La fille de Brest : La critique
Adapté du livre d’Irène Frachon Mediator 150 MG, La fille de Brest est un récit sobre et concis du combat de la Pneumologue contre les grands laboratoires et l’inertie coupable des pouvoirs publics en matière de santé publique, dans l’affaire dite "du Médiator". Qui pourrit encore aujourd’hui, la vie de milliers de personnes.
A la limite du documentaire, tourné dans "les conditions du réel", avec des comédiens investis, et des "non comédiens", encore plus, puisque pour certains concernés par le problème au premier chef, comme le personnel hospitalier du CHU de Brest, cette fiction est néanmoins aussi trouble qu’un excellent thriller.
Et nous entraîne sur les traces de ce médecin courageux et de son entourage, sans jamais avoir envie de les lâcher.
Le film est très bien fait. Sur la forme, on est accroché du début à la fin.
La croisade d’Irène Frachon est à la fois alarmiste et palpitante. Et aussi forte que celle des plus célèbres "lanceurs d’Alerte" de la planète. Moins sulfureuse qu’une Erin Brockovich, et beaucoup moins secrète qu’un Edward Snowden, elle n’en reste pas moins la porte parole d’une population silencieuse et souffrante, que la société à délaissée, pire, condamnée à mort.
Même si, comme moi, on a plus ou moins suivi l’affaire à l’époque dans les médias, on la redécouvre, point par point.
Dans un déroulé chronologique rigoureux et terrifiant. Tout le temps qu’il aura fallu pour faire réagir "les instances"... c’est phénoménal et effrayant ! Effarant. Ecoeurant !
La dénonciation de ce scandale sanitaire, malheureusement pas le premier (il est aussi évoqué subtilement, celui du sang contaminé) fait frémir, et laisse à penser qu’on n’est pas à l’abri d’un autre, tout aussi dangereux, dans une communauté où le principe de précaution est délibérément mis à mal pour ménager les industriels de la santé... dont on se demande si la santé de leurs congénères les soucie vraiment. Dans une logique de profit qui incite les uns à générer des maladies en nous gavant de malbouffe, sciement trop salée, trop sucrée et autorise les autres à nous faire ingérer autant de "substances", pas toujours utiles, voire nocives, pour "réparer les dégâts" ...
Un déséquilibre croissant et incessant, qui met nos vies en péril, dans l’indifférence générale. Jusqu’à ce que...
Le sujet, sensible, est parfaitement traité. Le scénario est captivant. Et donne envie de lire le livre d’Irène Frachon. Plus, donne envie de l’aider. De se réveiller. De faire attention. Je pense qu’elle sera heureuse, si en plus de pouvoir faire indemniser les victimes du Médiator, elle peut en empêcher d’autres, en nous rendant plus attentifs à ce que l’on accepte de faire entrer dans notre corps.
On ne mettra jamais assez en garde les malades contre les dérives des connivences entre les labos et "la faculté", ni les citoyens contre les "magouilles" entre politiques et industriels... qui devraient susciter au minium l’indignation.
Bien plus qu’un pamphlet, plus qu’une alarme, ce film est une remise en question de notre passivité en tant que personne. Et nous invite à prendre en mains notre destin en restant vigilant. En "osant" s’interposer à notre humble niveau, quand c’est nécessaire.
Je salue le courage d’Irène Frachon, dont le combat reste toujours d’actualité et des équipes qui l’ont soutenue contre "vents et marées"... il faut dire que les Bretons, ça, ils savent faire...
Et remercie l’équipe du film pour "l’électro-choc", qui j’espère fera prendre conscience aux spectateurs, combien ils peuvent aussi, être "acteurs de leur existence".
Eloquent.
A voir, absolument.
SYNOPSIS
Dans son hôpital de Brest, une pneumologue découvre un lien direct entre des morts suspectes et la prise d’un médicament commercialisé depuis 30 ans, le Mediator. De l’isolement des débuts à l’explosion médiatique de l’affaire, l’histoire inspirée de la vie d’Irène Frachon est une bataille de David contre Goliath pour voir enfin triompher la vérité.
BANDE ANNONCE
FICHE TECHNIQUE
– Durée du film : 2 h 08
– Titre original : La fille de Brest
– Date de sortie : 23 novembre 2016
– Réalisateur : Emmanuelle Bercot
– Scénaristes : Séverine Bosschem, Emmanuelle Bercot
– Adapté du livre de : Irène Frachon Mediator 150 MG
– Interprètes : Sidse Babett Knudsen, Benoît Magimel, Charlotte Laemmel
– Photographie : Guillaume Schiffman
– Montage : Julien Leloup
– Musique : Martin Wheeler, Bloum
– Costumes : Pascaline Chavane
– Décors : Eric Barboza
– Producteur : Haut et court
– Distributeur : Haut et Court
LIENS
– SITE OFFICIEL
– ALLOCINÉ
– IMDB
PORTFOLIO
Les illustrations des articles sont Copyright © de leurs ayants droits. Tous droits réservés.














