Desierto : La critique
L’affiche de Desierto met en avant le fait que le film a été fait par les créateurs de Gravity, à savoir les réalisateurs et scénaristes mexicains Alfonso Cuarón et son fils Jonás. Cet appel du pied adressé à tous les cinéphiles aura sans doute créé des attentes très fortes quant à la qualité intrinsèque de Desierto. En effet, lorsque l’on connaît la qualité du travail d’Alfonso Cuarón, qui a toujours accompli de véritables exploits en termes de mise en scène dans tous ses films (Les Fils de l’Homme, Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban), il est clair que nous étions très excités à l’idée de découvrir Desierto. Ainsi cette première réalisation de Cuarón fils, qui était scénariste de Gravity, allait-elle arriver égaler la forme des films de son père avec un fond toujours supérieur à la plupart des blockbusters ?
L’ambition de Jonás Cuarón était de « traiter de l’immigration (...) » en le faisant « à travers un film de genre pour attirer un public plus large », pour reprendre les propos qu’il a eus lors du Festival du Film de Londres en octobre dernier. Malheureusement le propos politique passe très vite au second plan dès l’arrivée du méchant, joué magistralement par Jeffrey « Negan » Dean Morgan. Lors d’une scène très impressionnante, le film qui était alors quasi-documentaire dans sa description du périple des migrants pour traverser la frontière mexicaine, bascule dans une chasse à l’homme implacable, ce qui pourra décevoir une partie des spectateurs. Dean Morgan arrive brillamment à donner corps à son personnage, appelé ironiquement ou non Sam (comme l’Oncle). Les motivations bêtement et viscéralement racistes de son personnage posent questions et le film qui se veut politique ne parvient pas vraiment à donner des réponses claires. Sur ce point, Desierto déçoit clairement.
La violence du film est crue, choquante voire même horrifique à certains moments. On souffre de tout ce qui arrive aux migrants, mais le manque de dialogues et le peu d’exposition qui est donné aux personnages fait qu’on a du mal à s’attacher à eux. Le désert est un personnage à part entière, un Enfer sur terre, sur lequel peuvent se perdre toutes les âmes osant y mettre les pieds. Sam est en quelque sorte un ange du Mal qui s’est octroyé le droit, d’éliminer ceux osant rentrer dans la partie désertique du territoire étasunien. Le personnage de migrant joué par le toujours impeccable Gael Garcia Bernal, se chargera de lui montrer ou non que la Nature prendra immanquablement le dessus sur l’Homme.
Si la mise en scène s’avère très efficace, n’attendez pas pour autant les longs plans-séquences emblématiques du cinéma du père Cuarón. Des attentes légitimes quand on sait que Jonás Cuarón a décrit Desierto comme « la version terrestre de Gravity ». Le budget (3 millions de dollars contre 100 pour Gravity) y est sans doute pour quelque chose et ne lui aura sans doute pas permis d’exprimer toute sa virtuosité, mais cela reste quand même remarquablement bien filmé. Les paysages sont à couper le souffle et la photographie les sublime de manière époustouflante. Un mot sur la bande son de Woodkid qui participe à créer un climat oppressant, mais qui reste toutefois un brin décevante puisqu’aucun thème mélodique marquant ne se dégage réellement.
Desertio est un brillant survival, mais un plus de consistance dans son propos nous aurait sans doute permis de nous emballer davantage. Les amateurs de duels et de grands espaces seront toutefois comblés par ce film aux antipodes de ce qui est majoritairement proposé sur les écrans.
SYNOPSIS
Désert de Sonora, Sud de la Californie. Au cœur des étendues hostiles, emmené par un père de famille déterminé, un groupe de mexicains progresse vers la liberté. La chaleur, les serpents et l’immensité les épuisent et les accablent… Soudain des balles se mettent à siffler. On cherche à les abattre, un à un.
BANDE ANNONCE
FICHE TECHNIQUE
– Durée du film : 1h34
– Date de sortie : 13/04/2016
– Réalisateur : Jonás Cuarón
– Scénaristes : Jonás Cuarón, Mateo García
– Interprètes : Gael García Bernal, Jeffrey Dean Morgan, Alondra Hidalgo, Diego Catano, Marco Pérez, Oscar Flores, David Lorenzo, Butch McCain
– Photographie : Damian García
– Montage : Jonás Cuarón
– Musique : Woodkid
– Costumes : Andrea Manuel
– Producteurs : Alfonso Cuarón, Carlos Cuarón, Alex Garcia Charles Gillibert pour Esperanto Kino, Ítaca Films, CG Cinéma et Orange Studio
– Distributeur : Version Original / Condor
LIENS
– ALLOCINÉ
– IMDB
– SITE OFFICIEL
PORTFOLIO
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