Les Aléas de la vie : La critique
LES ALEAS DE LA VIE
– Date de sortie : 24 septembre 2026
– Éditeur : Éditions Delcourt
– Scénario : Satya Daniel & Manolo Carot
– Dessin : Manolo Carot
– ISBN : 978-2413084808
– Nombre de Pages : 142
– Prix : 19,50 euros
DESCRIPTION
Les Aléas de la vie, c’est l’histoire d’un déracinement, d’une perte de repères, mais c’est avant tout un portrait haut en couleur de ses multiples protagonistes auxquels on s’attache au fil de la lecture. Une forme de feel good book à la campagne qui devrait parler au cœur de ses lectrices et de ses lecteurs.
Le jeune Aléa rêve d’être influenceur. Il vit à Paris. Tout s’écroule lorsque ses parents se séparent. Sa mère doit donc se résoudre à rentrer vivre en Bretagne, en pleine campagne, dans la ferme familiale. Elle y retrouvera son père, un vieux grincheux, mais aussi son frère aîné et ses deux filles. La cohabitation s’avèrera compliquée, surtout pour un Aléa privé de son quotidien par décision des adultes. Pour lui, les campagnards ne sont que des ploucs et des bouseux.
LA CRITIQUE
Avec Les Aléas de la vie, Satya Daniel et Manolo Carot partent d’une situation familière, un adolescent subit la séparation de ses parents et doit abandonner ses repères pour suivre sa mère. Sauf que, pour Aléa, jeune Parisien qui rêve de devenir influenceur, le changement de décor est radical. Direction la campagne bretonne, la ferme familiale, les champs et les poules. Difficile de se réjouir de cette nouvelle vie lorsque les adultes l’ont choisie pour vous et que l’on n’a aucune envie de découvrir ce qu’elle pourrait offrir.
Le thème du déracinement n’a rien de nouveau, mais l’album trouve son intérêt dans la manière de faire évoluer le regard de son personnage. Au fil des rencontres et des désaccords, Aléa doit apprendre à envisager la vie autrement. Grandir, ici, passe par la découverte des autres, mais aussi par un effort pour se comprendre et s’accepter. Le récit se découpe en quatre parties, autant de saisons qui accompagnent ce cheminement et inscrivent les changements du jeune garçon dans la durée. On dit bien qu’il faut vivre les quatre saisons dans une maison pour l’apprécier entièrement.
La bande dessinée s’empare aussi très naturellement des habitudes de son époque. Des pages entières reprennent les publications d’Aléa sur les réseaux sociaux, intégrant sa manière de raconter son quotidien à la narration. Les deux premières pages en donnent déjà une démonstration particulièrement efficace. Quelques posts suffisent à donner le ton et à nous faire entrer dans son univers. Cette entrée en matière témoigne de la force narrative des images, capables de poser une situation et de faire sentir un état d’esprit en très peu de place.
Autour d’Aléa, c’est toute une famille qui prend vie, avec son cœur, ses rancœurs, ses chamailleries et ses secrets. Les non-dits pèsent sur les relations, les ressentiments compliquent la cohabitation et chacun doit trouver sa place au milieu des autres. Ce quotidien partagé donne de l’épaisseur au récit. Sous le même toit, on apporte aussi tout ce que l’on n’a pas réglé, tout ce que l’on ne sait pas dire et ce que l’on aimerait parfois ne plus entendre.
Le dessin de Manolo Carot participe pleinement à l’immersion dans ce quotidien, avec des personnages expressifs et une belle place accordée aux décors de la campagne bretonne. Les couleurs douces apportent de la chaleur à l’ensemble, tandis que la variété des mises en page accompagne les changements de rythme. Les publications sur les réseaux sociaux s’y intègrent avec naturel, donnant au récit une identité visuelle bien ancrée dans son époque.
La vie à la campagne nourrit tout autant cette chronique. Les amitiés s’y construisent, les désaccords s’y expriment et le vivre ensemble se pratique avec les caractères de chacun. Jusqu’à ces petits vieux qui prévoient la météo, certains détails ont une saveur immédiatement reconnaissable. Pour avoir connu les deux facettes de ce récit, je me suis retrouvé dans bien des situations. On reconnaît des attitudes, des échanges, une façon de se côtoyer qui évoquent très justement ce qui se passe dans nos montagnes et nos campagnes. Tout cela sonne vrai, sans trop en rajouter. Enfin, pas trop…
Cette richesse constitue aussi la petite réserve que l’on peut formuler. L’album est un condensé de vie intense et dense, où les situations et les émotions s’enchaînent au point de laisser parfois peu de temps pour reprendre son souffle. On aimerait pouvoir s’attarder davantage sur certains instants, laisser une relation ou une émotion se prolonger avant de passer à la suivante.
ET FINALEMENT ?
Et finalement, Les Aléas de la vie reste une tranche de vie attachante, dont la justesse emporte l’adhésion malgré cette impression de trop-plein. Derrière un point de départ classique, la BD parle avec sensibilité de ce que l’on découvre lorsque l’on accepte enfin de regarder autour de soi. Et de cette place que l’on finit par se faire dans un endroit où l’on n’avait jamais demandé à vivre. C’est très beau, très poétique, laissez-vous porter par les saisons à la campagne.
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