La mécanique : La critique tardive du tome 2

Date : 20 / 03 / 2026 à 08h00
Sources :

Unification


LA MÉCANIQUE
TOME 2 : CHAMKA

 Date de sortie : 15/10/2025
 Éditeur : Soleil
 Scénario : Kevan Stevens
 Dessin : Jef
 ISBN : 978-2302101159
 Nombre de Pages : 76
 Prix : 17,50 euros

DESCRIPTION

Dans un futur sombre en proie à une drogue dévastatrice, des personnages vont jouer une partition qui les dépasse, dessinant un destin plus grand mais fragile face à la vague de chaos qui s’installe.

Le Major sent que la situation devient hors de contrôle, alimentée par un début de coup d’Etat Fédéral et la révolte du groupe des Invisibles frontalement exposé à la secte de Ganz. Safir s’allie aux triades. Et Vananka, dans sa quête pour retrouver ce qui est arrivé à Isabelle, a pris un ticket direct pour la station terminus de son cauchemar. La Mécanique s’emballe.

LA CRITIQUE

Comme certaines vendanges, certaines critiques sont tardives. Souvent parce que le rédacteur, votre serviteur, ne travaille pas vite, aime prendre son temps, et a aussi un véritable métier qu’il doit honorer, s’il veut parfois manger. Aussi parce que le même rédacteur pioche de temps en temps dans sa collection privée, achetée avec ses propres deniers, pour vous faire partager ses envies, ses découvertes ou encore ses coups de coeur.

À Mégalopolyon, la situation a déjà basculé dans le chaos. La ville est secouée par la révolte des Invisibles, pendant que le pouvoir sent qu’il perd progressivement le contrôle. Safir poursuit toujours sa recherche de son frère disparu et s’enfonce pour cela dans les zones les plus troubles de la cité, jusqu’à traiter avec les triades. En parallèle, Vananka continue sa quête autour d’Isabelle, dans une atmosphère de plus en plus cauchemardesque, tandis que plane la menace d’un coup d’État fédéral et de la secte de Ganz.

Chamka confirme l’ambition singulière de la série imaginée par Kevan Stevens et Jef. Paru chez Soleil en octobre 2025, ce deuxième tome reprend son lecteur dans une cité futuriste au bord de l’implosion, où les tensions politiques, les trafics, les croyances et les trajectoires intimes s’entrechoquent jusqu’à faire dérailler l’ensemble. On y retrouve un monde miné par une drogue destructrice, un début de coup d’État fédéral, la révolte des Invisibles face à la secte de Ganz, tandis que Safir s’allie aux triades et que Vananka poursuit sa descente dans un cauchemar toujours plus dense.

Dès les premières pages, Chamka choisit la montée en pression plutôt que la simple relance narrative. Là où le premier tome posait un univers, ses codes et ses fractures, ce second volet les met en mouvement avec une vraie volonté d’emballement. Tout semble ici glisser vers la rupture, comme si la série assumait enfin son titre en laissant “la mécanique” s’affoler de toutes parts. Le récit gagne ainsi en intensité, mais surtout en ampleur. Il ne se contente pas de suivre une intrigue centrale : il fait converger plusieurs lignes de tension, du politique au spirituel, du criminel à l’intime, pour composer une fresque urbaine poisseuse, nerveuse et volontiers oppressante. Cette perte de contrôle généralisée et l’embrasement progressif de la cité constituent clairement le moteur dramatique de l’album.

Ce qui frappe, c’est la manière dont la BD refuse la facilité. Chamka ne cherche pas à simplifier son monde pour le rendre immédiatement confortable. Au contraire, il cultive une forme de densité, parfois même de saturation, qui peut désarçonner mais qui participe aussi fortement à son identité. Cette science-fiction n’a rien de lisse : elle sent la rouille, la sueur, la violence sociale et la fin de règne. Le scénario avance comme une déflagration lente, en entretenant une impression permanente de déséquilibre. C’est d’ailleurs là sa grande force : donner le sentiment que tout peut basculer, à chaque page, sans jamais réduire ses personnages à de simples fonctions dans une intrigue de chaos généralisé.

Car au milieu de cette agitation politique et urbaine, Chamka conserve une vraie dimension humaine. Les personnages ne sont pas seulement pris dans un conflit de factions, ils sont aussi broyés par des loyautés contradictoires, des quêtes personnelles et des blessures plus profondes. Safir, Vananka, le Major : tous semblent évoluer dans un monde qui les dépasse, ce qui donne au récit une tonalité fataliste assez forte. Il y a là quelque chose de presque tragique dans cette façon de montrer des individus emportés par des forces collectives, idéologiques ou criminelles, qu’ils ne maîtrisent plus. C’est ce qui évite à l’album de n’être qu’un pur exercice d’ambiance.

Graphiquement, La Mécanique continue de miser sur une identité visuelle forte. Même sans disséquer planche par planche, tout ce qu’on perçoit de l’album va dans le sens d’un univers cyberpunk sale, chargé, crépusculaire, où la ville devient un organisme malade. Ce type de récit demande un dessin capable à la fois de construire un monde et de maintenir une lisibilité minimale au cœur du chaos. Et c’est précisément ce qui semble faire la valeur du travail de Jef ici, donner de l’épaisseur à cette mégalopole en crise, rendre tangible sa décomposition, tout en nourrissant le vertige du lecteur. L’esthétique ne sert pas seulement à “faire beau”, elle participe du sens, en appuyant cette impression de dérive généralisée et de violence systémique. Beauté brutale et caractère underground résument son impact visuel.

Reste que cette richesse a un prix. Chamka est le genre d’album qui peut perdre un peu son lecteur s’il n’accepte pas de se laisser happer sans tout maîtriser immédiatement. L’abondance des enjeux, des groupes, des conflits et des trajectoires rend parfois la lecture exigeante, voire légèrement déroutante. Mais c’est aussi le revers presque logique d’une œuvre qui préfère la densité à la simplification. En ce sens, ce tome 2 ne cherche pas à rassurer : il radicalise les promesses du premier, au risque d’être moins accessible, mais avec en échange une personnalité bien plus marquée.

ET FINALEMENT ?

Et finalement, La Mécanique tome 2 : Chamka est un album de science-fiction sombre, ambitieux et organique, qui transforme son univers en champ de bataille mental, politique et social. Ce n’est pas une BD futuriste faite pour flatter le lecteur avec des codes rebattus, c’est une œuvre qui choisit la tension, la surchauffe et l’immersion. Un deuxième tome qui donne réellement le sentiment que la série prend feu, et que c’est précisément dans cet embrasement qu’elle trouve sa vraie puissance.


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