The kids : La critique

Date : 20 / 04 / 2026 à 08h00
Sources :

Unification


THE KIDS

 Date de sortie : 09/04/2026
 Éditeur : Éditions Delcourt
 Scénario : Garth Ennis
 Dessin : Dalibor Talajic
 ISBN : 978-2413093329
 Nombre de Pages : 56
 Prix : 10,50 euros

DESCRIPTION

Tous les parents pensent que leurs enfants grandissent trop vite... C’est en partant de ce postulat que Garth Ennis, le créateur de The Boys, Preacher et Freddie L’Arrangeur, imagine ce récit apocalyptique !

En une minute, le monde a basculé dans l’horreur ! Tous les enfants de moins d’un an ont disparu... remplacés par des créatures incompréhensibles pour leurs parents. Qu’est-il arrivé à ces enfants ? Qui sont ces adultes dérangés et hyperviolents qui ont pris leur place ? Un couple horrifié fait de son mieux pour résoudre cette énigme, mais avant de trouver les réponses, ils doivent survivre à une nuit cauchemardesque !

LA CRITIQUE

Tout commence par une nuit ordinaire dans le foyer de Leo et Yoni. Après avoir couché leur petit Ivan dans son berceau, les parents demandent à leur fils aîné Matt d’aller se coucher. Tout semble tranquille, jusqu’aux premières heures du matin, quand des bruits étranges émanent du babyphone. Ils se précipitent dans la chambre et découvrent un homme adulte, nu, au milieu des débris du berceau brisé. Il hurle, projette Leo contre un mur, agrippe Yoni. La famille fuit dans la rue, où règne le chaos. Des gens nus errent partout, désorientés et violents, personne ne répond du côté des autorités.

Garth Ennis est un auteur qui a bâti sa réputation sur sa capacité à sonder les recoins les plus sombres de la nature humaine, que ce soit dans Preacher, The Boys ou ses runs magistraux sur Punisher. Avec The Kids, il s’attaque à un terrain jouissif, l’allégorie sociale déguisée en récit d’horreur complètement barré. Le concept est aussi simple que dévastateur, tous les nouveau-nés de la planète deviennent en une fraction de seconde des adultes en chair et en os, mais avec le mental, les pulsions et l’absence totale d’empathie d’un nourrisson.

Ce qui aurait pu n’être qu’un gimmick de série B se révèle un prétexte redoutablement efficace pour ausculter ce que la parentalité dit de nous, nos peurs, notre conditionnement, la violence à peine contenue que nous projetons sur nos enfants sans jamais l’admettre. Ennis fait ce qu’il fait de mieux, il prend une idée démente, la pousse jusqu’au bout avec un aplomb total, et glisse sous le chaos une réflexion acide sur les adultes que nous sommes vraiment. Le tout servi avec l’humour noir acéré et le sens du rythme implacable qui font sa signature. Pour qui entre dans son univers sans à priori, The Kids est une gifle brève, efficace et franchement jouissive.

Le dessin est confié à Dalibor Talajić, connu notamment pour ses travaux chez Marvel sur Deadpool et Hit-Monkey. Son trait expressif convient globalement bien à l’atmosphère de chaos urbain, l’apocalypse que le récit cherche à instaurer. C’est surtout le travail de coloriste de Stjepan Bartolić qui retient l’attention, avec notamment un choix inspiré d’utiliser une palette monochrome pour les scènes nocturnes en opposition aux panneaux diurnes en couleurs complètes, un dispositif visuel qui renforce efficacement le contraste entre l’avant et l’après, le monde d’avant et le chaos qui le remplace.

ET FINALEMENT ?

Et finalement, The Kids est avant tout un grand cauchemar éveillé, cohérent dans sa déraison, et porté par une logique de l’absurde qui n’est pas sans rappeler les meilleurs épisodes de La Quatrième Dimension. Comme Rod Serling en son temps, Ennis part d’une prémisse impossible pour révéler une vérité bien réelle, derrière le vernis de la civilisation, nous restons des créatures pulsionnelles, et nos enfants, nos si précieux enfants, en sont le miroir le plus brutal. Le one-shot, format exigeant s’il en est, se révèle ici parfaitement adapté à ce type de récit-choc, une nuit, un basculement, et plus rien ne sera comme avant. Pas de résolution apaisante, pas de retour à la normale, juste l’horreur froide d’un monde qui a perdu ses repères et ne les retrouvera peut-être jamais. The Kids ne prétend pas tout expliquer, et c’est précisément ce qui le rend efficace. 10,50 € c’est le prix d’une bonne frayeur, et d’un Ennis en pleine forme déjantée.


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