La Marne : La critique du tome 2 de la BD Les sentinelles
LES SENTINELLES
CHAPITRE DEUXIEME
SEPTEMBRE 1914 : LA MARNE
– Date de sortie : 17 septembre 2025 pour la présente édition
– Éditeur : Éditions Delcourt
– Scénario : Xavier Dorison
– Dessin : FEnrique Breccia
– ISBN : 978-2756018805
– Nombre de Pages : 64
– Prix : 16,50 euros
DESCRIPTION
Septembre 1914. La victoire du Kaiser semble aussi proche qu’inéluctable... Et pourtant, le général Gallieni croit qu’un sursaut est possible. Seule preuve de cette opportunité, une photo prise au-dessus de la zone ennemie. Mais qui oserait aller la récupérer ? Qui pourrait traverser la Marne pour ranimer la flamme d’une fierté perdue dans les défaites sanglantes d’août ?... Qui ?... Sinon les Sentinelles !
LA CRITIQUE
1915. Sur le front de la Marne. Alors que l’armée allemande n’était pas censée se trouver entre Soisson et Château Thierry, un avion français de reconnaissance est abattu.
Alors que l’Europe entière s’enfonce dans une guerre d’usure, le capitaine Taillefer, mi-homme mi-machine, poursuit son combat intérieur : il est devenu une arme expérimentale, créée pour défendre la France, mais au prix de son humanité. Tandis que les armées s’affrontent dans un carnage sans fin, les scientifiques et les politiques poursuivent leurs expériences secrètes, rêvant d’une armée d’êtres mécaniques invincibles. Face à cette folie, Taillefer tente de préserver un semblant de conscience dans un monde qui l’a transformé en monstre.
Avec La Marne, Dorison confirme la puissance narrative de sa série. Là où Les Moissons d’acier posait les bases d’un héros tragique, ce second tome enfonce le clou : Taillefer n’est plus un soldat, mais un symbole. Il incarne la déshumanisation d’une époque où la chair et la technologie se confondent pour servir la guerre. L’auteur mêle habilement grande fresque historique et réflexion morale, dans un récit qui oscille entre héroïsme et horreur. La Marne n’est pas qu’une bataille, c’est un enfer d’acier où les hommes deviennent rouages d’une mécanique infernale. Dorison y développe aussi la dimension politique de son intrigue : les laboratoires secrets, les manipulations d’État, les expérimentations sur des cobayes humains rappellent que la science sans éthique conduit à la barbarie.
Enrique Breccia signe une œuvre graphique d’une rare intensité. Son trait expressionniste, brut et tourmenté, épouse parfaitement la noirceur du propos. Chaque case semble suinter la boue, le sang et la douleur. Ses planches, peintes comme des visions apocalyptiques, traduisent le chaos du champ de bataille mieux que n’importe quel réalisme. On y ressent la peur, la souffrance, mais aussi la grandeur de ce héros mutilé qui lutte pour ne pas sombrer. La Marne devient ainsi une œuvre sensorielle, presque organique, où le dessin fait corps avec le désespoir du récit.
ET FINALEMENT ?
Et finalement, La Marne est un second tome magistral, à la fois tragique et profondément humain. Dorison et Breccia signent une BD rare, qui interroge le progrès, la guerre et la perte d’humanité. Entre science-fiction historique et drame existentiel, Les Sentinelles s’impose comme une série majeure, à la fois politique, poétique et douloureusement lucide. Un récit de guerre, oui, mais avant tout une méditation sur ce que l’homme devient lorsqu’il se prend pour Dieu. La BD a parfois un petit goût de Robocop franchouillard qui rencontre la 7ème compagnie. Rafraichissant.
Les sentinelles, chapitre premier, juillet-aout 1914 : Les moissons d’acier
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