Les dossiers secrets de Hellboy : La critique de Vampire

Date : 21 / 10 / 2026 à 08h00
Sources :

Unification


HELLBOY - DOSSIERS SECRETS : VAMPIRE

– Date de sortie : 1er octobre 2026
– Éditeur : Éditions Delcourt
– Scénario : Gabriel Ba, Fabio Moon & Mike Mignola
– Dessin : Fabio Moon & Gabriel Ba
– ISBN : 978- 2413095088
– Nombre de Pages : 121
– Prix : 16,95 euros

DESCRIPTION

La série Dossiers Secrets de Hellboy permet de revenir sur des événements en marge du récit principal. Ce récit complet, intitulé Vampire, est sublimé par la présence au dessin de Gabriel Bá (Umbrella Academy) et Fábio Moon.

À la suite d’une enquête qui a mal tourné, Simon Anders sert de réceptacle à deux vampires. Hanté par ce que lui susurrent les voix de ces deux parasites, il décide de partir à la recherche d’un endroit mythique où se réuniraient les vampires, bien décidé à les tuer tous. Son enquête le conduit rapidement en Serbie où plane la légende d’une châtelaine qui fut suspectée en son temps d’être une vampire. Une carte semble indiquer l’existence d’un tel lieu de rassemblement pour ces créatures...

LA CRITIQUE

Dans Vampire, l’univers de Mike Mignola s’éloigne un peu de Hellboy pour suivre un homme profondément marqué par sa confrontation avec les forces occultes. Les vampires sont ici bien loin des créatures séduisantes ou romantiques. Ce sont des êtres anciens, inquiétants, presque insaisissables, dont la présence semble contaminer tout ce qui les entoure. À travers une Europe chargée de légendes, de ruines et de souvenirs sanglants, la traque devient progressivement quelque chose de beaucoup plus intime. Plus le personnage avance, plus on comprend qu’il ne poursuit pas seulement des monstres. Il poursuit aussi ses propres fantômes.

Mike Mignola installe une ambiance particulièrement lourde. Vampire n’est pas une histoire qui cherche à multiplier les combats ou les rebondissements spectaculaires. Elle préfère laisser le malaise s’installer lentement. Et c’est précisément ce qui fonctionne. Les vampires restent souvent à la périphérie du récit. On les devine avant de les voir. Une silhouette, une maison abandonnée, un village trop silencieux, quelques mots prononcés à demi-voix suffisent à créer une menace.
Le récit joue énormément avec le folklore et les superstitions européennes. Les morts semblent ne jamais être complètement morts et les vivants portent en eux les traces de ce qu’ils ont vu.
La véritable force de l’histoire vient alors de son personnage principal. Sa chasse devient presque obsessionnelle. À mesure qu’il s’enfonce dans cet univers, la frontière entre devoir, vengeance et folie devient de plus en plus difficile à distinguer.

Il y a quelque chose de profondément tragique dans cette quête. Mignola ne raconte donc pas simplement une chasse aux vampires. Il parle de traumatisme, de culpabilité et de cette impossibilité de revenir à une vie normale après avoir découvert que certaines horreurs existent réellement.
Et surtout, il laisse beaucoup de choses inexpliquées. Cette absence de réponses renforce énormément l’angoisse. Le lecteur avance dans le brouillard exactement comme les personnages.

Graphiquement, l’album colle parfaitement à cette atmosphère. Gabriel Bá et Fábio Moon reprennent certains des codes visuels associés à l’univers de Mignola tout en conservant leur propre personnalité. Les personnages sont expressifs sans que les dessins aient besoin d’être surchargés de détails. Les décors, eux, deviennent presque des personnages. Forêts sombres, vieilles bâtisses, couloirs, ruines et paysages isolés donnent constamment l’impression que quelque chose observe les protagonistes. Les ombres occupent énormément d’espace dans les cases. Par moments, on distingue à peine ce qui s’y cache, ce qui rend certaines scènes encore plus inquiétantes. La mise en couleurs de Dave Stewart renforce encore cette sensation. Les tons sont souvent ternes, froids, presque maladifs. Les rares couleurs plus fortes deviennent alors immédiatement menaçantes.
Visuellement, l’album donne parfois l’impression de sentir l’humidité des pierres et le froid des cryptes. Et il y a plusieurs passages où quelques cases quasiment silencieuses réussissent à provoquer davantage de tension qu’une longue scène d’action.

Vampire est donc une histoire de vampires assez éloignée des standards du genre. Peu de spectaculaire, peu d’explications et finalement assez peu de vampires directement exposés. Mais une atmosphère remarquable et une impression de menace permanente. C’est un récit qui fonctionne davantage par suggestion que par démonstration. On referme l’album avec cette sensation étrange que quelque chose est resté dans l’ombre, juste derrière nous.

ET FINALEMENT ?

Et finalement, Vampire est moins une histoire de monstres qu’une lente descente dans les ténèbres. Mignola, Bá, Moon et Stewart construisent un récit gothique, mélancolique et particulièrement oppressant, où chaque silence semble cacher quelque chose. Une BD sombre, belle et inquiétante qui n’a pas besoin de faire couler des litres de sang pour réussir à nous glacer.


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