Les évadés d’Alcatraz : La critique
LES ÉVADÉS D’ALCATRAZ
– Date de sortie : 12/03/2026
– Éditeur : Éditions Delcourt
– Scénario : Christopher Cantwell
– Dessin : Tyler Crook
– ISBN : 978-2413093398
– Nombre de Pages : 147
– Prix : 18,50 euros
DESCRIPTION
Ce récit complet est une épopée sanglante, orchestrée par Christopher Cantwell - créateur de la série TV Halt & Catch Fire et co-showrunner de The Terror sur AMC - et Tyler Crook - le dessinateur de Harrow County, BPRD et Bad Blood.
Née de l’un des plus grands mystères non résolus du XXe siècle, cette odyssée nous entraîne sur les traces des fugitifs les plus célèbres de l’Histoire américaine, alors qu’ils courent désespérément vers la liberté à travers la campagne californienne laissant dans leur sillage une traînée de corps et de douloureuses révélations. Ce récit complet est celui de tueurs qui se savent condamnés quoi qu’ils fassent.
LA CRITIQUE
11 juin 1962. Frank Morris, John Anglin et Clarence Anglin s’évadent de la prison fédérale d’Alcatraz. Ils auraient dû être quatre, et seuls deux survivront à la traversée. Pour les survivants, l’évasion n’est que le début d’un nouveau cauchemar. Conscients d’être traqués, ils feront tout pour échapper à ceux qui veulent les renvoyer derrière les barreaux.
Les Évadés d’Alcatraz reprend l’un des grands mythes criminels américains : l’évasion de détenus de la prison la plus célèbre des États-Unis. Mais plutôt que de s’en tenir au simple exploit ou au suspense documentaire, l’album choisit la fuite en avant. La cavale devient un chemin de sang, de peur et de révélations, où la liberté n’a plus grand-chose d’un idéal lumineux. Ce que raconte surtout la BD, c’est la course désespérée d’hommes déjà condamnés, que l’évasion ne sauve pas vraiment, mais pousse seulement plus loin dans leur chute. Mais aussi celle de leurs poursuivants dans une Amérique qui a du mal à évoluer dans ses clichés dans lesquels elle est embourbées.
Le vrai intérêt du livre semble être là, ne pas traiter Alcatraz comme une simple anecdote historique ou un thriller d’évasion classique, mais comme un récit de perdition. Christopher Cantwell paraît moins fasciné par le mystère policier que par ce qu’il révèle de l’Amérique et de ses figures brisées. L’évasion n’est pas un commencement héroïque, mais une condamnation différée. Cela donne à l’ensemble une tonalité sèche, fataliste, presque poisseuse, qui colle bien à ce type d’histoire.
Ce qui fonctionne particulièrement dans cette approche, c’est l’idée que le mythe d’Alcatraz sert de porte d’entrée à quelque chose de plus noir, une chronique de la violence, de la culpabilité et de l’impossibilité d’échapper vraiment à soi-même et à son époque. La promesse d’une “épopée sanglante” n’est donc pas qu’un argument marketing, elle dit bien le projet de l’ouvrage, qui semble préférer la brutalité morale à la glorification romanesque des fugitifs. On est moins dans le fantasme de l’évasion que dans l’autopsie d’un rêve déjà pourri.
Avec Tyler Crook, le choix graphique s’impose comme une évidence tant son style confère à l’album une identité visuelle très forte. Son dessin semi-réaliste, rugueux, presque poisseux, prend toute son ampleur dans un travail à l’aquarelle dont la matière trouble, organique, presque humide, enveloppe les personnages et les décors dans une lumière lourde et terreuse. Rien n’y paraît vraiment net ni héroïque : les visages sont marqués, les paysages semblent usés par la poussière, la fatigue et l’humidité, et l’ensemble dégage cette impression d’un monde qui se délite lentement, où la nature, la route et les corps participent d’une même décomposition. Cette approche picturale donne au récit une atmosphère mélancolique, oppressante et profondément incarnée, en parfaite adéquation avec cette cavale sale et désespérée. Un climat visuel que l’on retrouve déjà dans ses œuvres précédentes. Juste superbe.
ET FINALEMENT ?
Et finalement, Les Évadés d’Alcatraz a tout l’air d’être une BD qui utilise un fait divers célèbre pour raconter autre chose. Non pas l’excitation de la fuite, mais la noirceur d’hommes qui savent déjà qu’il n’y aura pas d’issue propre. Si l’album tient toutes ses promesses, il peut offrir bien plus qu’un simple récit criminel, une cavale âpre, violente et désespérée, portée par une atmosphère graphique idéale pour ce genre de descente aux enfers. Une BD qui semble moins chercher le spectaculaire que l’empreinte sale, tenace, laissée par ses personnages, et c’est plutôt intense.
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