The Prism : La critique du tome 2
PRISM
TOME 2 : RED SHIFT
– Date de sortie : 12/06/2024
– Éditeur : Éditions Oxymore
– Scénario : Matteo De Longis
– Dessin : Matteo De Longis
– ISBN : 978-2385610500
– Nombre de Pages : 184
– Prix : 25,50 euros
DESCRIPTION
La terre, dans un futur proche. La pollution sonore menace de détruire la planète. Et si le dernier espoir de l’humanité était le rock ?
À la surface de la Terre, des espaces immenses sont recouverts par le S.O.T.W. (Smoke On The Water). Ce phénomène, lié à la pollution sonore, efface la vie là où il passe… La seule option pour le contenir vient d’une mégacorporation dont l’objectif est d’envoyer dans l’espace un supergroupe de rock pour enregistrer un album. Le projet “ The Prism ” vise à réunir les meilleurs musiciens pour sauver la vie sur Terre et enrayer le S.O.T.W. La suite narre les exploits des “ REC missions ” sur les différentes planètes du système solaire et révèle l’histoire et les motivations de chaque musicien, ici, celles de Dorian. Batteur d’origine ukrainienne, il jouait avec son frère à Odessa jusqu’à ce que n’éclate la guerre entre l’Ukraine et la Russie, bouleversant ainsi leurs vies. Matteo De Longis nous plonge grâce à son incroyable virtuosité graphique dans une ambitieuse et envoûtante épopée du rock spatial.
LA CRITIQUE
Face à la menace grandissante du S.O.T.W. (Smoke On The Water), une onde destructrice d’origine inconnue ravageant la Terre, l’humanité lance une ultime contre-offensive artistique. Cinq musiciens d’élite, accompagnés d’un groupe restreint de physiciens, sont envoyés à bord d’un vaisseau expérimental en forme de guitare. Leur mission : enregistrer un album capable de contrer le phénomène par résonance harmonique. En orbite de Neptune, la mission RECM1 est lancée. Alors que l’équipage s’apprête à débuter l’enregistrement, Dorian replonge dans ses souvenirs. Il revisite les fragments d’un passé brisé, marqué par la guerre en Ukraine et sa relation avec son frère, avant que le monde ne bascule encore.
Le décalage vers le rouge (redshift en anglais) est un phénomène astronomique de décalage vers les grandes longueurs d’onde des raies spectrales et de l’ensemble du spectre — ce qui se traduit par un décalage vers le rouge pour le spectre visible — observé parmi les objets astronomiques lointains.
Après avoir posé les bases d’un univers aussi flamboyant qu’audacieux et déconcertant, dans le tome 1 de The Prism, Matteo De Longis revient avec Red Shift, un deuxième volume qui approfondit les enjeux humains et artistiques de cette odyssée musicale spatiale hors norme. Cette suite confirme tout le potentiel de la série, tant sur le fond que sur la forme, et réussit même à élever le propos à un niveau plus intime et émotionnel.
Ce tome se focalise sur Dorian, le batteur du groupe, dont l’histoire personnelle sert de fil conducteur au récit. Originaire d’Ukraine, Dorian est un rescapé de la guerre. Il porte en lui les stigmates d’un monde ravagé, une rage sourde et une quête de sens que seule la musique semble pouvoir canaliser. À travers lui, De Longis dresse un portrait poignant d’un homme en reconstruction, à la recherche d’un nouveau tempo, autant sur scène que dans sa propre vie. L’histoire tragique de Dorian et de son frère est racontée sous forme de flashbacks et nous montre l’avant guerre et les difficiles relations qu’ils entretiennent depuis le début du conflit. On est donc ici tristement en pleine actualité avec ces Ukrainiens combattant les Russes, mais Matteo De Longis avait expliqué lors du premier tome que ce son histoire était écrite bien avant que le conflit n’éclate.
Ce focus narratif permet une plongée plus introspective dans l’univers de The Prism. Là où le premier volume misait beaucoup sur l’univers et l’esthétique, Red Shift prend le temps de s’arrêter sur ses personnages, de les faire respirer, souffrir et vibrer, tout en conservant le souffle grave de la saga. Toutefois, la partie se déroulant dans le présent, dans l’espace est finalement la moins intéressante, elle est un peu trop technique et pourrait déborder le lecteur, par la complexité de la mission, qu’il n’est pas forcément facile à comprendre. A l’opposé, les parties se déroulant dans le passé sont plus émouvantes, très belles et très sensibles.
Graphiquement, Matteo De Longis repousse encore les limites de son art. Chaque planche est une eplosion de couleurs vives, de formes organiques et de compositions dynamiques. Il ne s’agit pas simplement de mettre en images une histoire : The Prism est un trip visuel total, presque sensorielle, où l’on entend les sons, où l’on ressent les vibrations dans chaque case. Passionné de l’art japonais et de manga, il n’est pas ici surprenant que Matteo De Longis, qui est à l’écriture mais aussi aux dessins, propose une partition très inspiré de la culture du manga.
The Prism est aussi une allégorie sur le pouvoir de la création artistique face au chaos. Le S.O.T.W. (Smoke On The Water), cette mystérieuse menace sonore qui ravage la Terre, devient le symbole d’un monde saturé de bruit, de conflits, de désespoir. Face à cela, la musique devient résistance, espoir et lien entre les êtres et c’est là encore une très belle image.
ET FINALEMENT ?
Finalement, Red Shift est une histoire de science-fiction qui bouscule les genres, introspective et poétique. Une sorte de Ziggy Stardust qui rencontrerait 2001, l’Odyssée de l’espace. Elle confirme que Matteo De Longis ne fait rien à moitié avec The Prism. Maintenant que l’on est habitué, ce deuxième tome, aussi beau que profond, transforme l’essai avec brio. C’est une œuvre rare, musicale, généreuse, vibrante, qui transcende les frontières entre BD, musique et art contemporain. Un must absolu pour tous ceux qui aiment les BD qui sortent de ses cases et repoussent les limites du médium.
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