Christophe Bec : Interview exclusive Unif’ (partie 1/2)
Après un premier tour de piste avec Jean-Luc Istin, qui avait eu la gentillesse d’inaugurer mes interviews d’auteurs de BD avec sincérité et profondeur (et un bel esprit de jeu), me voilà déjà comblé à nouveau avec un deuxième invité de marque !
Christophe Bec s’est, lui-aussi, admirablement prêté à l’exercice, avec une générosité impressionnante : ce qu’il nous offre ici tient carrément de la masterclass ! Il se livre avec passion, revient sur son parcours, ses œuvres, son regard sur l’industrie… bref, un véritable plongeon dans l’univers de la bande dessinée. Monsieur Bec, un immense merci pour vos réponses — aussi riches que détaillées ! Je les ai laissées telles quelles, sans rien couper, parce qu’il n’y avait vraiment rien à jeter. Oui, c’est long… mais c’est passionnant du début à la fin !
1. Vous semblez être un créateur infatigable, avec une production impressionnante à votre actif, dans beaucoup de genres différents, le polar, la SF... À quoi ressemble une journée type dans votre emploi du temps ? Et entre nous… vous dormez combien d’heures par nuit pour tenir ce rythme ?
Oui, c’est vrai que j’ai eu une période assez prolifique. Certains diront peut-être trop. Aujourd’hui, à noter tout de même que je produis moins, c’est aussi un choix de se recentrer sur des livres, peut-être un peu plus importants, ou en tout cas dans des genres que j’avais moins abordés.
Au niveau de ma journée type, elle est variable suivant si je suis au dessin, ou au scénario. À savoir qu’on peut tout de même dessiner plus d’heures par rapport à l’écriture, qui peut-être demande, même c’est certain, plus d’efforts cérébraux. Donc c’est assez difficile d’écrire plus de quatre ou cinq heures. Tandis qu’au dessin, je peux dessiner durant huit, neuf, dix heures sans trop de problèmes. Ce n’est pas vraiment pas du tout le même travail. L’écriture demande une concentration beaucoup plus forte, c’est plus exigeant. Mes journées, je les commence le matin vers huit, neuf heures et je finis généralement à 18 ou 19 heures. Ça demande pas mal d’autodiscipline et surtout, je prends assez peu de vacances. Finalement, je travaille six jours sur sept.
Le travail d’auteur de BD, surtout pour ce que je développe, c’est-à-dire concernant le scénario : du genre, ou pour le dessin : du réalisme, ça demande beaucoup de travail, beaucoup d’énergie. Contrairement à ce que beaucoup pensent, c’est souvent le genre qui est le plus difficile à écrire, notamment la science-fiction, qui est très exigeante avec des concepts pointus.
C’est important, effectivement, de garder un rythme régulier, ce qui permet quand même de dormir. C’est dans les périodes de bouclage par exemple où parfois je peux faire des nuits assez courtes, me lever plus tôt, pour travailler plus d’heures dans la journée. Mais ça, c’est sur une période assez courte, c’est souvent en toute fin d’album, si les délais sont tendus.
2. Avec autant d’idées et d’albums en chantier ou en préparation, comment parvenez-vous à gérer l’ensemble ? Travaillez-vous sur plusieurs projets en parallèle ? Pouvez-vous nous dire combien ?
Aujourd’hui, j’ai beaucoup moins d’albums en cours. Il y a plusieurs raisons. Les albums, globalement, sont plus gros. On est un peu sorti de l’ère du 46 pages, ce que j’ai fait pendant longtemps sur les séries fleuve genre Carthago ou Prométhée.
Actuellement, je travaille plutôt sur des albums qui font autour de 80 ou 100 pages. Donc, je suis sur moins de choses. Alors oui, il y a une une obligation à travailler sur plusieurs choses de front. Après, j’essaie d’écrire album par album, c’est-à-dire ne ne ne pas livrer des morceaux d’albums à mes dessinateurs. J’aime bien m’immerger totalement dans un album ou une série pendant une longue période.
Personnellement, duand je suis au dessin, j’aime bien avoir l’intégralité des planches de l’album. Ça permet de visualiser l’ensemble. J’essaie donc de faire en sorte que mes dessinateurs soient dans la même situation et qu’ils puissent avoir une vision vraiment complète de l’album.
Actuellement, je mène effectivement plusieurs choses de front. Là, après avoir terminé le gros album Thorgal que j’ai co-scénarisé et dessiné, qui fera cent planches… Je suis sur une grosse session de scénario, sans doute au moins jusqu’à la fin de l’année. On va dire que je mène de front… peut-être cinq, six albums ou séries. À une période, j’étais plutôt à huit ou neuf. Donc comme je le disais précédemment, j’ai un peu réduit la voilure.
Pour plusieurs raisons, c’est cette volonté quand même d’aller sur des albums qui me sortent, entre guillemets, de ma zone de confort. En ce moment je travaille sur une histoire de pirates par exemple, j’ai aussi repris Bruce J. Hawker de William Vance, qui sont des récits maritimes, et qui sont vraiment loin de mes aspirations. C’est la première fois que j’écris des récits comme ça, historiques, maritimes, qui sont assez exigeants en termes de documentation.
Voilà, j’essaie vraiment d’aborder ça de la meilleure manière. Après, j’ai aussi ces dernières années pas mal travaillé sur ce qu’on appelle le patrimonial, c’est-à-dire la reprise de personnages. J’ai évoqué Thorgal, mais il y a eu aussi Bob Morane, Tarzan, Conan… Tout ça c’était vraiment extrêmement passionnant à faire parce que ce sont mes héros d’enfance. C’est pour moi une sorte de boucle en fait. J’estime avoir écrit à peu près tout ce que je voulais écrire. Donc c’est assez difficile de se renouveler et finalement c’est peut-être dans ces reprises de personnages qui m’avaient fasciné gamin, ado, que je le fais. Et également dans dans cette volonté d’aborder des genres auxquels je m’étais pas réellement frotté, comme par exemple un western spaghetti, que je suis en train d’écrire, qui était vraiment un désir que j’avais depuis très longtemps et que je vais enfin pouvoir concrétiser prochainement.
3. Comment réussissez-vous à toujours proposer des récits originaux, dans autant de genres différents ?
Je ne sais pas si je propose des récits originaux... J’essaie de faire en sorte que ce soit le cas, enfin, c’est difficile à dire... J’essaie de pas me répéter, même si forcément, quand on produit un certain nombre de choses, peut-être qu’on le fait inconsciemment.
Je pense qu’à une époque j’ai un peu tourné autour des mêmes sujets. Aujourd’hui, comme je l’expliquais, avec cette volonté d’aller dans des choses différentes, que je n’avais pas réellement explorées, ça me pousse à aborder des thèmes inédits.
Par contre, quand je reviens à des genres que j’ai déjà abordés, comme par exemple les récits de science-fiction, là ça me contraint effectivement à envisager ça sous sous d’autres angles. Il y a quelques années, je m’étais même juré de plus jamais écrire de science-fiction. Et puis, j’y suis revenu avec deux séries. Une qui sortira chez Oxymore qui va s’appeler Abysses, qui est un récit de science-fiction, mais qui n’est pas dans les fonds marins. Et puis je viens de terminer un script que j’ai proposé aux éditeurs, qui est également un récit de science-fiction et qui je pense est très différent de ce tout ce que j’avais écrit jusque-là, un récit plus introspectif, qui reste de la science-fiction mais avec une approche et un concept beaucoup moins mainstream et grand public, même si j’ai essayé de faire en sorte qu’il soit abordable.
Je dirais qu’il y a, globalement, des cycles dans le parcours d’un auteur. J’en ai traversé plusieurs. Il y a eu une période où j’écrivais surtout pour des séries feuilletonnantes, avec un rythme de travail très différent de celui que j’ai aujourd’hui, plus centré sur des one-shots ou des diptyques.
4. Vous êtes à la fois scénariste et dessinateur. Comment décidez-vous, sur un projet précis, d’écrire, de dessiner, ou encore de vous charger des deux ?
En fait, je ne me pose pas réellement la question. J’ai dessiné quand même assez peu ces dernières années. Quand j’ai publié l’album Inexistences l’an dernier, ça faisait 8 ans que je n’avais pas sorti un album au dessin, c’était Les Tourbières Noires chez Glénat. Quand j’écris une histoire, la plupart du temps, je sais qu’elle ne me sera pas destinée. Et puis comme je le disais, Inexistences est un album vraiment très particulier, que j’ai travaillé sans plan réel, sans savoir combien de pages il allait faire, ce qu’il allait contenir. Il s’est construit au fur et à mesure sur plus de quatre années. C’était une volonté de départ, de vraiment aller vers quelque chose de totalement hybride — ne vraiment pas être sur sur une BD archétypale, être sur quelque chose qui laissait une place à la liberté, à la créativité, à l’inspiration du moment, et parfois à des envies spontanées.
C’est un livre qui s’est construit ainsi, au fil des mois, au fil des années... Sa structure s’est dégagée très tard J’ai même ajouté des choses qui n’étaient pas du tout prévues, comme des peintures. J’ai eu cette envie, une envie qui existait depuis très longtemps, de se frotter à tout ça... à la toile, à la peinture acrylique... Et donc Inexistences m’a permis d’expérimenter toutes ces choses en fait.
Généralement, quand j’ai un scénario en tête, j’essaie immédiatement de penser à quel dessinateur pourrait l’illustrer, ou disons... quel type de de dessinateur. Quel style pourrait correspondre. Style réaliste, semi-réaliste ? Est-ce qu’il faut chercher un dessinateur qui est plutôt dans l’efficacité ou un dessinateur qui est capable de faire passer des émotions, etc.? Donc l’enjeu se situe plutôt à ce niveau : savoir si je vais trouver un éditeur pour ce récit, ensuite quel dessinateur accepterait et serait capable de le dessiner.
5. Vous sortez en août le troisième tome de vos adaptations de Bob Morane, j’ai vu sur votre Facebook une petite "colère" contre l’éditeur trop lent à sortir le ce tome 3, puis à vous commander le 4. Vous décidez donc d’arrêter la série, mais s’ils revenaient vers vous, vous reprendriez ou c’est trop tard, il n’y a plus de place dans votre planning chargé, et vous êtes passé à autre chose ?
Oui, c’est exactement ça. J’ai décidé d’arrêter Bob Morane parce que, que ce soit avec mon coscénariste Corbeyran ou le nouveau dessinateur, nous n’arrivions pas à obtenir le feu vert de l’éditeur. Il préférait attendre les ventes du tome 3 avant de se prononcer sur un éventuel tome 4. Ce qui pour moi n’était pas envisageable. Pour connaître les ventes d’un album il faut plusieurs mois, ce qui décalerait d’autant plus la sortie. Non seulement ça créait un souci dans mon planning, mais surtout je ne supporte plus la frilosité de cet éditeur : Soleil, avec qui j’ai beaucoup travaillé, mais avec qui j’ai coupé tous les ponts désormais. Je ne sortirai plus aucun album chez eux.
Je ne le souhaite plus, pour énormément de raisons qui seraient pour le coup beaucoup trop laborieuses à énumérer, tant il y a des motifs de grief. Le principal étant que c’est un éditeur chez qui j’ai quand même énormément publié — je ne sais plus combien d’albums, mais vraiment beaucoup, une centaine je pense. J’ai aussi vendu tout même beaucoup d’albums chez eux, et il m’a fallu deux ans pour me rendre compte qu’ils me refusaient tous mes projets, ils m’ont jamais averti de la décision de ne plus me publier. Je ne sais pas pourquoi, ils me l’ont jamais dit. Tout ça a créé des tensions insurmontables.
Donc voilà, fin de l’aventure pour moi concernant Bob Morane. Je ne sais pas si ça continuera. Si c’est le cas, mon confrère Corbeyran prendra sans doute la relève et continuera tout seul l’écriture. Et ce sera très bien. Moi, j’ai été vraiment ravi de faire ces trois albums. Bob Morane, c’est un des personnages qui m’a donné envie de faire de la bande dessinée. C’était très important de pouvoir mettre ma pierre à l’édifice, de continuer à faire vivre ce personnage un temps.
6. Dans un monde où la culture devrait tenir une place prépondérantes, avec des oeuvres de grande qualité, on se retrouve avec beaucoup de choix, beaucoup trop de choses très différentes, un peu comme avec Netflix finalement, et avec des prix, qui je trouve s’enflamment. Mais tout augmente, il faut bien que les artistes mangent aussi. Ne craignez-vous pas un trop-plein pour les lecteurs.
Oui, évidemment, cette question de la surproduction, c’est quelque chose auquel nous auteurs on réfléchit. On y est confronté, ça nous touche.
C’est une question un peu insoluble, parce qu’évidemment tout le monde est conscient de cette surproduction, les auteurs y compris, mais pour eux produire moins ça reviendrait souvent à gagner moins, et déjà un auteur de BD gagne tpeu. On l’a vu lors des derniers États Généraux de la bande dessinée, avec — je n’ai plus les chiffres exacts — un gros pourcentage en dessous du seuil de pauvreté, plus de la moitié en dessous du SMIC…
C’est une question très compliquée. Comme je l’expliquais auparavant, j’en ai tenu compte. Je fais moins d’albums, qu’à une époque, parfois il arrivait que j’aie huit, neuf albums qui sortent dans une année. Aujourd’hui, c’est plus du tout le cas, on est plutôt sur quatre, cinq par an. Et ça va encore se réduire puisque là, beaucoup de choses sortent qu’en fait j’avais écrites avant la période du Covid, et qui ont été repoussées. Je crois qu’un auteur doit s’adapter quelque part au marché, aux exigences du marché…
Il y a une donnée très importante, en 20 ans le prix de la planche n’a quasiment pas du tout augmenté, voire même baissé. On a tous subi une inflation assez énorme, et les conditions des auteurs se sont aggravées. Même moi à mon niveau, j’ai failli arrêter la bande dessinée parce que, comme je l’expliquais, par exemple Soleil ne me signait plus rien... les Humanoïdes Associés ne me signaient plus rien… Glénat ne me signait plus rien.
J’avais pris la décision de d’essayer de faire autre chose que de la bande dessinée. Il se trouve qu’à ce moment un producteur m’a contacté pour une série télé, sur laquelle j’ai travaillé pendant un an. Pendant cette longue période j’ai totalement coupé avec la bande dessinée, puis j’y suis revenu grâce à Thorgal qui m’a quelque part redonné l’envie de faire de la bande dessinée. Ensuite j’ai pu enchaîner sur d’autres projets comme Bruce J. Hawker, dont le tome 1 a bien marché au niveau commercial.
Actuellement, je fais à nouveau de la BD à 100 %, mais j’ai eu vraiment une période de deux ans où j’avais mis la bande dessinée de côté, je n’étais même pas sûr d’y revenir.
Thorgal, ça s’est presque décidé sur un coup de dés, un peu comme une blague au départ. Et puis les choses se sont concrétisées, et ça a représenté deux ans de travail, qui m’ont permis de revenir dans le rythme. Parce qu’un auteur — même avec plus de 30 ans de carrière, 180 albums publiés, plusieurs millions d’exemplaires vendus — peut très bien se retrouver, du jour au lendemain… enfin non, pas tout à fait du jour au lendemain, mais disons : sans rien. Sans contrat, sans perspective. Les éditeurs, souvent très lâches, ne prennent même pas la peine de dire à un auteur avec qui ils travaillent depuis dix ans qu’ils ne veulent plus continuer. Ils ne disent rien. Ils font comme si tout allait bien… mais ils ne signent plus rien. Plus de contrat, donc plus de travail. Voilà, c’est ça, la réalité de la jungle de la bande dessinée.
7. Il faut que l’on parle d’Inexistence, qui est pour moi une oeuvre extraordinaire, votre chef d’oeuvre ultime. Pouvez-vous nous raconter les coulisses de sa création ? D’où est venue l’idée, combien de temps a demandé l’écriture, la réalisation graphique, puis la production finale ?
Merci pour l’appréciation sur Inexistences. C’est vrai que c’est un album un peu à part. Dès le départ, il y avait une double intention : d’un côté, créer un projet très personnel, et de l’autre, trouver un terrain où je pourrais explorer des choses que je n’avais pas encore eu l’occasion d’approfondir… notamment l’illustration. J’y avais déjà touché, pour des couvertures de BD, de romans, un peu de pub aussi… mais jamais à cette échelle. Inexistences en contient près de 80, et encore, j’en ai écarté une trentaine. C’était aussi une manière de pousser ce langage-là plus loin.
Oui, il y avait cette envie d’explorer l’illustration, bien sûr, mais aussi l’écriture — puisqu’il y a du texte dans Inexistences, une histoire construite sous forme de nouvelles illustrées. Il y avait aussi, comme je l’ai mentionné, un travail autour de la peinture. Et bien sûr, la bande dessinée… un terrain que je connais bien, mais que je n’avais pas pratiqué depuis un certain temps. Cela faisait sept ou huit ans que je n’avais rien publié en tant que dessinateur, donc Inexistences a aussi marqué un vrai retour à la BD, sous cet angle-là.
Le projet s’est étalé sur une longue période — environ quatre ans — même si je n’y ai pas travaillé en continu. J’avançais par phases, quand l’écriture me laissait un peu de répit. Je consacrais alors ce temps à Inexistences, sans idée précise de la forme que l’ouvrage allait prendre. Je ne savais pas combien d’histoires il y aurait, ni même si ce serait vraiment un livre. Tout s’est construit au fil des envies. Un jour, j’ai eu envie de raconter une histoire en bande dessinée : c’est devenu L’Enfant bleu. Puis, pendant le confinement, est née Terra. C’était une période très particulière, et Terra m’a permis de créer un univers d’images inspirées par la nature, les animaux, des paysages d’avant — avec des couleurs vives, presque exubérantes. Je pense que si ce contexte-là n’avait pas existé, Terra n’aurait sans doute jamais vu le jour. Le confinement a aussi ravivé une envie ancienne : la peinture. J’ai enfin pu m’y plonger vraiment. Et à un moment, j’ai rassemblé tous ces éléments, j’ai trié, organisé, structuré le livre. J’ai éliminé une trentaine d’illustrations, ainsi qu’une partie entière du récit. À l’origine, il ne devait pas se situer uniquement en montagne. Une partie se déroulait en mer, dans l’hémisphère sud submergé par les eaux.
Peut-être qu’un jour, cette version complète existera. Mais j’ai préféré préserver une unité de lieu, d’ambiance — quelque chose de plus radical, plus resserré : la montagne, la neige, le froid. Inexistences s’est donc construit lentement, sur plusieurs années, pour devenir ce qu’il est aujourd’hui : une œuvre hybride, singulière, qui a suscité des réactions très diverses. Je m’attendais à ce que certains lecteurs passent à côté… mais pas forcément à ce que d’autres soient autant touchés. Et finalement, c’est peut-être ça qui compte le plus. Ce n’est pas forcément le succès commercial qui nous nourrit. C’est le fait de sentir qu’une œuvre a touché quelqu’un. C’est ça, je crois, qui reste. On écrit, on dessine pour ça — pour transmettre quelque chose, comme d’autres auteurs ont pu nous marquer, plus jeunes. C’est une manière de prolonger ce lien.
8. Si vous pouviez choisir l’une de vos œuvres à adapter en film ou en série, laquelle rêveriez-vous de voir portée à l’écran ?
Ce n’est pas une question facile. On va dire qu’il y a eu beaucoup de projets d’adaptation de mes albums ou séries... mais absolument aucun n’a abouti.
Un des premiers, c’était Alex Proyas qui souhaitait adapter Sanctuaire. Qui a récemment aussi intéressé Alexandra Aja, pour une série télé, mais ça ne s’est pas non plus concrétisé. Il y avait aussi un très beau projet d’adaptation de Prométhée pour la télévision — une série internationale avec une partie des — en tout cas avec le showrunner de la série Band of Brothers. C’était un très beau projet, très ambitieux, qualitatif, mais qui n’a pas abouti pour des raisons budgétaires. Il y a en eu beaucoup d’autres, comme Under, par exemple, par un showrunner producteur anglais, ça aurait pu aussi être un très chouette projet.
Malheureusement, rien n’a vu le jour. Alors, à choisir… je dirais peut-être Pandémonium. Je pense que ça pourrait faire un bon film, un bon film de genre. Je crois que c’est une histoire de fantômes assez originale dans un cadre original. Donc, peut-être ce récit-là, mais je pense que d’autres albums pourraient très bien être adaptés et fonctionner. Peut-être Bikini Atoll qui serait un bon slasher movie.
9. Quels projets vont rythmer votre actualité dans les prochains mois ? Pouvez-vous nous teaser quelques titres en cours ou à venir ?
Le gros projet à venir évidemment, ça sera le Thorgal Saga qui s’intitule La Déesse d’Ambre. Je l’ai dessiné et co-écrit avec Valérie Mangin, il sera mis en couleur par Gaëtan Georges. Il devrait sortir en début d’année 2026. Ce sera ma « grosse » actualité.
À venir également, des choses que j’ai déjà évoquées. Un western spaghetti qui s’appelle Sinisterra, qui devrait faire trois tomes. Un western dans la lignée de Corbucci, Sergio Leone, etc. C’était un vrai rêve d’ado que j’ai pu concrétiser. Il y aura également une histoire de Vikings qui va s’appeler Greenlander, sur les derniers Vikings du Groenland. Il se trouve qu’il y a un album sur le même thème qui est sorti récemment Terre Verte, un superbe album, mais l’angle que j’ai choisi est très différent.
Il y aura aussi un autre Thorgal Saga, au scénario, je viens tout juste de le signer, qui s’intitulera Le Peuple des Étoiles, dessiné par Jaouen, un dessinateur avec qui j’ai déjà travaillé sur Carthago Adventures et Eternum.
Il y aura la suite de Bruce J. Hawker, puisque nous avons signé avec Carlos Puerta deux autres tomes. Et également, je travaille sur une adaptation d’un roman classique — enfin un classique des romans de piraterie — qui s’appelle Captain Blood, qui a connu un film dans les années 50 avec Errol Flynn. Une adaptation très libre, c’est la première fois que j’aborde le récit de pirates, qui est vraiment un genre assez chouette à écrire. Il y a moins de contraintes historiques que pour Bruce J. Hawker par exemple.
Avec ce projet, on est davantage du côté de la mythologie. Et j’ai pu faire ce que j’aime particulièrement : mêler des éléments issus d’une vraie recherche documentaire — historique, précise — à des récits plus fantaisistes, voire mythologiques. Sur un récit de pirates, par exemple, je pense qu’il ne faut pas gommer la part de fantaisie. Mais les récentes avancées historiques sur le sujet sont aussi très riches, et s’en priver serait dommage, parce que parfois, le réalisme apporte une densité, une intensité inattendues. Tout l’enjeu est de trouver un équilibre juste entre ces deux pôles. Par ailleurs, j’ai d’autres projets en cours, mais tant qu’ils ne sont pas officiellement signés, je préfère rester discret — par superstition sans doute. Cela dit, il y en a un que je peux déjà évoquer, et pas des moindres : un album que je vais entièrement dessiner, sur un scénario de Serge Lehman. Il m’a écrit un très beau récit, dense, qui s’intitulera Le Flamboyant et comptera 90 pages.
Fin de la première partie de l’interview de Christophe Bec. Suite et fin demain.
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