Dieu seul le sait : La critique
Dieu seul le sait est un film de John Huston sorti en 1957, qui revient sur nos grands écrans dans une magnifique version restaurée et qui quelque 60 ans plus tard reste redoutablement efficace et palpitant.
Il s’agit d’un film de guerre intimiste se passant à la fin de la deuxième guerre mondiale dans le Pacifique. Un caporal de la marine américaine s’échoue sur une île après que son sous-marin ait été coulé et rencontre une religieuse, seule habitante de l’île désertée par sa population autochtone en fuite pour éviter d’être recrutée dans le conflit.
Mais plutôt qu’une variante de Robinson Crusoé dans laquelle une pointe de romance s’inviterait, le film se dirige rapidement vers un jeu de cache-cache mortel avec les Japonais. En effet, ces derniers ont décidé d’installer une base sur les lieux. Outre la survie, il faut aussi s’occuper d’un ravitaillement difficile en nourriture et en eau, et cette tension entraîne un certain nombre de scènes anxiogènes à souhait dans lequel le héros n’est pas le seul à retenir sa respiration.
Malgré la présence de ces soldats, c’est bien un huit clos intimiste qui se dessine durant les presque deux heures du film. Une confrontation de deux acteurs stars de l’époque Robert Mitchum et Deborah Kerr dont l’attirance met à mal les vœux de la jeune religieuse.
Mais l’œuvre ne tombe jamais dans la simple romance et les relations entre les deux protagonistes principaux sont intéressantes et non manichéennes. Si elles brossent un portrait intéressant de la frontière entre reconnaissance, amitié et amour, elles n’en oublient pas moins le courage, l’abnégation et la volonté.
Robert Mitchum est formidable en jeune soldat terre-à-terre, ayant des principes simples. Il est parfaitement convaincant dans cet homme montrant une grande capacité de survie qui n’hésite pas à s’infiltrer entre les lignes ennemies pour voler de la nourriture. Cette séquence est d’ailleurs absolument somptueuse et d’une intensité dramatique à couper le souffle !
Deborah Kerr est à des années-lumière de ses rôles de sexe-symbole et ne dévoile jamais rien de plus que ses mains. Même sa chevelure ne peut s’entrapercevoir que le temps d’une scène. Elle prouve son grand talent de comédienne en incarnant cette femme généreuse et sans peur qui ne brûle d’amour que pour le Dieu qu’elle a décidée de servir. Si on excepte la blancheur immaculée de sa robe qui survit à pratiquement tous les évènements indésirables qui lui arrivent, l’actrice livre une composition remarquable d’une femme de volonté.
John Huston est un grand réalisateur et le prouve une fois de plus dans ce film qui est l’un de ses préférés de sa filmographie. Il livre une mise en scène sans faille transformant avec talent cette île paradisiaque en havre dangereux dans lequel une impitoyable lutte pour la survie se déroule.
Dieu seul le sait est un très grand film de guerre qui se focalise plus sur la psyché humaine que le conflit meurtrier ayant dévasté les îles du Pacifique. Avec une réalisation efficace et deux acteurs au sommet de leur art, c’est un magnifique film que les spectateurs peuvent (re)découvrir dans une version restaurée de toute beauté.
Intense et poignant, une tranche de vie survivaliste de deux personnages bien humains.
SYNOPSIS
Seul rescapé d’un torpillage survenu pendant la guerre du Pacifique, le caporal Allison débarque sur une île qu’il croit déserte. À son grand étonnement, il y découvre sœur Angela, l’unique survivante d’une mission catholique détruite par les bombardements japonais. Parmi les problèmes que les deux « robinsons » doivent affronter, ceux que pose leur étrange cohabitation ne sont pas les moindres. Les Japonais, en s’installant à leur tour dans l’île, les obligent à se cacher ensemble et à s’apprivoiser ainsi l’un l’autre. C’est le début d’une solide amitié et d’une fragile histoire d’amour…
BANDE ANNONCE
FICHE TECHNIQUE
– Durée du film : 1 h 48
– Titre original : Heaven knows, Mr Allison
– Date de sortie : 17/08/2016
– Réalisateur : John Huston
– Scénariste : John Huston, John Lee Mahin d’après l’œuvre de Charles Shaw
– Interprètes : Robert Mitchum, Deborah Kerr
– Photographie : Oswald Morris
– Montage : Russell Lloyd
– Musique : Georges Auric
– Costumes : Elizabeth Haffenden
– Producteur : Buddy Adler, Eugene Frenke pour 20th Century Fox
– Distributeur : Les Acacias
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