Warm Fusion : La critique

Date : 07 / 11 / 2026 à 08h00
Sources :

Unification


WARM FUSION

– Date de sortie : 8 octobre 2026
– Éditeur : Éditions Delcourt
– Scénario : Scott Hoffman & Sam Stewart
– Dessin : Alberto Ponticelli
– ISBN : 978-2413096610
– Nombre de Pages : 160
– Prix : 22,50 euros

DESCRIPTION

Le musicien Scott Hoffman (connu sous le nom de Babydaddy en tant que membre fondateur du groupe Scissor Sisters), s’associe à l’artiste Alberto Ponticelli (Frankenstein, Goodnight Paradise, Sam & Twitch) pour un thriller de science-fiction aux ambiances proches de Blade Runner, qui repousse les limites de l’horreur.

Après une série de meurtres dans les bordels de la ville, Vin Young, une escort-girl - qui fait partie de cette génération de victimes difformes - traque un ou des tueurs. Elle fait équipe avec Jarrod Hannover, le seul policier chargé de l’enquête.

Leurs investigations les mènent jusqu’à une mégacorporation de la biotech, qui développe la "Fusion Chaude’, une technologie destinée à remplacer les prothèses. Ils font face à un scientifique sociopathe et une créature qu’il a développée en secret.

LA CRITIQUE

Dans un New York futuriste rongé par les intempéries permanentes, la radiation résiduelle et les mutations génétiques, une série de meurtres particulièrement atroces frappe les travailleuses du sexe. Les victimes sont mutilées, souvent dépouillées de leurs prothèses ou de leurs membres bioniques. Vin Young, escort-girl elle-même marquée par cette société qui transforme les corps, décide de traquer le ou les responsables. Elle finit par faire équipe avec Jarrod Hannover, le seul flic vraiment investi dans l’enquête. Leur investigation les mène jusqu’à une puissante corporation biotech qui développe la « warm fusion », une technologie révolutionnaire censée remplacer les prothèses. Derrière cette promesse médicale se cachent un scientifique sociopathe et une créature créée en secret.

Scott Hoffman et Sam Stewart proposent un thriller de science-fiction qui assume pleinement ses influences. On parle de Blade Runner pour l’ambiance urbaine pourrie et pluvieuse, Cronenberg pour l’horreur corporelle, et un soupçon de polar classique. Le duo Vin / Jarrod fonctionne correctement. Elle apporte le cynisme et la connaissance du terrain, lui le côté flic à l’ancienne un peu dépassé par les événements. Leur dynamique reste classique mais efficace.

Là où le récit se montre le plus intéressant, c’est dans sa façon d’aborder la biotech comme un nouvel outil de domination. La « warm fusion » n’est pas seulement une prouesse scientifique, elle pose la question de qui a le droit de réparer, de modifier ou de disposer des corps jugés imparfaits. Le scientifique sociopathe et sa créature apportent la dimension horreur attendue, sans forcément renouveler le genre.

On navigue donc entre le polar cyberpunk et le body horror, avec une intrigue qui avance de façon assez linéaire, parfois un peu prévisible, mais qui tient la distance sur 160 pages.
Le principal reproche qu’on peut faire concerne la clarté narrative par moments. Certaines séquences, notamment celles jouant sur des doubles pages très denses, demandent un effort de lecture. Ce n’est pas rédhibitoire, mais ça peut freiner le rythme.

Alberto Ponticelli est clairement le point fort de l’album. Son trait réaliste, un peu souple, colle parfaitement à l’univers déglingué et organique du récit. Les corps mutilés, les prothèses, les ambiances nocturnes sous la pluie battante. Tout respire l’humidité, la saleté et la tension. Lee Loughridge accompagne bien le dessin avec des couleurs sombres, saturées de bleus, de verts malades et de rouges sanglants. Le résultat est immersif. On sent réellement la ville pourrir autour des personnages. Même si le découpage peut parfois sembler chaotique, l’atmosphère visuelle reste convaincante du début à la fin.

ET FINALEMENT ?

Et finalement, Warm Fusion ne réinvente pas le thriller cyberpunk, mais il fait le job avec une certaine efficacité. Ambiance soignée, horreur corporelle correctement dosée, thématique de la biotech qui résonne avec notre époque… Il y a de quoi passer un bon moment, surtout si l’on est fan du genre. Ceux qui ont déjà beaucoup lu dans le domaine risquent en revanche de trouver le scénario un peu trop familier. Un album solide, porté par un dessin fort, qui mérite le détour sans pour autant s’imposer comme une référence incontournable.


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