L’âme des guerriers : La critique
L’âme des guerriers est un très bon film qui est sorti originalement en 1993 et qui traite de la violence faite aux femmes.
Le sujet, malheureusement toujours d’actualité, présente une situation décrite dans le film qui n’a pas beaucoup évolué depuis ce dernier, mettaient en œuvre toujours les mêmes mécanismes. Ce qui rend la ressorti du long métrage encore plus pertinente à l’heure actuelle.
En Nouvelle-Zélande, une femme d’origine Maori doit subir les violences de son mari qui ne se contient parfois pas beaucoup après des soirées de beuveries avec ses amis. Le film la suit de près, ainsi que ses enfants dont les garçons recherchent une affiliation au sein d’un gang, leur père faisant aussi parti de l’un d’entre eux.
Le film de Lee Tamahori est parfois glaçant et d’autant plus impactant, que la première scène de maltraitance n’arrive que très tardivement dans l’histoire et que cette dernière est d’une violence inouïe. Assurément très réussie et plutôt traumatisante, elle permet de brosser le portrait d’une femme s’enfonçant dans son enfer domestique qui va essayer d’aller chercher dans l’esprit de ses ancêtres, guerriers Maori, le moyen de s’en sortir.
L’œuvre de Riwia Brown adaptant le roman d’Alan Duff n’est absolument pas misérabiliste et montre une femme qui, malgré les sévices, ne s’en laisse pas compter et essaye de rebondir. Les enfants sont aussi bien esquissés, dévoilant leur impuissance à tenir tête à leur père. Quant à ce dernier, il est vraiment très intéressant, montrant bien à la fois l’amour qu’il porte à sa famille et la façon dévastatrice dont il la détruit.
L’interprétation est vraiment remarquable. Rena Owen est absolument merveilleuse en femme battue, mais non brisée qui veut prendre sa vie en main. Pete Smith est impressionnant en fêtard et chômeur qui estime être dans son bon droit. Julian Arahanga est très intéressant en jeune homme obligé de quitter son foyer et Mamaengaroa Kerr-Bell est formidable en jeune fille rêvant d’une autre vie.
La photographie de Stuart Dryburgh permet de se retrouver en plein cœur d’un pays au paysage magnifique, dont le contraste avec la misère et l’abandon de certains de ceux qui en était originaire avant l’arrivée des Anglais au 18ème siècle n’en n’est que plus puissant. Les traditions et l’âme d’un peuple sont très bien montrées et permettent de comprendre la volonté de ces derniers de rêver à une vie meilleure.
La mise en scène est très intéressante et permet d’offrir des séquences marquantes qui restent longtemps en mémoire. Le long travelling de l’ouverture est formidable et certains passages sont de toute beauté, malgré un sujet bien sombre.
L’âme des guerriers est un grand film, de ceux qui n’ont pas été atteints par le temps et dont le sujet et le propos sont toujours malheureusement d’une criante actualité. Avec une réalisation très propre, un scénario inéluctable et une interprétation splendide, tout le monde peut se sentir concerné et apprécier cette histoire comme un juste rappel de ce qui est parfois fait aux femmes.
D’autant que la société a changé, et qu’une femme, aujourd’hui, a, normalement, plus de choix dans sa vie que d’épouser un homme et s’occuper de son foyer sans avoir son mot à dire, tout en se soumettant à ses humeurs.
Intense et glaçant.
IA
Écrit en 1990, le roman d’Alan Duff L’âme des guerriers est devenu un long métrage en 1993, recevant le prix du Meilleur Premier Film à la Mostra de Venise en1994. Un film coup de poing, sans mauvais jeu de mots, qui fait terriblement écho à l’actualité, en cette fin de "Grenelle sur les violences conjugales".
La violence, la suprématie du mâle, son droit de vie et de mort sur sa compagne et ses enfants, sont malheureusement encore tristement présents en 2019.
En France et ailleurs.
Un ailleurs qui ici donne à la protagoniste un bagage culturel et traditionnel qui va lui permettre de faire le bon choix, même s’il intervient un peu tard et ne pourra pas empêcher le drame absolu, pour cette mère courage, beaucoup trop fière pour se plaindre.
Car si le livre, devenu un best-seller en Nouvelle Zélande, et le film ont pour cadre Auckland et ses environs, faisant référence à une société bien particulière, avec un mode de pensée singulier et assez différent de celui qui régit la société française, ils appellent à réfléchir tous deux à un danger encore désastreusement présent, partout dans le monde. À des niveaux d’entendement divers, plus ou moins pris en charge ou parfois même institutionnalisé, en mode de vie.
La violence, faite aux femmes et aux enfants, la quasi-majorité du temps par des hommes, relève d’un atavisme qui supplante trop souvent la sagesse, la tendresse, qui font un être "civilisé" qui ne se laisse pas déborder par ses instincts.
Tout est parfaitement décrit dans ce récit, amèrement banal. Tourné avec une grande simplicité. Sans fioriture. Laissant aux acteurs le champ libre à une interprétation tout en émotion qui fait frissonner. Tous excellents.
Un film qui donne à penser. Qui montre crûment les choses. Observe douloureusement des comportements répréhensibles et pourtant quotidiens. Qui sont encore trop souvent excusés et si rarement pénalisés à leur juste mesure. Ou trop souvent, trop tard...
Dans le contexte actuel, ce film a valeur de manifeste et illustre avec une cruelle efficacité le discours revendicatif des femmes qui réclament justice et surtout la sécurité, pour elles et leurs enfants. Eux aussi victimes, cassées, écrasées, assassinées, au physique comme au figuré.
Interdit aux moins de 16 ans pour sa violence crue, c’est pourtant un film des plus pédagogiques, à projeter aux coupables de sévices et à ceux chargés de comprendre et régler ces situations.
Puisse-t-il favoriser enfin l’écoute et permettre une réactivité enfin effective. Et éviter quelques morts...
Bouleversant.
DB
SYNOPSIS
La famille de Jake et Beth Heke vit dans une banlieue pauvre de Auckland, en Nouvelle-Zélande. La perte de son travail a rendu Jake alcoolique et brutal. Il fait peur à ses 5 enfants et sa femme, en fière descendante Maori, s’oppose à ses crises. Mais l’unité de la famille va bientôt voler en éclats dans une escalade de violence dont personne ne sortira indemne.
BANDE ANNONCE
FICHE TECHNIQUE
– Durée du film : 1 h 43
– Titre original : Once Were Warriors
– Date de sortie : 27/11/2019
– Réalisateur : Lee Tamahori
– Scénariste : Riwia Brown d’après l’œuvre de Alan Duff
– Interprètes : Pete Smith, Rena Owen, Temuera Morrison, Mamaengaroa Kerr-Bell, Julian Arahanga, Emile Taungaroa, Rachael Morris Jr., Joseph Kairau
– Photographie : Stuart Dryburgh
– Montage : D. Michael Horton
– Musique : Murray Grindlay, Murray McNabb
– Décors : Michael Kane
– Producteur : Robin Scholes pour Avalon Studios, Communicado Productions, New Zealand Film Commission, New Zealand On Air, Fine Line Features
– Distributeur : Les Bookmakers / La Rabbia
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