
Blake et Mortimer : La critique de La Malédiction des trente deniers, tome 2
Blake et Mortimer, tome 20
La Malédiction des 30 deniers tome 2
– Dessin : Antoine Aubin
– Scénario : Jean Van Hamme
– Editeur : Dargaud
– Collection : Les aventures de Blake et Mortimer
– EAN : 978-2870971185
– Prix : 14,50 €
– Nombre de pages : 56
– Date de sortie : 26 novembre 2010
Présentation de l’éditeur :
Voici presque 2000 ans, l’apôtre Judas vendit le Christ aux Romains pour trente deniers d’argent.
Blake et Mortimer doivent les retrouver avant qu’ils ne fassent à nouveau couler le sang. En effet, l’ancien SS von Stahl est prêt à tout pour s’emparer des pièces maudites, convaincu que leur pouvoir maléfique lui permettra de régner sur le monde. Et pour ce faire, il s’adjoint les services d’Olrik après l’avoir fait évader de sa prison américaine.
L’insaisissable "colonel", plus retors que jamais, est bien décidé à se venger de ses vieux adversaires.
Décryptage :
Dans ce deuxième tome de La Malédiction des trente deniers, Mortimer (et Blake qui vient sauver son ami laissé en fâcheuse posture au début de l’album) poursuit sa quête pour trouver les deniers honteusement gagnés par Judas lorsqu’il a trahi le Christ. Il leur faudra éviter les interventions d’un groupuscule Nazi, dont Olrik s’est fait le complice.
J’allais insister dans ce billet combien le (grand) scénariste Jean Van Hamme avait outrancièrement pompé Indiana Jones. Limite, la musique mythique de John Williams nous trotte dans la tête quand on lit la dernière scène d’action de ce vingtième volume. C’était sans compter Jean Van Hamme lui-même passé récemment à la télévision pour la promo de cet album et plaisantant devant la caméra (je résume) : « Je me suis dit : et si on pompait complètement Indiana Jones. Spielberg n’a plus qu’à m’envoyer ses avocats ! »
Bon l’affaire est entendue : derrière son ironie, M. Van Hamme parlait d’hommage appuyé. D’accord. Au lecteur, donc, de voir s’il ne lui semble pas trop appuyé. Le climax m’a vraiment fait penser à celui des Aventuriers de l’Arche perdue. Un ami a pensé d’Indiana Jones et la dernière croisade. Encore le docteur Jones… on n’en sort pas.
Pour le reste, la narration reste ici une affaire de pro. Van Hamme sait trousser les tenants et les aboutissants d’une intrigue complexe et nous avons bien affaire une histoire que n’aurait pas reniée le créateur de la série, Edgar P. Jacobs. Nous naviguons habilement entre Troisième Reich, aventures exotiques et archéologie (Hello again, Dr. Jones…). Un peu moins habile et un peu moins jacobsienne, cette
propension de faire du cours d’histoire parfois totalement gratuit. C’est vrai dans ce tome, reconnaissons que ça l’était encore plus dans le précédent, ou sur sept pages d’explications historiques, seules trois servaient l’intrigue principale. C’est bien pour la culture du lecteur, mais ça ne fait pas avancer le récit. Pour tout grand classique que soit devenue la série, Jacobs aurait laissé ses informations dans les nombreux ouvrages de documentation qui lui servait de base pour écrire ses histoires.
Et il en va de même pour certains personnages secondaires que cette « Malédiction » met beaucoup en avant ; Edgar P. Jacobs « blake-et-mortimer-o-centrait » bien plus ses narrations. Encore une fois, au lecteur de voir s’il considère au fond cela comme une évolution souhaitable ou une surcharge peu utile. Reste tout de même un récit fluide mené d’une main assurée. Tous les clichés sont en place (la remarque est positive… pas de Blake et Mortimer sans clichés, sans postures !) et, si la série a réussi à se créer de nouveaux lecteurs, cela rassure au moins les anciens.
Le point fort de ce volume 20 est le dessin. Des dessinateurs de Jean Van Hamme, Ted Benoit avait été très bon, feu René Sterne nous avait surpris par son excellence, là, on atteint un sommet avec Antoine Aubin, peu connu, ancien dessinateur de magazines Disney. Si Sterne avait dessiné le Mortimer le plus proche de Jacobs depuis la reprise de la série, M. Aubin réussit à faire mieux ! Et c’est sur le personnage de Blake (de l’aveu même de Jacobs, le plus dur à dessiner à cause de ses traits lisses) qu’il impressionne le plus. Une perfection. Il a été excellemment secondé par Etienne Schréder sur les décors et la mise à l’encre de certaines planches. La mise en scène est élégante et les mouvements des personnages ont rarement été aussi fluides. Graphiquement, cet album est le zénith depuis la reprise de la série. On comprend l’empressement de Jean Van Hamme à retourner tantôt à l’écriture d’une quatrième aventure pour « ne pas se faire piquer Aubin ! »
Quelles que soient les réserves ou les compliments que l’on puisse faire, reconnaissons à Dargaud, qui réalise là une belle opération commerciale, c’est certain, le mérite de poursuivre cette reprise des aventures de Blake et Mortimer avec le plus grand soin éditorial imaginable. Vous en serez vite convaincu dès lors que vous aurez cet album en main.
Les illustrations des articles sont Copyright © de leurs ayants droits. Tous droits réservés.















