M is for monstrer : La critique
M IS FOR MONSTRER
– Date de sortie : 22 octobre 2025
– Éditeur : Éditions Delcourt
– Scénario : Talia Dutton
– Dessin : Talia Dutton
– ISBN : 978-2413042877
– Nombre de Pages : 72
– Prix : 16,50 euros
DESCRIPTION
Une réécriture moderne du mythe de Frankenstein !
Frances et Maura sont des jumelles inséparables depuis toujours, une de leur passion commune se trouve être les sciences. Alors quand Maura décède d’un tragique accident, Frances n’a qu’une idée en tête : la ramener à la vie coûte que coûte. Après de nombreux échecs et beaucoup de larmes, un miracle se produit enfin. Frances nage dans le bonheur de retrouver sa soeur, mais le doute s’installe peu à peu... Est-ce vraiment Maura ?
LA CRITIQUE
Après la mort tragique de sa sœur cadette Maura, la docteure Frances Ai promet de ramener celle-ci à la vie. Mais lorsque sa création (créature ?) s’éveille, ce n’est pas vraiment Maura. Elle choisit le nom M, ne se souvient pas de l’existence de Maura et souhaite simplement être elle‐même. Frances, de son côté, enferme M dans l’identité de Maura, l’inscrivant dans le projet que les deux sœurs avaient rêvé : des études en science, une vie conforme aux attentes. M, pourtant, résiste et veut reprendre le contrôle de sa propre "existence".
Talia Dutton revisite le mythe de Frankenstein sous un prisme moderne : l’amour-fraternel, les attentes imposées, la question de l’identité et de la différence. On trouve plusieurs niveaux, le deuil d’une sœur, le désir de "réparer" ce qui est perdu, la création d’un être "à l’image de", et la tension entre ce que l’on attend qu’on soit et ce qu’on veut être, l’affirmation de soi, de son propre "je" plutôt que de remplir un rôle planifié dans l’ombre de quelqu’un d’autre.
Le scénario est bien équilibré : il ne se contente pas d’un simple récit d’horreur ou de science-fiction, mais explore l’intime et l’émotif. Quelques moments peuvent toutefois paraître plus lents, car l’installation est importante, certains lecteurs pourraient ressentir cette phase comme un prélude plus que comme une explosion narrative immédiate.
Graphiquement, l’album se distingue par un style inspiré des récits gothiques/monstres, avec une palette majoritairement monochrome rehaussée de teintes teal/vert-bleu, des lignes épaisses, un découpage dynamique, mais également des moments calmes, introspectifs. L’ambiance visuelle donne à la fois la froideur scientifique (laboratoire, réanimation) et l’émotion (regards, isolement, introspection). Le personnage M est dessiné avec des expressions qui oscillent entre la maladresse, la curiosité et la volonté, ce qui renforce le thème de la construction identitaire.
Le récit recèle de thématiques fortes et actuelles comme le deuil, l’identité, les attentes familiales. La bonne mise en scène, donne un rythme bien dosé qui laisse le temps aux émotions de prendre. Le design visuel cohérent et immersif, qui appuie le récit et la colorisation et le ton esthétique donnent à l’ouvrage une identité propre.
ET FINALEMENT ?
Et finalement, M Is for Monster est une très belle réussite dans le domaine du roman graphique contemporain. Il réinvente le mythe de Frankenstein très à la mode en ce moment (notamment avec le film de Guillermo del Toro sur Netflix qui sort ce mois-ci) et parvient à mêler science-fiction, horreur douce, introspection et questionnements d’identité avec finesse, authenticité et une certaine tendresse. Le récit met en parallèle de façon réussie le deuil, la création et la quête d’identité. C’est un récit marquant, émouvant et résolument humain.
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