Madre : La critique
Madre, le long-métrage, de Rodrigo Sorogoyen, est en fait le prolongement du court-métrage du même titre qui l’a précédé.
Avec un tel succès, et une telle force de conviction de l’auteur et de son équipe, qu’ils ont décidé de l’étoffer, de lui donner une suite.
"Nous voulions poursuivre l’histoire d’Elena..." Explique Rodrigo Sorogoyen. "On ne pouvait pas la laisser comme ça, sortant de chez elle, affolée, à la recherche de son fils."
Convaincus de devoir plus à cette histoire et surtout à ce magnifique personnage de mère, toute l’équipe, la productrice Maria del Puy Alvarado, ainsi que l’actrice Marta Nieto ont suivi le réalisateur avec bonheur dans cet approfondissement du projet. Qui de fait, leur laissait à tous, un sentiment d’inachevé. Alors qu’il affiche une belle collection de récompenses, déjà, dans son format court.
Une belle entreprise, parfaitement réalisée. Il faut aimer bien entendu, les films de genre, intimiste qui suivent le personnage de bout en bout dans sa quête et ses pérégrinations, tant mentales que géographiques.
L’interprétation d’une remarquable sobriété, à la différence des personnages, qui se noient dans l’alcool pour fuir leurs démons, est en grande partie le gage de cette réussite. (Marta Nieto a été primée au Festival de Malaga dont le Public a récompensé aussi le film.)
On suit avec empathie, cette mère courage, qui ne se laisse pas abattre, malgré le désespoir qui l’envahit régulièrement et continue, malgré tout à chercher... Dix ans après. On est de tout cœur avec elle. On aimerait tant l’aider.
Le récit est efficace et l’intrigue bien ficelée. La photographie est superbe et les paysages bien exploités. La réalisation d’une belle humanité. On est au plus près du personnage, dans son intimité, qui inspire le respect. En dépit d’un comportement parfois extrême. Bien le moins, dans cette tourmente émotionnelle.
Et bien que long de plus de deux heures, le film paraît passer en un éclair. La force du propos qui tenait dans la première partie, la disparition, l’ellipse de dix années, donnent à l’instant, une puissance qui marque et fait oublier le temps. Le parcours prenant de la protagoniste capte le spectateur tout du long.
Au-delà du thriller, de la question, ce jeune homme est-il son fils, l’observation des sentiments, des réactions des uns et des autres, la plupart, inconscients de l’enjeu pour elle, est un terrain difficile. Plutôt bien exploité par l’auteur.
Très bien fait.
DB
Madre est un très bon film espagnol qui parle d’une femme qui a perdu son enfant et qui essaye d’en faire le deuil pendant des années.
Le scénario du réalisateur Rodrigo Sorogoyen et d’Isabel Peña se focalise autour d’une mère qui 10 ans après que son enfant ait disparu croit le retrouver dans un adolescent se trouvant en vacances dans la localité où elle travaille. Elle va alors entamer une étrange relation avec lui, tout en envisageant progressivement de changer enfin de vie.
Le film de Rodrigo Sorogoyen parle avec beaucoup de délicatesse de l’absence d’un enfant, ce qui est l’une des pires choses qui peut arriver un parent. Après une scène d’ouverture absolument anxiogène et palpitante, l’œuvre se déroule 10 ans après les événements. La caméra suit de près une quadragénaire qui entre son travail dans un restaurant et son domicile, arpente longuement la plage du lieu où elle se trouve.
La mise en scène se concentre sur les personnages et les relations qui les lient, s’attardant sur les expressions et les regards, montrant avec beaucoup de pudeur le chagrin et l’espoir d’une mère qui n’arrive pas à oublier le passé. C’est aussi son émancipation qui est filmée, alors que cette dernière assume ses choix, malgré les envies de ceux qui ont de bonnes intentions à son égard, mais ne l’écoutent pas vraiment.
Les acteurs sont vraiment formidables et apportent une grande dimension à un récit délicat et plein d’émotions. Marta Nieto crève l’écran en mère déchirée. Sa scène d’ouverture est extrêmement bouleversante et fait se crisper progressivement sur son fauteuil. La comédienne apporte énormément de nuance à son personnage complexe et souvent peu loquace. Elle a une alchimie qui fonctionne à merveille avec le jeune Jules Porier qui incarne très bien l’adolescent dont elle se rapproche. Les deux comédiens font croire à leur étrange relation qui trouble tous ceux qui les entourent et qui se développe d’une façon que l’on ne voit pas forcément venir. Alex Brendemühl est aussi très bon en petite amie de la femme qui essaye de lui faire prendre un nouveau tournant dans sa vie.
La photographie d’Àlex De Pablo est très belle et accompagne fort bien cette tranche de vie d’une personne en pleine mutation. Le paysage naturel de cette grande plage de sable, centrale dans l’histoire, est aussi une parfaite allégorie de la petitesse de l’humain et de ses sentiments par rapport à l’immensité de la nature qui peut aussi se révéler apaisante si on s’y laisse aller.
Madre est une vision que l’on a peu l’habitude de voir de la douleur d’une femme qui n’arrive pas à oublier son enfant disparu. Rempli de silence et de regards, plein de subtilité et d’une immense tendresse, le long métrage est vraiment non seulement captivant, mais aussi très touchant alors que l’on a envie de savoir comment la relation entre cette femme adulte et ce jeune homme va se développer.
Avec une réalisation très soignée, un duo d’acteurs magnifiques et un récit construit tout en délicatesse, l’œuvre touche droit au cœur et laisse un bien beau sentiment d’apaisement à l’issue de sa dernière image.
Puissant et original.
IA
SYNOPSIS
Dix ans se sont écoulés depuis que le fils d’Elena, alors âgé de 6 ans, a disparu. Dix ans depuis ce coup de téléphone où seul et perdu sur une plage des Landes, il lui disait qu’il ne trouvait plus son père. Aujourd’hui, Elena y vit et y travaille dans un restaurant de bord de mer. Dévastée depuis ce tragique épisode, sa vie suit son cours tant bien que mal. Jusqu’à ce jour où elle rencontre un adolescent qui lui rappelle furieusement son fils disparu…
BANDE ANNONCE
FICHE TECHNIQUE
– Durée du film : 2 h 09
– Titre original : Madre
– Date de sortie : 22 juillet 2020
– Réalisateur : Rodrigo Sorogoyen
– Scénaristes : Rodrigo Sorogoyen, Isabel Peña
– Interprètes : Marta Nieto, Jules Porier, Anne Consigny, Alex Brendemühl, Frédéric Pierrot, Raúl Prieto
– Photographie : Àlex De Pablo
– Montage : Alberto Del Campo
– Musique : Olivier Arson
– Costumes : Ana López Cobos
– Producteur : Maria Del Puy Alvarado-Malvalanda, Cabalo Films, Arcadia Motion Pictures, Amalur Films, Noodles Procuction, Le Pacte
– Distributeur : Le Pacte
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