
Age Of Ultron : Sortie loupée pour Bendis
19 juin 2013 : sortie en v.o. de Age Of Ultron #10, dernier chapitre de la mini-série événement de Marvel.
Série événement car maxi-buzzée par le marketing de Marvel en ce qui concerne l’équipe créative (scénario de Brian Michael Bendis. Bryan Hitch, Carlos Pacheco, Brandon Peterson, Joe Quesada aux crayons), le rythme de parution, l’intrigue apocalyptique et une fin indevinable même par le plus pointu des fans de comics.
Alors donc que cette histoire se conclut, il est l’heure de faire les comptes. Et il faut dire que le résultat n’est pas joli.
Bien évidemment big SPOILER WARNING car tout tout tout vous saurez tout sur l’histoire.
Une intrigue jamais vue… depuis trois semaines.
D’abord, de quoi ça cause Age of Ultron ? Si vous l’avez lu, vous pouvez sauter les cinq prochains paragraphes. En gros, trois actes.
Premier acte (les 6 premiers épisodes) : dans un futur proche Ultron a enfin mené à bien son ambition finale, à savoir génocider un bon gros pourcentage de l’espèce humaine. Nous évoluons donc dans un univers post-apocalyptique réellement lugubre où les héros ont perdu. On apprend qu’Ultron (androïde misanthrope, génial, indestructible, création de Hank "Ant Man" Pym) aurait surgi du futur avec des ressources considérables (cf ses multiples clones et infrastructures gigantesques), foutu une raclée bien violente aux superhéros (beaucoup de victimes dont Thor et Hulk) et joué à Independence Day avec la planète.
Pris d’une poussée soudaine d’initiative, les héros survivants décident de se rendre en Terre Sauvage retrouver la dernière machine à voyager dans le temps en état de marche afin d’aller attaquer Ultron dans le futur d’où il a attaqué notre époque. Sauf que Wolverine, qui venait probablement de regarder Terminator trouve qu’il est plus judicieux de remonter le temps pour buter Hank Pym avant qu’il ne créé Ultron. Dont acte.
Deuxième acte (ep 7-8-9) : Wolverine et Sue Richards, ah oui elle l’avait accompagné, reviennent dans le présent pour s’apercevoir que bizarrement quand on change le passé, le présent n’est plus le même. Et vu le rôle central de Hank Pym dans l’univers Marvel (création d’Ultron, donc de Vision donc impact sur la Sorcière Rouge, donc sur les mutants…) eh bien le présent est une énième réalité alternative craignos. Wolverine retourne donc dans le passé afin de s’empêcher de liquider Hank Pym ( !) et trouve un moyen de restaurer le présent que l’on connaît (aspirine quelqu’un ?).
Troisième acte (épisode 10) : les héros foutent une branlée à Ultron grâce à un plan génial de Pym. Mais le continuum spatio-temporel ayant été soumis à un grave stress du fait des dernières manipulations de Wolverine, un truc craque plus ou moins dans la fabrique du temps, insinuant des répercussions voire crossover avec l’univers Ultimate.
Ah oui, la fin indevinable est celle qui avait fuité il y a quelques mois. A savoir l’arrivée d’Angela, personnage Image de Neil Gaiman, dans l’univers Marvel.
Donc à l’arrivée on a eu droit au sempiternel couplet sur les héros au plus bas, une histoire de sauvetage spatio-temporelle désuète, une milliardième réalité alternative et un scoop bidon.
C’est-à-dire des artifices scénaristiques encore plus éventés qu’une vieille bouteille de Coca. Aucun lecteur qui se respecte n’imagine une seconde que l’abominable monde du début ne sera pas effacé par un bidouillage type Infinity Gauntlet ou réveil de la matrice. Personne n’est dupe sur le fait que la réalité issue de la mort de Pym n’a aucun intérêt sur le long terme. Et tout ça pour servir quel fond ? Absolument nada.
Brian Bendis, l’auteur star de Marvel de ces 15 dernières années, ne présente rien d’original sur le fond, la forme ni même dans ses dialogues, pour lesquels il est d’ordinaire encensé.
L’idée de jouer avec la mythologie autour de Hank Pym comme personnage central de l’univers Marvel est à peine exploitée. Des pseudo considérations sur l’éthique scientifique, le destin, la responsabilité sont évoquées sans susciter la moindre émotion si ce n’est l’ennui devant une si pauvre exécution.
Car il faut bien dire qu’à part Bryan Hitch, Pacheco et surtout Peterson semblent ici cachetonner. L’ensemble est tout simplement bâclé. L’idée d’avoir un artiste par période historique représentée était intéressante mais le résultat est sous la barre de l’acceptable.
Un rythme de parution accéléré… pas l’action
Les numéros se sont suivis au rythme d’un toutes les semaines puis d’un toutes les deux semaines afin de se caler avec la nouvelle ligne éditoriale (INFINITY) et créer le buzz sur la capacité de Marvel à livrer rapidement un tel mastodonte.
Mais au regard de la lenteur de la progression de l’intrigue (6 numéros pour se bouger au pays de Kazar sans quasiment coup férir) on se demande plutôt si la crainte de l’éditeur était de perdre l’intérêt des lecteurs d’un mois sur l’autre.
Il ne se passe en fait quasiment rien et pendant longtemps. On peut se plaindre du format comics traditionnel de 22 pages mensuelles peu adapté à l’expression d’une histoire complexe comme aiment à le développer les auteurs contemporains. Mais ici, même un format album n’aurait pu masquer la vacuité du propos ni la non progression de l’histoire.
Un scoop de fin révélé depuis des mois
Comme on a pu l’écrire sur Unif, Angela était donc attendue au tournant des dernières pages d’Age Of Ultron depuis un certain temps. Sauf que l’on pouvait espérer autre chose comme révélation de dernière minute. Eh ben non.
Mal moderne pour tout fan de ciné, comics ou série, le marketing et les distributeurs ont complètement spoilés ce qui en effet aurait constitué une bombinette.
Conclusion :
Brian Michael Bendis, après 15 ans d’omnipotence, laisse la place à d’autres (Jonathan Hickman, Jason Aaron) pour donner une impulsion nouvelle aux publications Marvel. Et force est de constater que les parutions sous la bannière Marvel Now (cf notamment l’article d’Unif sur les séries Avengers) sont très prometteuses.
L’ami Bendis est probablement arrivé au bout de son système basé sur des dialogues roublards, une certaine tendresse pour ses persos et une narration ultra-dilatée. Une page de tournée.
En revanche, persistons à vouloir un débat sur le format US des comics peu adapté aux nouvelles narrations et sur le système de marketing envers les détaillants US (sources de spoilers dommageables).
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