La légende des Stryges : La critique du tome 2

Date : 31 / 05 / 2026 à 08h00
Sources :

Unification


LA LÉGENDE DES STRYGES
T02/2 LES EAUX DU CHAOS

– Date de sortie : 21 mai 2025
– Éditeur : Éditions Delcourt
– Scénario : Corbeyran
– Dessin : Nicolas Begue
– ISBN : 978-2413082279
– Nombre de Pages : 64
– Prix : 15,50 euros

DESCRIPTION

Dans cette conclusion du diptyque de La Légende des Stryges, Sardin cherche à dévoiler la nature du liquide noir dans lequel baignaient les Stryges. Mais cette substance attise des convoitises bien au-delà de la recherche scientifique, et devient un enjeu de pouvoir au sommet de l’État.

En Bavière, Sardin et Bernat sont accueillis par Kaspar von Harbow, aristocrate versé dans l’occultisme, qui les aide à étudier le liquide noir découvert dans les sarcophages des Stryges. Grâce à l’immense bibliothèque de leur hôte, Sardin tente d’en percer les mystères. Pendant ce temps, Sandor G. Weltman propose à l’empereur Guillaume de Prusse de transformer cette substance redoutable en arme de guerre.

LA CRITIQUE

Après un premier volume essentiellement construit comme une longue montée en tension archéologique et ésotérique, La Légende des Stryges conclut son retour avec un second tome qui assume pleinement son héritage, celui du grand thriller fantastique paranoïaque qui a fait la réputation de l’univers créé par Éric Corbeyran. Cette fois, Les Eaux du Chaos cesse de simplement réveiller les mythes des Stryges pour plonger tête la première dans leurs implications les plus inquiétantes.

Le récit reprend directement après les découvertes archéologiques du premier tome, lorsque les gigantesques corps noirs exhumés d’Égypte commencent à révéler leur véritable nature. Corbeyran joue ici avec tout ce qui fait le sel de la saga depuis ses débuts, sociétés secrètes, fascination du pouvoir, immortalité, manipulations occultes et savoir interdit. Mais contrairement à la série originale contemporaine, cette nouvelle incarnation adopte une approche presque gothique, portée par l’ambiance de la fin du XIXe siècle, entre salons scientifiques, expéditions exotiques et obsession mystique. Cette époque donne au récit une saveur particulière, presque feuilletonnesque, qui fonctionne remarquablement bien avec le mythe des Stryges.

L’un des grands plaisirs de ce diptyque reste évidemment le retour de Sandor Weltman. Personnage central de tout l’univers des Stryges, il conserve cette présence ambiguë et fascinante qui fait immédiatement basculer chaque scène dans l’inquiétude. Corbeyran n’a rien perdu de son talent pour installer un doute permanent autour de ses figures de pouvoir. Derrière les dialogues feutrés et les discours scientifiques, on sent constamment planer quelque chose de plus ancien, de plus monstrueux, comme si l’humanité ne faisait finalement qu’effleurer des forces qui la dépassent depuis toujours.

Si le scénario reste parfois bavard , mais cela reste la marque de fabrique assumée de l’auteur, il bénéficie énormément du travail de Nicolas Bègue. Le dessinateur réussit quelque chose de délicat, prolonger visuellement l’identité historique de la saga sans tomber dans l’imitation de Richard Guérineau. Son trait réaliste, extrêmement détaillé, apporte une vraie ampleur au récit. Les décors parisiens, les séquences en Égypte, les laboratoires, les salons bourgeois ou encore les scènes plus horrifiques possèdent une richesse graphique impressionnante. Surtout, Bègue excelle dans les ambiances. Les jeux d’ombres, les regards, les silences et la lourdeur presque maladive de certaines scènes donnent au récit une véritable densité visuelle. Son dessin constituait l’une des grandes forces du projet.

Ce tome 2 fonctionne aussi parce qu’il ne cherche jamais à moderniser artificiellement les Stryges. Corbeyran assume pleinement l’ADN de sa création, un mélange de fantastique ancien, de thriller conspirationniste et de science occulte qui rappelle parfois les grandes heures de X-Files ou du fantastique européen des années 90. Et finalement, c’est précisément ce retour à une forme de récit feuilletonnant dense et mystérieux qui donne tout son charme à ce diptyque.

ET FINALEMENT ?

Et finalement, avec Les Eaux du Chaos, l’univers des Stryges prouve qu’il possède encore suffisamment de richesse pour explorer d’autres périodes et d’autres regards sur sa mythologie. Plus atmosphérique que spectaculaire, ce retour séduira surtout les lecteurs attachés à l’ambiance unique de la saga originelle. Une conclusion solide, élégante et suffisamment intrigante pour donner envie de replonger encore dans cet univers tentaculaire.


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