Presidio : La critique
PRESIDIO
– Date de sortie : 19 février 2026
– Éditeur : Éditions Delcourt
– Scénario : Simon Treins
– Dessin : Guiu Vilanova
– ISBN : 978-2413042822
– Nombre de Pages : 70
– Prix : 16,95 euros
DESCRIPTION
Après six années d’une vie en solitaire, Troy Falconer retourne dans la petite ville où il a grandi. Débute alors un road trip sombre et désespéré à travers les paysages austères du Texas.
Quand il apprend que la femme de son frère s’est enfuie avec le maigre pécule hérité de leur père, Troy Falconer décide de tout faire pour retrouver l’argent. Débute alors un road trip à travers le Texas. Mais une passagère non déclarée se trouve à l’arrière de leur voiture. Les deux frères ne sont dès lors plus simplement recherchés pour un banal vol de véhicule, mais pour kidnapping.
LA CRITIQUE
Troy Falconer revient à New Cova, petite ville texane qu’il avait quittée six ans plus tôt. Il n’a rien reconstruit, rien réparé. Il traîne sa carcasse et ses regrets comme d’autres portent un sac de voyage. Son frère l’embarque alors dans une virée improvisée pour retrouver sa femme partie avec l’argent du ménage. Sur la route, une adolescente fugueuse surgit de manière inattendue et transforme ce règlement de comptes en périple plus trouble, plus fragile, presque initiatique malgré lui. Ce qui aurait pu n’être alors qu’un polar rural devient un road-movie âpre, à hauteur d’hommes cabossés.
L’adaptation de Simon Treins ne cherche jamais à transformer le matériau d’origine en thriller spectaculaire. Elle assume au contraire une narration sèche, presque minimaliste, où les silences comptent autant que les dialogues. L’enjeu n’est pas tant de retrouver une femme disparue que de mesurer ce que ces hommes ont perdu d’eux-mêmes en chemin.
Le cœur du récit repose sur la relation fraternelle, faite de non-dits, de rancœurs anciennes et d’une solidarité bancale. La jeune passagère clandestine agit comme un révélateur moral. Face à elle, les deux frères ne peuvent plus se cacher derrière leur cynisme. Le voyage devient alors une confrontation intime. Non pas contre un ennemi clairement identifié, mais contre leurs propres échecs.
Le rythme est volontairement retenu. Certains lecteurs pourront le trouver trop sage, presque linéaire. Pourtant, cette lenteur participe à la cohérence de l’ensemble. Presidio n’est pas une histoire de rebondissements, c’est une histoire d’usure. L’usure des illusions, des liens familiaux, des promesses jamais tenues.
La conclusion, elle, reste fidèle à cette logique. Pas de grand éclat dramatique. Pas de catharsis flamboyante. Juste une forme de constat lucide, presque amer, qui laisse le lecteur face à un sentiment de vacuité maîtrisée. On peut regretter un manque d’impact émotionnel plus tranchant, mais difficile de nier la cohérence du propos.
Guiu Vilanova opte pour un réalisme solide, sans esbroufe. Les corps sont lourds, les visages marqués, les regards fatigués. On sent la chaleur, la poussière, l’ennui des kilomètres avalés. Le Texas n’est pas mythifié : il est rugueux, banal, presque étouffant.
La mise en scène privilégie la lisibilité et l’efficacité. Les plans larges respirent, les intérieurs sont fonctionnels, les scènes dialoguées sont claires. Ce choix sert parfaitement le ton du récit, mais il limite aussi les audaces visuelles. On aurait parfois aimé un cadrage plus nerveux, une rupture graphique venant accentuer les moments de bascule.
Les couleurs de Bertrand Denoulet enveloppent le tout d’une palette chaude et terreuse. Elles renforcent cette sensation de chaleur écrasante et d’errance sans horizon. L’ensemble dégage une homogénéité appréciable, quasi cinématographique dans sa continuité.
ET FINALEMENT ?
Et finalement, Presidio n’est pas une BD qui cherche à impressionner. Elle s’installe, avance à son rythme et impose son atmosphère sans hausser le ton. C’est une œuvre d’ambiance, centrée sur des hommes en perte de repères, où le voyage sert surtout de révélateur intérieur. On pourra lui reprocher une certaine retenue, un manque de prise de risque narrative ou visuelle. Mais cette retenue fait aussi sa force : elle épouse la psychologie de ses personnages, ces anti-héros qui n’ont plus l’énergie de se battre contre le monde. Au final, Presidio s’inscrit dans cette veine du polar contemplatif qui préfère la désillusion à la démonstration. Une lecture sèche, cohérente, qui laisse une trace diffuse plutôt qu’un choc frontal. Et c’est sans doute exactement ce qu’elle cherchait à faire.
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