Alien - Earth : Les larmes de Morrow

Date : 08 / 09 / 2025 à 16h00
Sources :

Unification


Kumi Morrow, le responsable de la sécurité du vaisseau de classe C l’USCSS Maginot, appartenant à la compagnie Weyland-Yutani, est un humain cyborg possédant un bras cybernétique qui lui procure une force surhumaine, dont il peut extraire des outils comme un couteau ou un chalumeau, le faisant ressembler à un couteau-suisse. À cause de cet appendice, il rappelle le Capitaine Crochet, dans la longue référence des personnages de la série à l’histoire de Peter Pan.

Dans l’épisode 5 de la première saison d’Alien : Earth, on découvre ce qui est véritablement arrivé au vaisseau, une situation chaotique déclenchée par un déconfinement de certaines des créatures qu’il avait pour mission de récolter, seulement entraperçues dans le premier épisode.

Il a reçu l’ordre, de la bouche même de la fondatrice de Yutani (la grand-mère de la propriétaire actuelle), de privilégier la survie de la dangereuse cargaison plutôt que celle des membres de l’équipage, chose qui est régulièrement confirmée par l’ordinateur de bord, Maman. Très déterminé a remplir sa mission, il ne semble pas hésiter. Dès le premier épisode, toutefois, on pouvait se douter qu’il n’était pas un traître, car au contraire, il est largement le plus dévoué des serviteurs de Yutani.

S’il est si acharné, c’est qu’il ne lui reste plus que cet élément auquel se rattraper. En effet, il aurait perdu sa fille Estelle, dans un incendie, alors qu’elle n’avait que 19 ans, pendant que lui-même effectuait son voyage de 65 ans. Au point où nous en sommes dans la série, rien ne permet de croire le contraire, mais étant donné l’effet que cela a eu, et la propension des corporations à manipuler leurs employés, il se pourrait que cela se révèle faux (au moins en partie) au final.

En attendant, lorsqu’il abandonne son équipage pour se réfugier dans un sas de sécurité, la bave d’un xénomorphe lui coule sur le visage, alors que ses propres larmes s’y propagent déjà. Tout se mélange, et dans sa tête aussi. On ne peut alors qu’imaginer ce qu’il ressent. Sa raison première de vivre, sa fille, est morte, il ne lui reste que les monstres. Il pense à sa propre mort. Ce qui rejoint sa problématique : Quand est-ce qu’une machine n’est-elle plus une machine ?. Lui même humain (bien que cyborg) n’est-il pas une machine ? Cette mission ne le transforme-t-elle pas en un Terminator ? Déterminé, implacable, sans émotion apparente (sacrifie des membres d’équipage, obéis aveuglement aux ordres et aux protocoles, tente de faire disparaître sa peur pour échapper à la détection du xénomorphe), il avance et n’a plus rien à perdre. Il veut récupérer les créatures.

Un Némésis pour ce qui compte de "héros" sur Neverland ? Un des nombreux antagonistes de Wendy. En-tout-cas, c’est ce que la série nous montre pour l’instant, car l’une des thématiques de la saga Alien est la relation ténue entre le Bien et le Mal, illustrée dès le début dans la série par la scène du scorpion dans le bocal.

Alors qu’il fond en larmes, on comprend qu’il est humain après tout (autre thème récurrent de la saga). Alors qu’une petite chanson familière accompagne cette scène, on peut se prendre à envisager une évolution pour ce personnage central. Cette chanson, c’est We’ll Meet Again (la troisième version, celle reprise par The Ink Spots).

Ce morceau a été utilisé dans de nombreux films et séries (Casablanca, Docteur Folamour, Hellboy, Les Marches du pouvoir, Kong : Skull Island, Stranger Things, The Blacklist) ou même dans des jeux vidéo (Call of Duty, Farcry 5). La chanson a donné son nom à la comédie musicale éponyme en 1943, dans laquelle Vera Lynn tient le premier rôle et la chante (après sa création en 1939). Elle fut reprise près d’un quinzaine de fois par Frank Sinatra, Rod Stewart, John Lee Hooker ou Johnny Cash par exemple.
Cette chanson était chantonnée par les aviateurs britanniques de la RAF, et évoque un lieu ensoleillé, avec un beau ciel bleu où l’on se retrouvera, qui sait où, qui sait quand. Un paradis...

Pour Morrow, il retrouvera sa fille, un jour... Il est donc bien vivant, puisqu’un jour, il mourra. Dans une autre vie, il pourra enfin se racheter de son sacrifice, celui de sa vie entière aux ordres de Yutani. Comme l’indique le mécano en chef du Maginot dans cet épisode, les compagnies achètent des vies entières (voir aussi le long service de Joe dans la série, ou celui des jeunes gens dans Alien : Romulus).

Imaginons maintenant que Morrow se sente trahi par Yutani. Par exemple, ils auraient pu lui cacher qu’ils sont à l’origine de la mort de sa fille, ou du mensonge sur sa mort.
Une possibilité scénaristique comme une autre, avouons-le, mais alors pourquoi la soulever ici ?

Parce que le nom même de Morrow devrait réveiller chez tous les fans de SF de petites lumières du souvenir.

Tout d’abord celui de L’Île du docteur Moreau, un roman de science-fiction écrit par H. G. Wells, publié en 1896 et qui parle d’un navire faisant route vers une île tropicale avec une cargaison d’animaux. Le roman dans son ensemble est une réflexion sur les relations entre l’être et l’animal et sur tout ce qui touche à l’identité. Deux thèmes récurrents d’Alien : Earth en particulier (et de Jurassic Park, dont c’est une influence avouée).

Ensuite, il se trouve que Morrow est le nom de l’acteur qui incarne l’extra-terrestre Exeter dans un grand classique des films de SF en noir et blanc, Les Survivants de l’infini (This Island Earth - 1955), qui, on le sait, est une référence pour le jeune Ridley Scott (les tubes de cryogénisation, et le look même d’Exeter, repris dans Blade Runner pour le réplicant et dans Alien : Earth pour le synthétique Kirsh).
En plus d’être connu pour sa science très approximative et son monstre iconique Metaluna, le film met en scène ce fameux Exeter qui passe d’abord pour un antagoniste puis effectue ensuite un tour à 180° pour devenir un héros, suivant le trope très employé du Heel–Face Turn (tourner les talons).

Morrow est un personnage parfait pour cela. D’autant plus que dans le même épisode, une des créatures effectue ce retournement, devant les yeux (au sens propre et au sens figuré) du spectateur. Mais ceci est une autre histoire que nous vous raconterons demain...


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