Dr Wertham : La critique
DR WERTHAM
– Date de sortie : 03/09/2025
– Éditeur : Éditions Delcourt
– Scénario : Harold Schechter, Eric Powell
– Dessin : Eric Powell
– ISBN : 978-2413089599
– Nombre de Pages : 208
– Prix : 25,50 euros
DESCRIPTION
Fredrick Wertham était un psychiatre vilipendé par les amateurs de pop culture et de BD en particulier, à la suite d’une campagne très agressive menée contre les comics dans les années 1950. Schechter & Powell enquêtent et et relatent son parcours.
Cet ultra-conservateur est l’auteur de Seduction of the Innocent, un ouvrage dans lequel il dénonce l’influence néfaste de la BD sur le comportement des enfants, ce qui amena la création du Comics Code Authority (comité d’auto-censure). Aujourd’hui reconnu comme un fanatique, qui cherchait à assurer son auto-promotion, il fut paradoxalement plutôt progressiste en ouvrant par exemple une clinique pour les défavorisés à Harlem.
LA CRITIQUE
Cet étonnant roman graphique retrace la vie complexe de Fredric Wertham, psychiatre américain controversé des années 1950, devenu l’un des plus virulents critiques des comics. Auteur de Seduction of the Innocent, Wertham dénonçait l’influence supposée néfaste des BD sur la jeunesse, ce qui aboutit à la création du Comics Code Authority, forme d’autocensure éditoriale.
La première partie de l’album qui raconte sa difficile ascension au sein de la psychiatrie, due à son comportement, évoque aussi sa rencontre avec Albert Fish, alias le Loup Garou, tueur psychopathe obscène, obsédé et cannibale. On suit en parallèle la route sinueuse de Fish, jusqu’à ce que le destin réunisse les deux hommes et que Wertham accepte d’essayer de comprendre le tueur pervers.
Le récit met en lumière l’évolution de Wertham, de son métier de psychiatre à son rôle de figure influente (et contestée) dans la culture populaire, sans tomber dans le manichéisme, mais aussi ses actions plus rares, comme la fondation d’une clinique pour défavorisés à Harlem, rappelant le paradoxe d’un homme à la fois progressiste et rigide. Signé par Harold Schechter (spécialiste du true crime), le scénario offre un récit documenté, précis et riche.
Eric Powell impose un ton visuel fort, en noir et blanc, à la fois sobre, sec et subtilement expressionniste. Il donne à l’ensemble une esthétique de film noir, cohérente avec l’atmosphère sérieuse et parfois oppressante de cet album historique.
Avec 208 pages, ce one-shot très cru, très bavard et très dense, s’adresse aux amateurs d’histoire des médias, du comic book, et aux lecteurs curieux des contrées controversées entre art, censure et morale. Dr Wertham est à la fois une biographie documentée et visuellement maîtrisée. L’album réussit à intéresser un lectorat averti grâce à une narration nuancée et factuelle, au croisement d’empathie et de critique, une esthétique visuelle forte, de facture cinématographique, en accord avec le contenu sombre ainsi qu’une approche thématique exigeante et pertinente : censure vs liberté créative, responsabilité sociale, pouvoir des médias.
ET FINALEMENT ?
Et finalement, ce roman graphique ravira ceux qui s’intéressent à l’histoire des comics, aux polémiques culturelles et aux figures ambivalentes (et aussi aux psychopathes). Il constitue un bel exemple de BD documentaire, intelligente et esthétique, mais bavarde, capable de questionner l’impact de la culture populaire sur notre société.
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