Guerres & Dragons : La critique du tome 5 - Vietnam
GUERRES & DRAGONS
5. VIETNAM
– Date de sortie : 5 mars 2026
– Éditeur : Soleil
– Scénario : Nicolas Jarry
– Dessin : Stéphane Bervas
– ISBN : 978-2302106529
– Nombre de Pages : 56
– Prix : 15,95 euros
DESCRIPTION
À chaque fois qu’une guerre embrase le monde, des dragons s’éveillent pour se lier à des hommes et femmes dont les destinées bouleverseront le cours de l’Histoire...
Vietnam, 1969. Trois hélicoptères tombent dans la jungle. Pas à cause des Vietcongs... mais d’un dragon. Nick, tireur d’élite, découvre qu’un enfant famélique contrôle la créature. Faut-il le tuer ou l’épargner ? Hanté par la mort de son frère, il fait le pire choix pour un soldat : protéger le gamin. Commence alors une traque sanglante, où les monstres ne sont pas toujours ceux qu’on croit...
LA CRITIQUE
Comme son sous-titre l’indique, le cinquième tome de Guerres et Dragons déplace le concept de la série, qui est d’injecter le mythe du dragon au cœur d’un conflit réel, dans la moiteur paranoïaque du Vietnam, en 1969. Trois hélicoptères s’écrasent dans la jungle, non pas sous le feu ennemi, mais à cause d’un dragon. Nick, tireur d’élite, découvre qu’un enfant famélique semble contrôler la créature… Le soldat se retrouve face à un choix impossible, l’abattre, ou protéger ce gamin au milieu d’une guerre qui ne pardonne rien.
L’idée la plus intéressante, ici, c’est que le dragon n’est pas un “boss de fin de niveau” fantasy parachuté dans un décor historique. Il devient un révélateur moral. Le synopsis annonce un héros hanté (la mort du frère), un enfant qui cristallise la culpabilité et la compassion, et une traque où “les monstres ne sont pas toujours ceux qu’on croit”, formulation classique, certes, mais qui colle parfaitement au Vietnam, terrain idéal pour raconter la peur, la déshumanisation, et le réflexe de survie qui dévore tout.
Dans ce cadre, le ressort dramatique est limpide. Il faut faire de Nick un soldat qui commet “le pire choix” pour un soldat, c’est à dire protéger. C’est une promesse forte, parce qu’elle fabrique automatiquement des lignes de fracture, la hiérarchie, les frères d’armes, l’ennemi, et même la logique de mission. Si l’album tient cette tension sans tomber dans la morale surlignée, il tape juste. Pas besoin d’en faire des tonnes quand le décor, lui, est déjà une machine à broyer. On attend surtout que la BD assume une vraie ambiguïté. L’enfant est-il une victime, une arme, les deux, ou pire, un miroir tendu aux adultes armés jusqu’aux dents ?
Stéphane Bervas, avec Arif Prianto à la couleur, a sur le papier le terrain parfait pour jouer sur deux registres, le réalisme “sale” (jungle, boue, métal, sueur, visages creusés) et l’irruption du fantastique (la masse du dragon, sa présence quasi surnaturelle, l’échelle). Si la mise en scène privilégie la lisibilité et le poids, le dragon peut devenir autre chose qu’un effet. Il est une ombre au-dessus de tout, une menace qui déforme le champ de bataille. Et c’est là que la couleur peut faire la différence, soit elle sature et transforme la jungle en cauchemar fiévreux, soit elle refroidit et rend l’horreur clinique. Mais ce dessin qui peut paraitre d’un premier abord très classique, devient vite enchanteur.
ET FINALEMENT ?
Finalement, sur le principe, Vietnam est un des tomes les plus “naturellement” compatibles avec le concept de Guerres et Dragons. Le Vietnam est déjà une guerre de récits contradictoires, de peurs invisibles, d’ennemis qu’on ne voit pas, et y greffer un dragon, c’est presque rendre visible ce qui écrase les hommes. La promesse, c’est une traque tendue dans la jungle, mais surtout une histoire de choix et de responsabilité, où chaque séquence d’action sert à exposer les failles et les contradictions des personnages plutôt qu’à les recouvrir. Reste la question décisive : est-ce que l’album ose la nuance et la douleur, ou est-ce qu’il se contente d’un grand spectacle “guerre + dragon” ? Il choisit la première option, et ça fait très mal parce que finalement le Vietnam fini par s’effacer pour placer le lecteur dans un récit incroyablement humaniste. Très certainement une perle, surtout alors que débute un nouveau conflit ces jours-ci...
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