enfouies. Alors que le terrifiant comte de Warwick fait pression sur Cauchon pour qu’il mette fin au procès et brûle « la putain », l’évêque, rongé par le doute, décide au contraire de la sauver...

Il faudra attendre la cinquantième page pour voir enfin le visage de Jeanne d’Arc : Xavier Dorison a un vrai talent pour jouer avec les genres et surprendre en faisant un pas de côté. Il le met en oeuvre ici dans la bande dessinée historique, aux côtés de Louis-David Delahaye, qui cosigne le scénario. Tous deux auraient pu se concentrer sur Jeanne, bien sûr, mais comment résister à un personnage aussi romanesque que Pierre Cauchon ? Joël Parnotte, compère de Xavier Dorison dans Le Maître d’armes et Aristophania, a repris ses pinceaux pour ce nouvel opus et créé des images particulièrement fortes, tant par ses cadrages et son travail de reconstitution que par ses ambiances folles en couleurs directes.

LA CRITIQUE

Au moment où Jeanne d’Arc est capturée, Pierre Cauchon comprend immédiatement ce qu’elle représente. Elle est non seulement une prisonnière de valeur, mais surtout un danger politique et symbolique capable de fragiliser tout un ordre établi. L’affaire devient alors bien plus qu’un procès. C’est une bataille pour le contrôle du récit, de la légitimité et du pouvoir.

Ce qui frappe d’emblée, c’est l’atmosphère. L’ouverture est rude, charnelle, presque étouffante, avec un Moyen Âge de boue, de sang, de pierre et de peur. Ce n’est pas une entrée en matière discrète, mais elle a une vraie force : elle installe tout de suite un univers brutal où la violence physique répond à la violence politique.

Le choix le plus fort de l’album tient dans son traitement de Cauchon. Plutôt que d’en faire un simple monstre historique, le récit semble vouloir montrer un homme de pouvoir, intelligent, calculateur, convaincu d’agir pour préserver un ordre supérieur. Et c’est précisément cela qui le rend inquiétant. Il ne se voit pas comme un bourreau, mais comme un homme nécessaire. Puis l’homme change, se met à douter, et fini par hésiter devant l’insistance des anglais. Jeanne quant à elle, si elle est centrale azu récit, n’apparait que très tard et prend le devant de la scène bien plus tardivement, faisant monter une certaine tension.

On reconnaît d’ailleurs très vite la patte de Xavier Dorison (Goldorak entre autres), scénariste qui sait donner de l’ampleur à ses récits et faire exister des personnages emportés par des enjeux qui les dépassent. Ici encore, il semble moins chercher le simple affrontement manichéen que la mécanique du pouvoir, la fabrication d’une vérité officielle et la manière dont un système se met en marche pour écraser ce qu’il ne peut contrôler.

Jeanne, justement, apparaît déjà comme bien plus qu’une captive. Elle est une parole, un symbole, presque une faille vivante dans l’édifice politique. Avant même d’occuper pleinement le devant de la scène, elle pèse déjà sur tout le récit. Et c’est ce qui rend ce début particulièrement prenant, on sent que l’album ne parlera pas seulement de son procès, mais de tout ce qu’il révèle sur ceux qui ont voulu le mener.

Visuellement, Joël Parnotte impressionne immédiatement. Son dessin donne au récit une matière dense, rugueuse, presque oppressante. Les visages sont marqués, les décors imposants sont sublimes, les costumes superbes, et chaque case semble porter le poids de l’époque. Il y a dans ces planches une vraie puissance d’évocation, avec un Moyen Âge sale, dur, écrasant, mais aussi magnifiquement incarné. Certaines apparitions de Cauchon en habits d’apparat dégagent déjà une autorité presque théâtrale.

Cauchon… ou l’homme qui tua Jeanne d’Arc ne choisit pas la facilité. Là où beaucoup de récits sur Jeanne d’Arc auraient naturellement adopté le regard de l’héroïne ou celui de ses défenseurs, l’album prend le parti autrement plus troublant de se placer au plus près de Pierre Cauchon, l’un des artisans majeurs de sa chute. Et dès les premières pages, le ton est clair : il ne sera pas question ici d’une simple reconstitution historique, mais d’une plongée dans un monde de violence, de foi instrumentalisée et de pouvoir froidement exercé.

ET FINALEMENT ?

Et finalement, Cauchon… ou l’homme qui tua Jeanne d’Arc a tout pour être une grande BD historique adulte, sombre et ambitieuse. En choisissant de regarder cette affaire par le prisme de Pierre Cauchon, Dorison et Delahaye évitent le récit attendu pour s’aventurer sur un terrain plus dérangeant et plus riche, celui de la logique du pouvoir et de la fabrication d’une vérité. Une lecture véritablement passionnante. Même si le destin de la jeune femme est scellé (ou connu pour nous), on se prend à imaginer autre chose et les coulisses de ce procès sont juste surprenantes. Indéniablement la meilleur bande dessinée de 2026, passionnante et fascinante.


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