Le duel : La critique
LE DUEL
– Date de sortie : 24 septembre 2026
– Éditeur : Éditions Soleil
– Scénario : Jean-Pierre Pécau
– Dessin : Antonio Marinetti
– ISBN : 978-2302108745
– Nombre de Pages : 63
– Prix : 16,50 euros
DESCRIPTION
Strasbourg, 19ème siècle. Deux lieutenants de l’armée de Napoléon 1er s’opposent dans un duel qui sera le premier d’une longue série. À chaque rencontre, lors de campagnes militaires, les deux hommes s’opposeront sans raison apparente...
À Strasbourg, en 1800, alors que Bonaparte est sur le point de s’engager dans la seconde campagne d’Italie, les troupes du général Treillard chassent l’ennui en se battant en duel. Après une vive altercation entre Armand d’Hubert et Gabriel Féraud, une lutte de dix années va mettre aux prises deux des plus valeureux soldats. Les deux hommes chercheront à venger leur honneur bafoué.
LA CRITIQUE
Tout commence à Strasbourg, en 1800. Un officier reçoit l’ordre de mettre aux arrêts un camarade qui vient de se battre en duel. La mission dégénère en querelle, puis en affrontement. Elle inaugure une longue succession de rencontres au cours desquelles les deux hommes reprennent les armes l’un contre l’autre. Les années passent, les campagnes se succèdent, mais le différend demeure. Son origine finit par compter moins que l’impossibilité d’y renoncer.
Il suffit parfois d’une offense dérisoire pour entretenir une haine qui traverse les années. Avec Le Duel, Jean-Pierre Pécau adapte la nouvelle de Joseph Conrad, également à l’origine des Duellistes de Ridley Scott. Au dessin, Antonio Marinetti accompagne cette plongée dans l’époque napoléonienne, où deux officiers trouvent encore le moyen de se livrer une guerre personnelle au milieu des campagnes militaires. Une affaire d’honneur qui prend progressivement les proportions d’une obsession.
C’est dans cette disproportion que le récit trouve son intérêt. Ces soldats affrontent les dangers de la guerre, mais restent prisonniers d’un orgueil auquel ils accordent une importance démesurée. L’honneur devient une justification commode pour poursuivre une lutte dont la nécessité paraît toujours plus douteuse. Sous l’aventure historique se dessine ainsi une réflexion sur la violence et sur ces principes que l’on défend avec tant d’acharnement qu’ils finissent par perdre leur sens.
Le contexte napoléonien donne une ampleur particulière à cet entêtement. À la guerre qui transforme l’Europe répond une rivalité obstinée, presque immobile dans son fonctionnement. Chaque nouvelle rencontre menace de ramener les protagonistes au même point. Cette répétition constitue à la fois le moteur de l’histoire et sa principale limite. On peut être sensible à l’absurdité de cet affrontement perpétuel tout en souhaitant que le récit s’attarde davantage sur ce que les années changent chez les deux hommes. La succession des épisodes laisse parfois moins de place à leur intériorité qu’à la poursuite de leur querelle.
Le travail d’Antonio Marinetti apporte à cette adaptation un attrait graphique certain. Son dessin réaliste s’appuie sur un trait riche en hachures, attentif aux uniformes, aux architectures et à la présence physique des personnages. Le découpage classique s’accompagne de cadrages qui donnent aux confrontations une dimension cinématographique. Les couleurs d’Hugo Sebastian Facio Garcia, souvent sombres, participent à cette atmosphère, tandis que les jeux de lumière soulignent la tension des scènes. L’ouverture, consacrée à un duel au petit matin et largement laissée aux images, illustre particulièrement bien cette approche. Il ne manque que la musique d’Howard Blake.
ET FINALEMENT
Et finalement, Le Duel tire sa force du contraste entre la beauté de sa reconstitution et la vanité de l’affrontement qu’il raconte. La mécanique peut sembler répétitive, mais elle porte aussi le sujet de cette adaptation. À force de vouloir sauver leur honneur, ces hommes laissent leur rivalité décider d’une partie de leur existence. Un récit historique dont l’intérêt tient autant aux échanges de lames qu’à ce qu’ils révèlent de l’orgueil humain.
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