D’une pierre deux coups : La critique

Date : 20 / 04 / 2016 à 08h50
Sources :

Unification


"Dans D’une pierre deux coups, les aspects autobiographiques concernent une mère analphabète vivant dans une cité, et des frères et sœurs nombreux qu’il est rare de réunir au même moment, au même endroit. Ça, c’est la trame." nous explique la réalisatrice.
"Le reste est fiction, et ancrage dans une réalité sociale et politique, ici et maintenant." revendique Fejria Deliba qui "espère proposer une réflexion et un regard différents sur « la banlieue », montrée de l’intérieur et sous l’angle de l’intime."

Son regard, doux amer, sur la société française d’aujourd’hui, au travers de la drôle d’aventure de sa protagoniste et de ses conséquences sur son entourage, est en effet une habile façon de présenter un état des lieux et de "l’ambiance" des cités, sans en avoir l’air. Car c’est avant tout l’histoire d’une femme que l’on vient découvrir, par le prisme de l’Amour.

"Car toutes ces « mères » ne sont pas forcément des victimes, des femmes soumises et qui souffrent ! Ce sont des mères comme les autres. Et elles ont été jeunes, et elles ont eu des vies de femmes parallèlement à leurs vies de mères. Et ça, on n’en parle pas ! Or c’est ce qui m’intéresse : montrer qu’avant d’être une mère, on est une femme – et ce, bien sûr, quel que soit le milieu social." insiste la cinéaste qui assume la complexité de son double propos.

"Pendant le tournage à Orléans, quelqu’un m’a demandé pourquoi mon film s’appelait ainsi. J’ai répondu par une boutade : « ça s’appelle D’une pierre deux coups parce que c’est un film qu’il faut voir deux fois ! » Je le pense. C’est ce que je voulais dès l’écriture, que ce soit un scénario à deux lectures, avec des choses à décrypter." assume-t-elle.
" Il y a aussi quelques clins d’œil, au road-movie avec Thelma et Louise de Ridley Scott, ou encore à Sur la route de Madison de Clint Eastwood, dans le procédé du montage et les réactions des enfants quand ils découvrent la part cachée de leur mère. Il y a ce que l’on voit d’emblée, et ce qui est derrière… "

Un montage qui du coup paraît parfois un peu déséquilibré. Faute à quelques longueurs dans les scènes familiales, entre les enfants, dans l’appartement. Dommage, car c’est tout le contraire dans la partie "villégiature". On prend un réel plaisir à suivre l’héroïne dans son périple, rejointe par une amie qui la déstabilise un peu, mais lui fait en somme "redécouvrir la vie". Elle qui semblait doucement endormie dans un quotidien routinier.

La mise en scène est vive et dynamique, l’interprétation très naturelle, au point qu’on a l’impression par moments d’images "prises sur le vif"... un peu comme dans ces reportages de télé-réalité qui s’immiscent dans l’intimité des gens...
Ce qui donne un ton très différent aux deux parties du film. Et qui m’a personnellement, un peu lassée, (sans doute pour avoir connu des réunions de familles tout aussi perturbantes).
J’avoue que ma tendresse est définitivement allée aux deux femmes, "extraites de l’ordinaire", que j’aurais suivies au bout du monde. Et que j’aurais bien vues porter à elles seules le film entier.
Même si je respecte l’envie de l’auteur de décrire une famille nombreuse et d’en profiter pour brosser avec un certain talent tous ces portraits, qui en somme, eux aussi eussent parfaitement fait l’objet d’un film à part entière.

"Au fond, D’une pierre deux coups est tout simplement un film sur l’amour." conclut Fejria Deliba. "C’est une histoire d’amour dans tous les sens. Parce que qu’est-ce qui fait qu’on tient ? Ça a l’air naïf mais aimer et être aimé, c’est la base pour pouvoir vivre. Et Zayane a tenu pour ça. Il y a eu La Haine, le beau film que Mathieu Kassovitz a fait sur la banlieue il y a vingt ans. Aujourd’hui, il y a urgence à dire qu’il y aussi de l’amour."

Du coup, c’est bien deux films que vous irez voir. Pour le prix d’un !
Pour un Prix du Public au Festival Premiers Plans d’Angers 2016 qui a salué deux belles histoires mêlées au doux miel de l’amour.

Tendre et touchant.


SYNOPSIS


Zayane a 75 ans. Depuis son arrivée en France, elle n’a jamais dépassé les frontières de sa cité. Un jour elle reçoit une lettre lui annonçant le décès d’un homme qu’elle a connu, autrefois, en Algérie. Le temps d’une journée, elle part récupérer une boite que le défunt lui a légué. Pendant son absence, ses onze enfants se réunissent dans son appartement et découvrent un pan de la vie de leur mère jusque-là ignoré de tous…

BANDE ANNONCE


FICHE TECHNIQUE


– Durée du film : 1 h 23
– Titre original : D’une pierre deux coups
– Date de sortie : 20 avril 2016
– Réalisateur, Scénariste : Fejria Deliba
– Interprètes : Milouda Chaqiq, Brigitte Roüan, Myriam Bella, Zinedine Soualem, Slimane Dazi, Samir Guesmi
– Photographie : Hélène Louvard
– Montage : Lilian Corbeille, Katharina Wartena, Marie Vermillard
– Musique : Youssef Boukella et Luis Saldanha de l’ONB (Orchestre National de Barbès)
– Costumes : Malika Khelfa
– Décors : Sylvie Deldon
– Producteur : Ciné-Sud Promotion
– Distributeur : Haut et court

LIENS


– SITE OFFICIEL
– ALLOCINÉ
– IMDB

PORTFOLIO

D'une pierre deux coups


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