Utopiales 2026 : Le jeudi 29 octobre
Le public était déjà bien présent dès cette première journée des Utopiales. Privé du grand amphithéâtre en rénovation, l’espace central et la scène Shayol était noir de monde pour assister à cette nouvelle brillante, conférence d’ouverture de l’astrophysicien Roland Lehoucq qui a encore régalé les festivaliers de sa capacité à rendre accessible la science au plus grand nombre en l’agrémentant de nombreuses références à la science-fiction.
Il était possible d’assister à de nombreuses tables rondes, de visiter la quinzaine d’expositions proposées et de se lancer dans la compétition des courts et des longs métrages qui étaient proposés.
Vous pouvez trouver ci-dessous un avis rapide sur les films que j’ai visionné et en fin d’article un très beau portfolio d’Emmanuelle Tesseron sur les tables rondes de la journée, sur l’ensemble des expositions présentes, qui feront l’objet d’un article spécifique par la suite, et sur les différents lieux et activités que propose le festival.
IA
COURT MÉTRAGE SESSION 1
C’était une bien sympathique session de court métrage à laquelle on a pu assister et qui offre quelques films, vraiment réussis.
Uraniborg de Thomas Trichet, Martin Maire & Théo Jollet - France - 2026 - 12’
1643. Une jeune astronome française se rend à l’observatoire d’une île au large du Danemark. Elle se lie avec Alvin, jeune garçon curieux, mais ses découvertes provoquent l’hostilité des habitant•es.
Avis : Un très beau film d’animation, montrant comment la connaissance du monde peut avoir un impact sur la vie des gens et leur croyance et se heurter à la peur de perdre ce que l’on connaît depuis toujours.
Frankenstein’s Dream de Simon Pummell - Pays-Bas/Belgique/Royaume-Uni - 2025 - 14’
Un film d’animation SF sur les humain•es et les machines, sur les corps et les mots. Une relecture du mythe de la Chute, conçue comme une histoire de chair et de magie.
Avis : Une très jolie animation qui finit par tourner un peu en rond et offre quelques créatures dont on se souvient longtemps.
Alpha Test de Stephen Packer - Australie - 2025 - 12’
Une jeune détective doit résoudre un meurtre avec l’aide d’une copie holographique de la victime.
Avis : Un très bon court métrage jouant avec les apparences et s’interrogeant sur la notion d’humanité pour offrir un thriller tendu réservant des surprises.
Acid City de Jack Wedge & Will Freudenheim - États-Unis - 2026 - 12’
Une ville fictive à la dérive au milieu d’un vaste océan acide. Une équipe de tournage y filme la vie, mêlant voix imaginaires à celles de scientifiques, d’urgentistes et de citoyen•nes ordinaires.
Avis : Un très bon film d’animation, montrant une ville futuriste décadente et l’impact délétère qu’y a le changement climatique en donnant aussi la parole à ceux qui y vivent.
Genesis de Giuseppe Eugenio Morina - Italie - 2025 - 8’37
Un être artificiel s’éveille sans souvenirs ni identité, dans un lieu inconnu. Il découvre les vestiges d’une expérience ratée sur les origines de la vie. Derrière chaque porte scellée se cache une vérité plus profonde.
Avis : Un beau film en images de synthèse, recréant une histoire extrêmement connue, mais dont la démonstration n’est pas forcément entièrement convaincante.
Exit de Lieven Vanhove - Belgique - 2026 - 15’
Anon et Niem se trouvent dans un ascenseur bondé qui monte sans fin. Ils luttent avec leur douleur jusqu’à ce que Niem finisse par sortir. Là, se déploie un monde vertigineux.
Avis : Un très bon film d’animation, réalisé grâce à la technique de motion capture montrant un étrange enfer vertical, constitué d’ascenseurs bondés dans un univers particulièrement malaisant.
I Walked through the wall de Pablo Larcuen - États-Unis/Espagne - 2025 - 9’
Une épouse et mère, qui se sent prisonnière d’une vie consacrée au service de sa famille, découvre par hasard le pouvoir de traverser les murs.
Avis : Un court métrage, très drôle et grinçant, se focalisant sur une femme se découvrant un étrange pouvoir et s’interrogeant sur le sens de sa vie. Une très belle démonstration qui fait beaucoup rire.
COURT MÉTRAGE SESSION 2
C’est, jusqu’à présent, la session de courts métrages la plus moyenne qui a été proposée avec des films un peu en dessous de ce que l’on a vu dans les autres séances.
Azul de Algoritmo Malvado - Mexique - 2025 - 32’
Dans le Mexique de 2053, déchiré par la violence, Octavio, un vendeur de rue adolescent, est à la recherche de son père disparu. Sa quête le conduit vers une étrange entité rebelle dénommée AZUL.
Avis : Un bon court métrage mexicain montrant une société sous le joug des cartels, qui laisse un goût d’inachevé, car on a plus l’impression qu’il s’agit d’un extrait de long métrage que d’un cours à part entière. Par contre, si un jour il devient un long, il vaudra la peine d’être regardé.
Atersadd de Emanu Garnheim - Suède - 2025 - 15’
Le voyageur tente de créer une nouvelle vie sur une planète morte, peuplée uniquement de mystérieux vers de poussière. Mais la vie ne semble possible qu’au prix d’un sacrifice.
Avis : Un court-métrage d’animation très poétique montrant l’étroit lien entre la vie et la mort, à travers l’acte désespéré d’un individu pour faire naître une plante sur une planète désolée.
Drömfabriken de Gustav Bondeson - Suède - 2025 - 8’
Un billet lui permettant de changer son passé contraint un jeune homme à affronter les souvenirs qu’il croyait avoir enfouis.
Avis : Une idée intéressante qui ne convainc pas complètement, mais qui offre une belle réflexion sur les souvenirs, et sur ce que l’on aimerait en faire.
Angel & Meow de Clemhyn Escosora - Slovaquie/Japon - 2025 - 15’
Une odyssée métacinématique où les frontières entre le studio d’un compositeur et une galaxie de science-fiction se dissolvent grâce au pouvoir de la musique et à une amitié improbable.
Avis : Un court métrage bénéficiant d’une animation parfois un peu bizarre, montrant un lien étrange entre un compositeur et un chat mélomane. Le travail fait sur la musique est très intéressant.
Factory Reset de Ludo Hoffstetter - France - 2026 - 7’32
Né dans les profondeurs d’une usine oubliée, un automate suit sa curiosité programmée à travers un monde silencieux de rouille et de métal qui semble étrangement familier.
Avis : Une jolie démonstration de l’absurdité de la vie et une belle ode à l’entraide, à travers un petit robot dont on suit les tribulations surprenantes.
Plus de Renaud Hallée - Canada/Québec - 2025 - 7’
Un signe « plus » trace un chemin vers la renaissance.
Avis : Un film expérimental qui bénéficie aussi d’un formidable travail sur la musique. Extrêmement visuel et une belle manière de montrer ce qu’un plus peut devenir.
Corps étrangers de Cécile Delberghe & Mathieu Mortelmans - Belgique - 2025 - 16’33
En pleine nuit, une inspectrice de police est appelée sur une scène de crime dans un couvent isolé. Quand elle se retrouve seule à inspecter le corps, elle se rend compte qu’il ne s’agit pas d’un être humain…
Avis : Un très bon court métrage, montrant une enquête policière, surprenante dans un couvent isolé par une tempête. De l’horreur s’insinue progressivement au sein de la narration pour offrir quelques moments extrêmement tendus.
YOU ARE THE FILM
De Makoto Ueda - Japon - 2026 - 68’
Madoka écrit des pièces de théâtre, mais aujourd’hui, elle va voir un film. Un film à propos d’un certain Kazuma, qui joue dans un groupe de musique, mais qui décide d’aller voir un film à propos d’une certaine Madoka, qui écrit des pièces de théâtre, mais qui décide d’aller voir un film. Les deux cinéphiles finissent par se faire face par écran interposé, en se demandant qui joue dans le film de l’autre. Un bazar assuré dans le multivers cinématographique, surtout si les deux protagonistes s’entraident pour dévier du scénario original de chacun, afin de ne pas mourir…
Avis : You are the film est un excellent film, vraiment très drôle et formidablement écrit. Le réalisateur, Makoto Ueda, dont c’est le premier film, a déjà œuvré sur le scénario de Beyond the Infinite Two Minutes, qui avait gagné le prix du public, il y a quelques années. Metteur en scène de profession, il s’entoure de ses acteurs de théâtre, et s’est associé avec un petit cinéma d’art et essai japonais très célèbre pour réaliser son histoire. On s’amuse beaucoup devant l’énergie des comédiens, le récit qui réserve de nombreuses surprises et rebondissements et l’imagination déployée. L’œuvre a d’ailleurs été primée en festival précédemment.
MUM, I’M ALIEN PREGNANT
De Thunderlips - Nouvelle-Zélande - 2026 - 95’
Mary rencontre un jeune homme doté d’un pénis extraterrestre. Tombant enceinte, elle va devoir faire face à plusieurs monstruosités : sa grossesse, le regard des autres, le milieu médical... et sa mère !
Avis : Mum, I’m Alien Pregnant est un très bon film qui exploite parfaitement le court métrage éponyme qui avait déjà été découvert précédemment aux Utopiales. Derrière Thunderlips se cache un duo qui montre que s’il est vraiment difficile, et parfois décevant, de passer du cours au long format, cette fois-ci, l’œuvre tient toutes ses promesses. On retrouve le duo déjanté des jeunes gens dont la fille est enceinte d’une manière très surprenante, auxquels s’ajoutent leurs mères respectives qui n’ont pas leur langue dans leur poche. On s’amuse beaucoup devant leurs tribulations. Et si le budget n’était pas très élevé, il est parfaitement employé, notamment au cours de scènes organiques spectaculaires qui fonctionnent parfaitement. L’œuvre est très amusante et permet de réfléchir sur la notion de famille, de relation avec sa mère, et de dysfonctionnement intrafamilial. L’œuvre a aussi été primée en festival auparavant.
IMPOSTERS
De Caleb Phillips - États-Unis - 2026 - 102’
Fraîchement installée dans une idyllique maison à la campagne, Marie entrevoit un nouveau départ pour sa famille et son couple. Mais son bébé se fait enlever. Suivant les conseils d’un énigmatique inconnu au passé tragique, elle le retrouve et, ensanglantée, le ramène. La joie du mari laisse vite place au soupçon : et si ce mignon bambin dans le berceau n’était pas son fils ?
Avis : Imposters est un bon film qui s’amuse à créer de fausses pistes pour développer une histoire d’une certaine originalité, parfaitement interprétée par des acteurs convaincants. Le récit, de plus en plus horrifique, explore d’une très belle façon le couple et la parentalité et propose une certaine plongée en enfer, dont le spectateur ne ressort pas indemne. C’est une proposition intéressante qui mélange horreur et thriller, et qui à travers un huis clos de plus en plus anxiogène offre quelques séquences vraiment marquantes.
LUNETTES ROUGES
De Mamoru Oshii - Japon - 1987 - 116’
Après trois ans d’exil, un policier revient hanter la ville à la recherche de ses anciens partenaires et de ses ennemi•es.
Avis : Lunettes rouges est un très bon film en prise de vues réelles, réalisé avec des acteurs impeccables. La mise en scène est vraiment remarquable, et certaines séquences sont à la fois burlesques, truculentes et envoûtantes. C’est un véritable plaisir que de découvrir sur grand écran, une telle proposition cinématographique ou le réalisateur s’amuse avec le public à travers son histoire d’un homme en fuite, revenu au Japon pour retrouver ses anciens compagnons. À travers ce personnage étonnant, possédant une valise qui est l’objet de toutes les convoitises, on découvre un pays totalitaire ou certaines interdictions sont parfois étonnantes. Une œuvre parfois sombre et qui n’est pas s’en rappeler un certain Jin Roh : la brigade des loups sorti en 1999 et écrit par Mamoru Oshii 12 ans après son film. Il faut savoir que l’ancienne société à laquelle appartenait le personnage principal était celle des chiens, qu’adore le réalisateur qui met toujours son chien basset dans ses récits, et que la nouvelle qu’il découvre est celle des chats, d’où les très nombreuses références à ces félidés.
GALERIE PHOTOS DES TABLES RONDES
Crédit Photos Emmanuelle Tesseron
© Léa Murawiec
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