Satanie : La critique

SATANIE
Date de sortie : 15/10/2025
Éditeur : Éditions Soleil
Scénario : Fabien Vehlmann
Dessin : Kerascoët
ISBN : 978-2302106093
Nombre de Pages : 128
Prix : 23,75 euros
DESCRIPTION
Kerascoët et Vehlmann nous entrainent dans une étrange aventure à la recherche des démons qui peupleraient le centre de la Terre. En tentant de prouver leur existence, le frère de Charlie a disparu. La jeune fille lance une expédition de sauvetage...
Le dessin des Kerascoët donne une dimension spectaculaire à l’étrange récit de Fabien Vehlmann, une relecture contemporaine de Jules Verne. Charlie, une ado bouleversée par la disparition de son frère et la folie de sa mère, nous emporte dans une aventure débridée dans les entrailles terrestres.

LA CRITIQUE
Charlotte, surnommée « Charlie », est une jeune femme déterminée à retrouver son frère, disparu lors d’une expédition souterraine dans le gouffre de Merlac appelé aussi Trou de l’enfer. Constantin était censée prouver l’existence d’un monde souterrain, et d’êtres humanoïdes descendants du diable. Refusant de croire à sa mort, elle part à sa recherche, accompagnée d’une petite équipe. Leur descente dans les profondeurs de la Terre se transforme vite en un voyage hallucinant, où la science se confronte à la foi, la raison au délire, et la lumière à l’obscurité absolue. Ce qui commence comme une quête d’exploration devient une odyssée intérieure et spirituelle.
Fabien Vehlmann livre un récit d’une densité remarquable, entre aventure fantastique, conte philosophique et parabole existentielle. Satanie interroge les limites de la science, la croyance et la nature humaine, tout en développant un huis clos psychologique dans un décor oppressant. Chaque descente symbolise un pas de plus vers la folie, la révélation ou la rédemption. Les inspirations sont nombreuses, allant de Jules Verne pour le monde sous terrain, à H. G. Wells avec ses Morlocks.
Le ton alterne habilement entre poésie et angoisse, entre espoir et désespoir. Charlie, figure de courage et d’obsession, devient le miroir d’une humanité prête à tout pour donner un sens à ce qu’elle ne comprend pas. On retrouve cette finesse d’écriture propre à Vehlmann : sous la forme d’un récit d’aventure, il glisse une réflexion sur la foi, la connaissance et la monstruosité du monde… ou de soi-même.
Le duo Kerascoët (Marie Pommepuy et Sébastien Cosset) magnifie cette descente dans les ténèbres avec un trait à la fois doux et cruel. Leur dessin, rond et lumineux au départ, se charge progressivement de tension et d’étrangeté. La couleur, omniprésente, joue un rôle narratif essentiel : les rouges, les ors et les noirs se mêlent dans une atmosphère qui évoque à la fois l’enfer et le rêve. L’univers graphique oscille entre beauté et terreur, rappelant parfois le surréalisme de Moebius ou la richesse organique de Nausicaä. Ce contraste entre la douceur du trait et la noirceur du propos crée un effet fascinant, presque hypnotique. Mention spéciale pour la couverture aussi qui est en relief pour les écritures, mais surtout sublime
ET FINALEMENT
Et finalement, Satanie est une œuvre singulière, dérangeante et envoûtante, à mi-chemin entre le conte allégorique et le cauchemar métaphysique. Sous ses allures d’aventure souterraine, la BD propose une réflexion profonde sur la foi, la peur et la quête de sens. Sublimée par le travail visuel somptueux de Kerascoët, cette œuvre confirme la maîtrise narrative de Vehlmann et sa capacité à conjuguer émotion, mystère et philosophie.
Une descente aux enfers… au sens le plus littéraire et symbolique du terme.

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