Predator : Peut-on ressusciter un mythe sans le trahir ?
Dans les deux premiers volets de cette série consacrée à Predator, nous avons vu comment la créature imaginée par John McTiernan était progressivement passée du statut de mythe à celui de simple franchise. Les crossovers avec Alien, les explications à répétition et l’accumulation de lore avaient fini par affaiblir ce qui faisait sa force : son mystère.
Au début des années 2010, un nouvel espoir apparaît pourtant.
Avec Predators, la saga semble enfin comprendre qu’il n’est peut-être pas nécessaire d’inventer toujours plus de concepts pour renouer avec l’esprit des origines. Quelques années plus tard, The Predator prendra pourtant la direction exactement opposée, illustrant à lui seul tout ce qu’une franchise peut perdre lorsqu’elle cherche à tout expliquer.
Quand revenir aux fondamentaux suffit presque
Le pari de Predators est d’une simplicité désarmante.
Plutôt que d’imaginer une nouvelle invasion de la Terre, le film inverse les rôles : cette fois, ce sont les humains qui deviennent le gibier, abandonnés sur une planète servant de terrain de chasse aux Yautja.
L’idée fonctionne parce qu’elle renoue avec les fondamentaux de la saga.
La jungle redevient hostile, les personnages sont constamment observés, et chaque affrontement retrouve une dimension presque rituelle. Le Predator n’est plus un simple monstre spectaculaire : il redevient une épreuve, un révélateur de la nature humaine.
Le film apporte également quelques enrichissements intéressants à l’univers, notamment en suggérant l’existence de différents clans de chasseurs et de rivalités internes. Surtout, ces nouvelles idées ne viennent jamais remplacer le mystère ; elles le prolongent sans chercher à tout expliquer.
Predators ne révolutionne peut-être pas la franchise, mais il rappelle une chose essentielle : parfois, respecter un mythe consiste simplement à retrouver ce qui faisait sa force.
Quand la franchise oublie ce qui faisait sa légende
Huit ans plus tard, The Predator prend exactement le chemin inverse.
Le mystère laisse place à l’explication. La chasse devient un prétexte à une accumulation de technologies, de manipulations génétiques et de concepts toujours plus extravagants.
À vouloir constamment agrandir son univers, le film finit par oublier ce qui rendait le Predator fascinant.
Le chasseur cesse progressivement d’incarner une présence inquiétante pour devenir un personnage de blockbuster parmi d’autres, soumis aux mêmes codes que n’importe quel film d’action contemporain. Les dialogues multiplient les explications, l’humour désamorce régulièrement la tension et la créature perd peu à peu son caractère presque mythologique.
Plus grave encore, le film transforme ce qui relevait autrefois du rituel en simple mécanique scénaristique. La chasse n’est plus un code d’honneur : elle devient un prétexte à introduire de nouveaux gadgets et de nouvelles variations de la créature.
À force de vouloir enrichir le lore, The Predator finit par le vider de sa substance.
Restaurer un mythe est plus difficile que le créer
Le contraste entre ces deux films est particulièrement révélateur.
Tous deux cherchent à relancer la franchise. Tous deux souhaitent proposer quelque chose de nouveau.
Mais l’un comprend que l’évolution passe d’abord par le respect de l’œuvre originale, tandis que l’autre semble persuadé qu’il faut constamment ajouter de nouvelles idées pour maintenir l’intérêt du public.
C’est peut-être la plus grande leçon de cette troisième période de la saga.
Un mythe ne disparaît pas parce qu’on le montre davantage. Il disparaît lorsqu’on croit pouvoir répondre à toutes les questions.
Lorsqu’on remplace le rituel par la technologie. Lorsqu’on préfère expliquer plutôt que suggérer.
Predators n’a sans doute pas relancé durablement la franchise. Mais il aura au moins démontré qu’il existait encore un chemin pour retrouver l’esprit des premiers films. The Predator, au contraire, rappellera combien il est facile de perdre à nouveau cette direction.
Dans ma vidéo, je reviens plus en détail sur Predators et The Predator, leurs nombreuses qualités comme leurs défauts, mais surtout sur ce qu’ils révèlent de l’évolution de la saga. Deux films opposés, qui montrent à quel point il est difficile de faire renaître un mythe… sans oublier ce qui en faisait toute la force.
Predator est Copyright © Twentieth Century Fox Film Corporation Tous droits réservés. Predator, ses personnages et photos de production sont la propriété de Twentieth Century Fox Film Corporation.















