Le vocabulaire audiovisuel : Le son pour parler à l’âme

Date : 28 / 01 / 2026 à 16h00
Sources :

Unification


L’audiovisuel est sans doute de nos jours trop basé sur le visuel au détriment de l’audio. Même si on pourrait souligner les musiques de fond souvent trop fortes ou les préparations (sonores ou silencieuses) de jumpscare avec des codes spécifiques, l’audio est devenu trop stéréotypée, et son utilisation ainsi reléguée au second plan créatif. Pourtant, qui ne se souvient pas, dans l’exemple extrême, du si évocateur thème de John Williams lors de l’approche du requin dans le film Les Dents de la Mer ?

Le succès même des podcasts, de la continuité de la radio que l’on pourrait penser dépassée, ou encore de la mode de l’ASMR (des enregistrements chuchotés) est un indice. Le son, quand il ne sert pas de simple nappage sur le gâteau du visuel, mais bien d’élément tout aussi important, est un élément primordial, touchant aux tripes et à son for intérieur. On pourrait penser aux thrillers passant par des appels d’urgence, ou à ceux de Ghostface au téléphone, dans Scream : "Quel est ton film d’horreur préféré ?" ou à ceux de Saw via un écran TV ou même au message musical diffusé de Rencontres du 3ème Type.

La radio (ou le podcast) en est l’exemple ultime. Rentrant dans tous les foyers la journée pour les informations anodines (voir le répétitif "Debout les campeurs" dans le film Un jour sans fin) allant jusqu’à se transformer en capteur de conversations extra-terrestres dans l’une des formidables scènes posées de Signes (M. Night Shyamalan - 2002), elle se transforme en si mystérieuse et impactante voix dans la nuit.

En France, nombre d’émissions nocturnes ont marqué les esprits, Allô Macha (1977 - 2006) en tout premier. C’est parce que les enjeux d’audiences sont bien moins une pression, que l’inventivité et l’intimisme y sont bien plus présentes. La première émission du genre fut diffusée sur France Inter de 1955 et 1973 et portait le nom de Route de nuit, un genre qui s’adressait aux routiers (puis aux malades, aux ouvriers, aux insomniaques...) afin d’éviter l’endormissement et fut suivie de beaucoup d’autres (dans d’autres styles) comme Le Pop Club (France Inter de 1965 à 2005). Dans les années 70, les émissions de confidences se multiplient, puis, dans les années 90, celles réservées aux ados comme la très culte Lovin’Fun (Fun Radio de 1992 à 1998, avec Doc et Difool). Avec l’arrivée des podcasts, l’écoute a évidement changée, mais l’intérêt est toujours le même : faire rentrer le monde extérieur directement dans son âme, par ces écouteurs si proches du corps.

Dans Blow Out (Brian De Palma - 1982), John Travolta incarne un ingénieur du son pour le cinéma. Lors de la scène clé du film, où il tente de récupérer des sons extérieurs pour ses productions futures, il est témoin d’un accident qui pourrait bien être un assassinat. Une grande partie du film consiste alors à reconstituer la scène à partir des sons qu’il a enregistré. La scène de captation est un modèle du genre et montre tout le bio du réalisateur pour la profondeur, ici aussi bien des images que des sons.

Dans le film à venir, Undertone, le son est l’articulation principale du film, qui fait écho à l’héroïne principale (et seul personnage visible à l’écran), animatrice de podcast, comme nous l’avons souligné dans l’article précédant.

Dans la très sous-estimée série Scream, l’un des ados enquêteurs, nouvelles cibles d’un tueur au masque, est lui aussi animateur radio dédié au True Crime. Et parce que cette franchise est particulièrement intéressante à analyser, parlons aussi de cette Fan-Fiction qui propose une suite directe à Scream 3 et, par un nouveau jeu de poupée russe, imagine la véritable actrice Neve Campbell animatrice d’une émission de radio nocturne qui se retrouve victime d’un Ghostface "dans la vie réelle".

La mode même de l’ASMR exploite ces éléments. La méthode consiste à chuchoter et à produire des sons particuliers qui titillent des sensations le long de l’ensemble du corps spinal et se propage même jusqu’aux extrémités. Le son parle à notre cerveau reptilien et se propage au corps.

En se concentrant sur le son, et puisqu’il est bien connu que supprimer des sens rend les autres plus accrus, les sensations sont différentes et souvent plus fortes. Dans Signes encore, lorsque l’extra-terrestre semble arriver à pénétrer dans la cave, refuge de la famille, la lampe torche, seule source de lumière, tombe à terre, rendant la scène presque totalement invisible. De nombreux cris de panique, paroles précipitées, bruits indéterminés se font entendre. Mais que se passe-t-il ? C’est alors que la lumière (le visuel) revenue que tout s’explique, posément. Le film est d’ailleurs l’un des meilleurs exemples de l’utilisation de la composante la plus importante du son, le silence, mais ceci est une autre histoire que nous analyserons plus tard.

Et puisque nous avons ouvert aussi un autre sujet très intéressant, nous parlerons aussi de l’importance du téléphone dans Scream.


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