Festival du Cinéma Chinois en France : Ouverture de la 11ième édition
Le 10 mai a eu lieu la cérémonie d’ouverture de la 11e édition du Festival du Cinéma Chinois en France qui se déroulera jusqu’au 30 juin.
Depuis sa création en 2011, le festival s’attache à promouvoir le dialogue et les échanges cinématographiques et culturels entre la France et la Chine. Il est l’équivalent chinois du Panorama du Cinéma Français organisé tous les ans dans une dizaine de villes en Chine par Unifrance.
Le cinéma chinois se porte bien, ses recettes au box-office sont en constante augmentation. Les productions sont nombreuses et variées. La sélection du Festival du Cinéma Chinois en France tient compte de cette diversité et propose de faire découvrir des œuvres de tout horizon.
Cette édition présente quatre sections principales : Nouveautés, Films classiques, Documentaires et Cinéma virtuel. De l’action, du suspense, de l’historique ou encore de l’animation sont au programme avec des nouveautés bien sûr mais aussi des films patrimoniaux.
Le festival vient à la rencontre du public dans une dizaine de villes en France : Paris, Strasbourg, Lyon, Marseille, Toulouse, Strasbourg, Cannes, Brest, Montargis et en outre-mer à La Réunion et en Nouvelle-Calédonie.
Outre les projections, une exposition thématique intitulée « 120 ans de cinéma chinois » se tiendra du 19 mai au 17 juillet au Centre culturel de Chine à Paris. Il sera possible d’y découvrir l’histoire du cinéma chinois au moyen d’images d’archive précieuses, d’affiches de films et de documents historiques.
Cette édition a pour ambassadeur les réalisateurs Jean-Jacques Annaud et Anne Fontaine. L’actrice Isabelle Huppert est l’invitée d’honneur. Ils étaient tous les trois présents à la cérémonie d’ouverture et ont participé à une conférence de presse où ils nous ont fait part de leurs relations particulière avec la Chine.
Isabelle Huppert : "Mon expérience avec la Chine s’est faite à la fois à travers le théâtre et le cinéma, puisque j’ai présidé, au cours des dernières années, plusieurs jurys de festivals importants en Chine.
J’ai d’abord présidé la première édition du Festival de Hainan, puis, plus récemment l’année dernière, le jury d’un festival formidable à Xining. C’est un festival situé assez loin de Pékin, un peu dans les montagnes, et c’est vraiment une fenêtre passionnante sur la production chinoise, notamment les films d’auteur souvent assez exigeants, ainsi que sur une sélection plus internationale. Ça a été une expérience véritablement passionnante.
Plus récemment, en tant qu’actrice et non plus comme spectatrice, j’ai rencontré le public chinois à travers le théâtre. J’ai joué, jusqu’à présent, deux pièces : L’Amante anglaise à Pékin, puis La Cerisaie à Macao, Shanghai et Pékin. J’ai également reçu tout récemment le Magnolia Award à Shanghai, qui est une sorte de Molière chinois. Cela m’a énormément touchée. Je l’ai reçu pour mon interprétation dans La Cerisaie, mise en scène par Tiago Rodrigues. Je retournerai prochainement en Chine, en octobre, toujours dans le même théâtre à Pékin, pour jouer Mary Said What She Said, une production mise en scène par Robert Wilson. A chaque fois, c’est assez extraordinaire. Peut-être qu’au-delà de l’intérêt pour une production internationale, il y a surtout un véritable intérêt pour le théâtre lui-même. À travers le théâtre, on touche en Chine un public extrêmement fervent et passionné.
Ce n’est pas facile de regarder un spectacle surtitré. L’Amante anglaise et La Cerisaie sont des œuvres d’auteurs bien connus en Chine — Marguerite Duras et Anton Tchekhov — mais cela demande malgré tout une certaine exigence et un effort pour accéder à ce type de spectacle. Et pourtant, j’ai joué devant des salles absolument combles, composées à 99 % de spectateurs chinois, avec à chaque fois un accueil vraiment extraordinaire.
J’ai aussi rencontré de jeunes cinéastes chinois et j’espère vraiment avoir bientôt l’occasion de tourner un film là-bas. Je pense d’ailleurs que cela arrivera prochainement.
C’est vrai que, récemment, on disait peut-être que nous ne sommes pas suffisamment ouverts au cinéma chinois. Mais il y a eu une grande rencontre avec un immense réalisateur chinois, bien sûr : Bi Gan, qui a été une véritable révélation pour beaucoup d’entre nous, en tout cas pour moi. Et puis nous connaissons aussi les grands réalisateurs chinois classiques. Nous avons malgré tout ici une connaissance assez importante des grands films chinois"
Jean-Jacques Annaud : "j’ai eu la chance d’habiter pendant quatre ans à Pékin et d’avoir visité la Chine durant les trois années précédentes. Les anecdotes sont innombrables : chaque jour était un jour de bonheur.
Je suis vraiment tombé amoureux de la Chine. N’essayez pas d’obtenir autre chose que des compliments de ma part, parce qu’ils viennent sincèrement du cœur. J’adore ce pays et j’adore y retourner.
J’y ai non seulement un public très fidèle, mais j’ai aussi travaillé avec des équipes magnifiques. Mon équipe de tournage comptait environ 600 personnes. Nous parlions français grâce à d’excellents interprètes. Et je dois dire que la barrière de la langue n’a absolument pas existé pour moi.J’ai travaillé en mandarin, en mongol… et même en “langage des loups”. Les loups, finalement, c’est assez simple ! Le mongol, en revanche, est très différent du mandarin.L’un de mes producteurs venait de Hong Kong ; évidemment, on ne parle pas exactement la même langue entre Canton, Hong Kong et la Chine continentale.
Du début à la fin, mon expérience s’est faite avec des gens intelligents et profondément bienveillants. Et j’insiste sur un point : j’ai beau le répéter, les gens ont du mal à me croire, mais j’ai bénéficié d’une liberté absolue. Je n’ai jamais été aussi libre pour écrire un scénario, choisir mes acteurs, sélectionner mes décors ou monter un film de manière indépendante.
J’ai même tardé à montrer mon premier montage à mes producteurs. Lorsqu’ils l’ont vu, ils m’ont simplement dit : “C’est très bien.”
Le film est passé devant la censure en quasiment une journée. On m’a seulement demandé de modifier un mot en mandarin : il fallait remplacer “peuple” par “nation”, ou l’inverse — je ne sais plus très bien, puisque je ne parle pas la langue. On m’a aussi signalé qu’on apercevait, dans un plan, le sein d’une bergère. Moi, je ne l’avais même pas remarqué ! On m’a dit que ce n’était peut-être pas idéal pour le film, mais qu’au fond je faisais ce que je voulais : je pouvais garder le plan ou le remplacer si j’avais une autre prise.
Depuis, je retourne en Chine avec énormément de bonheur. J’y ai tellement d’amis et j’y ai rencontré tant de sincérité. J’ai découvert une chose importante : je ne savais pas que le peuple chinois était aussi sentimental et fidèle. Le mot “sentimental” est quelque chose que les Français n’associent pas forcément spontanément à la Chine. Pourtant, c’est vrai. Bien sûr, il faut apprendre à mieux se connaître mutuellement. Mais pour moi, un voyage en Chine est toujours une succession de jours heureux. "
Anne Fontaine : " J’ai eu la chance de travailler avec une actrice qui ne connaissait pas du tout le français et qui incarnait pourtant un personnage s’exprimant en français. C’est incroyable la manière dont elle travaillait la langue : elle fonctionnait par sonorités. Elle a dû apprendre les phrases presque instrumentalement. C’était magnifique.On parlait anglais. Ça marche toujours. Mais c’est vrai que je n’imaginais pas qu’elle aurait autant de facilité à incarner un personnage français, avec un français encore plus poétique qu’un français classique, disons. Je l’ai revue il y a deux ans, et elle me disait qu’elle avait fait le tour des rôles qu’elle pouvait interpréter. Et ça rend triste, parce qu’elle est magnifique.
J’ai également été en Chine pour tourner à Pékin la fin du film Augustin, roi du Kung-Fu, où mon frère incarnait le personnage d’Augustin. Il s’appelle Jean Chrétien Sibertin-Blanc Et c’est vrai qu’à travers lui, j’ai découvert des réalisateurs et des acteurs que je n’aurais probablement jamais approchés autrement. C’est très stimulant.
C’est une précieuse expérience interculturelle, donc je vous félicite encore une fois pour toutes ces histoires et ces tournages réalisés entre la France et la Chine (...) C’’est vrai que les échanges culturels sont extrêmement positifs. Bien sûr, je ne serais pas ici autrement. Et cela fait déjà un moment que je suis ce festival "
Les illustrations des articles sont Copyright © de leurs ayants droits. Tous droits réservés.
















