Crystal Lake : L’explication des origines de Jason Voorhees et le Projet Argonaut
Attention spoilers : Cet article contient des révélations sur la saison 1 de Crystal Lake.
L’un des principaux inconvénients de la diffusion simultanée de saisons complètes de séries par les géants du streaming est le risque de voir apparaître des spoilers importants en ligne si les spectateurs ne peuvent pas visionner tous les épisodes assez rapidement. C’est pourquoi nous avons décidé d’accorder un peu plus de temps aux spectateurs pour qu’ils puissent bien assimiler la série Crystal Lake diffusée sur HBO Max, le premier projet officiel Vendredi 13 depuis dix-sept ans !
Cependant, maintenant que la poussière est retombée et que nos lecteurs ont probablement eu l’occasion de regarder les huit épisodes de la série préquelle, explorons l’élément le plus controversé du dernier opus du showrunner Brad Caleb Kane (aussi showrunner de la série Ça Bienvenue à Derry) dans cette franchise de longue date : l’histoire des origines de Jason Voorhees, inspirée par la science-fiction, en tant que seul sujet réussi du « Projet Argonaut » de Bellflower Chemical.
Avant d’entrer dans le vif du sujet, il convient de préciser que l’histoire de Jason n’a jamais été très cohérente. Qu’il s’agisse des incohérences entourant sa noyade tragique dans le premier film et sa réapparition inexplicable en tant qu’adulte dans Vendredi 13 : Chapitre II, ou même de la raison de l’éclair qui le ressuscite dans le sixième opus, les réalisateurs ont toujours pris des libertés avec la mythologie établie de la franchise afin de produire des films indépendants divertissants.
Historiquement, cette approche fonctionne généralement car les films d’horreur se prêtent particulièrement bien aux récits convenus, racontés autour d’un feu de camp, dont les détails varient selon les besoins du narrateur. Cependant, une série préquelle de près de huit heures (et d’éventuelles saisons supplémentaires) ne peut se permettre de contourner les informations que nos personnages possèdent déjà. C’est pourquoi il est compréhensible que le showrunner ait choisi une voie claire et ait apporté une réponse définitive au problème de Jason Voorhees.
Ce que Crystal Lake révèle finalement, c’est que le nom Voorhees n’est qu’une imposture. Pamela Wittering (Linda Cardellini) et son fils (Callum Vinson) sont en réalité des fugitifs traqués par la sinistre Bellflower Chemical, une multinationale secrète qui menait des expériences sur des êtres humains pendant la Guerre froide. D’après le septième épisode, Jason est en fait le seul sujet à avoir survécu au projet Argonaut, un programme de recherche au nom astucieux visant à créer des humains améliorés, capables de survivre à l’inévitable holocauste nucléaire de la Troisième Guerre mondiale.
Dans la première apparition en prises de vues réelles d’un personnage que la franchise distille en teasing depuis des décennies, le père de Jason et directeur des opérations chez Bellflower, Elias Wittering (Hamish Linklater), affirme que le projet vise à reproduire l’incroyable résistance du cafard aux radiations. En réalité, les recherches cruelles de l’entreprise ont abouti à la création d’un enfant à la force surhumaine, dont la puissance et le développement s’accroissent après avoir été exposé à des traumatismes – une conclusion à laquelle l’entreprise est parvenue après avoir manipulé Jason sous toutes les coutures et l’avoir même soumis à des doses insensées de radiations.
En théorie, ces pouvoirs expliqueraient l’apparente immunité de Jason à toute forme de blessure grave, la fascination de Bellflower pour l’enfant rappelant même le personnage de David Cronenberg dans Jason X. Si certains fans mécontents surnomment désormais cette incarnation du personnage iconique « Jason le cafard », il n’est jamais sous-entendu que Bellflower injecte littéralement de l’ADN d’arthropodes dans des fœtus. De plus Kane a démenti le fait officiellement dans une interview récente.
Cela dit, l’épisode final de la série, intitulé avec malice Le Chapitre Final, nuance de façon intéressante les pouvoirs de Jason : sa "résurrection" dans le lac semble avoir eu des conséquences fâcheuses. Le garçon de onze ans est certes revenu plus fort , avec une résistance accrue, mais il a aussi perdu une grande partie de son humanité. À la fin de l’épisode, il manque de peu de tuer Pamela avant de la reconnaître comme sa mère aimante et de s’enfuir dans les bois pour poursuivre sa vie de tueur en série.
Ce détail supplémentaire explique pourquoi Pamela serait encore dévastée par ce qui s’est passé au lac, même si Jason a techniquement survécu. Il permet également de comprendre comment chaque suite de Vendredi 13 dépeint le tueur emblématique comme un monstre encore plus terrifiant après chaque « mort ». Ces péripéties de science-fiction ouvrent aussi la voie à l’apparition d’autres expériences de Bellflower plus tard, ce qui pourrait même expliquer les pouvoirs télékinésiques de Tina Shepard dans Vendredi 13, chapitre VII : Un nouveau défi – ou peut-être que Kane pourrait donner à Jason un autre tueur immortel à affronter comme e montre l’inspiration nominative - Jason et les Argonautes !
Certains auraient sans doute préféré ignorer comment Jason revient sans cesse pour subir de nouveaux châtiments, et garder tout cela comme une malédiction qui pèse sur Crystal Lake et la famille Voorhees comme une véritable force surnaturelle plutôt que comme un phénomène scientifique. Cependant, la série de Peacock se déroule dans une continuité alternative où Jason s’est noyé en 1971 au lieu de 1957, et où les meurtres initiaux des moniteurs de camp n’ont même pas été commis par Pamela. C’est pourquoi cette nouvelle interprétation du personnage ne nuit pas vraiment à la mythologie existante, même si celle-ci se contredisait continuellement.
Par ailleurs, quelle que soit l’histoire que Kane aurait choisie, la réaction des fans aurait probablement été la même, car il doit composer avec des millions de passionnés du genre, chacun ayant sa propre théorie sur le mythe de Voorhees et sur ce qui motive le personnage. Après tout, Stranger Things n’a pas le monopole du concept de jeunes dotés de super-pouvoirs ayant subi des abus liés à des programmes proches du MK Ultra. Les frères Duffer ont d’ailleurs emprunté cette idée à Charlie (Firestarter) de Stephen King, lui-même inspiré d’expériences réelles et de théories du complot. Ainsi cette explication a au moins le mérite de lier ce qui ne l’était pas du tout auparavant, et que cela plaise ou non, cela fonctionne vraiment.
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