Cyborgs : La critique du tome 3
CYBORGS
TOME 3. TANK
– Date de sortie : 12/11/2025
– Éditeur : Éditions Soleil
– Scénario : Jean-Luc Istin
– Dessin : Oleg Okunev
– ISBN : 978-v2302093065
– Nombre de Pages : 64
– Prix : 17,50 euros
DESCRIPTION
Rebelle, obstinée, Ramda traque un tueur dans les entrailles d’Europa. Mais à force de plonger dans la violence, elle y laissera plus que son âme : pour survivre, elle devra devenir bien plus qu’humaine.
Europa, 2145. Un tueur transforme ses victimes en oeuvres d’art macabres. Ramda, flic rebelle, s’enfonce dans les ruelles toxiques d’une cité à la dérive. Derrière chaque indice, un piège. Derrière chaque sourire, un masque. Plus elle approche de la vérité, plus l’enquête vacille. Car dans l’ombre, une vérité menace d’ébranler les fondations mêmes du pouvoir.
LA CRITIQUE
Ramda est enquêtrice au sein de la police d’Europa en 2145. Elle travaille sur une série de meurtres atroces commis par un tueur en série qui mutile ses victimes, toutes des femmes handicapées, qu’il décapite et démembre méthodiquement. Mais cette affaire n’a pas les faveurs de sa hiérarchie, davantage préoccupée par les guerres de gangs qui secouent la planète. Malgré ce désintérêt, Ramda décide de jouer son va-tout : elle s’infiltre au cœur du groupe de mercenaires qu’elle soupçonne d’être lié à ces crimes, au risque de se retrouver isolée… et sans filet.
Alors qu’on pouvait s’attendre à une simple histoire de transformation d’une jeune orpheline en super-guerrière, Jean-Luc Istin prend le lecteur à revers. Il déroule un récit bien plus riche, intelligemment construit, complet et complexe, qui ne mènera à la métamorphose annoncée en couverture qu’au terme d’un long chemin narratif.
L’essentiel, en réalité, est ailleurs, c’est une enquête haletante menée sous couverture par une jeune inspectrice intrépide. Une héroïne forte, déterminée, mais aussi terriblement seule, tout comme l’étaient les victimes du tueur qu’elle traque. Cette solitude donne au récit une dimension plus intime et plus humaine, renforçant encore l’impact de cette plongée sombre et captivante.
Sans aucun doute, il s’agit de l’album le plus abouti, justement parce qu’il est le plus complet. On évolue désormais dans un univers qui nous est familier grâce aux deux premiers tomes, et que Jean-Luc Istin continue d’enrichir avec une maîtrise toujours plus affirmée. Le scénariste revisite certains événements déjà connus, créant des échos narratifs qui renforcent la cohérence de cet univers et rendent ce nouveau plongeon dans ce cyberpunk oppressant encore plus immersif. Cette manière de tisser passé et présent donne au récit une densité supplémentaire et installe durablement le malaise propre à la série.
Le troisième volume de Cyborgs, baptisé Tank, confirme que la série publiée chez Soleil n’est pas qu’un simple récit d’anticipation, c’est une plongée sombre et réfléchie dans un monde où la technologie domine l’humain, et où les corps augmentés deviennent le terrain d’un combat moral et politique. Jean-Luc Istin tisse un décor crédible d’Europa en 2145, un monde urbain oppressif, où la surveillance, la manipulation des corps et le pouvoir technologique sont omniprésents. Il ne s’agit pas seulement d’effets visuels futuristes, chaque élément technologique a un coût humain, une implication sociale, et l’histoire l’explore avec subtilité.
L’intrigue criminelle apporte une tension constante. Le tueur, ou plutôt “l’artiste", qui transforme ses victimes en œuvres d’art macabres est un ressort narratif fascinant. À travers cette enquête, Ramda, la policière rebelle, va découvrir bien plus que des cadavres : des secrets d’État, des mensonges fondateurs, et des vérités qui remettent en cause l’ordre établi. Sa quête personnelle, ses doutes, sa colère, sont bien amenés ; elle n’est pas qu’un simple flic, mais un personnage complexe, tiraillé entre sa mission et sa propre humanité.
Graphiquement, Oleg Okunev est à son meilleur. Son trait est net, précis, et sait rendre autant l’immensité verticale de la ville que la rudesse des bas-fonds, ou la froideur clinique des implants cyborgs (sans oublier les courbes génréreuses de la demoiselle). Les planches respirent le contraste : entre des couleurs métalliques, des néons glacés, et des teintes plus sombres quand l’histoire s’enfonce dans l’ombre ou la violence. Cela nourrit l’atmosphère cyberpunk sans la rendre caricaturale.
Mais Tank ne se limite pas à l’action ; il pousse à réfléchir. Le thème du corps modifié, de l’identité, de la liberté demeure central : qu’est-ce qu’un cyborg ? Est-ce un être libre, ou un simple outil du pouvoir ? Le récit pose ces questions sans donner de réponses faciles, et c’est ce qui le rend passionnant. Et comme d’habitude comme c’est très bon, le seul inconvénients dans ces cas là c’est que c’est toujours trop court, on a donc hâte de lire la suite.
ET FINALEMENT
Et finalement, avec Tank, troisième tome de la série Cyborgs, Jean-Luc Istin nous propose une nouvelle histoire originale qui s’intègre à merveille dans celle présentée dans les deux premiers tomes. Tank est un album ambitieux et mature. Il conjugue enquête policière, questionnements philosophiques, et une esthétique cyberpunk très réussie. Sympa le clin d’oeil au médecin légiste monsieur Istin et je suis sûr qu’en scrutant à nouveau toutes les cases, on en trouvera plein d’autres.
CYBORGS
Les illustrations des articles sont Copyright © de leurs ayants droits. Tous droits réservés.
















