Entretien avec Mike Figgis à l’occasion de la ressortie de Leaving Las Vegas

Date : 18 / 05 / 2026 à 14h00
Sources :

Unification


A l’occasion de la ressortie en salle de Leaving Las Vegas, Unification a rencontré Mike Figgis, réalisateur, scénariste et compositeur.

Leaving Las Vegas est un film qui marque et dont on se souvient longtemps après. Il a marqué le paysage cinématographique d’ailleurs 30 ans après, il ressort en salle. Quand vous l’avez tourné, avez-vous pensé qu’il aurait une telle longévité ?


Mike Figgis : Mon ambition était très modeste. Le film que j’avais fait juste avant s’appelait The Browning Version. C’était un film très traditionnel, mais je pense que c’était un très beau film. Je l’avais surtout réalisé parce que je voulais travailler avec Albert Finney, qui était l’un de mes acteurs britanniques préférés.
Quand nous avons terminé le tournage, il m’a dit quelque chose qui m’a beaucoup touché. Il m’a confié :« J’ai une confession à te faire : je ne verrai jamais ce film. En réalité, je ne regarde jamais mes films. Mais je veux que tu saches que j’ai vraiment aimé travailler avec toi, et j’espère qu’on recommencera un jour »
Et au fond, je ressentais exactement la même chose.Je voulais simplement faire le film. Je voulais vivre l’expérience du cinéma. Je voulais travailler librement, avec mes propres moyens, sans studio, sans soutien extérieur.
Le film était tellement sombre et sérieux que je n’ai jamais imaginé qu’il puisse rencontrer un succès auprès du grand public .Dans ma tête, je faisais simplement un petit film indépendant qui irait peut-être dans quelques festivals et obtiendrait un peu de reconnaissance. Je n’aurais jamais imaginé les Oscars et tout ce qui a suivi.
Puis, soudainement, le film a commencé à avoir du succès.On m’appelait pour me dire :« Le film vient d’être nommé pour ce prix » Puis :« Vous êtes nommé aux Oscars »
Tout est allé très vite, presque comme si j’étais entraîné dans quelque chose qui me dépassait complètement. C’était étrange. J’avais l’impression de participer à une course dans laquelle je n’avais jamais eu l’intention d’entrer.Alors je me suis simplement dit que j’allais en profiter parce que les six ou neuf prochains mois allaient être intéressants.
C’était fascinant, mais aussi complètement irréel. J’étais aussi assez âgé pour savoir que le succès est quelque chose de très fragile. On ne peut jamais considérer qu’il est acquis. Je savais déjà que le film suivant aurait probablement beaucoup plus de difficultés, ce qui a d’ailleurs été le cas. Donc oui, tout cela a été une immense surprise.


Le film est l’adaptation d’un roman éponyme comment vous est venu l’idée d’en faire un film ? Avez-vous privilégié dès le départ la fidélité au roman ?



Mike Figgis : Un ami à moi, Stuart Regen, vivait à Los Angeles à l’époque. Il venait du milieu artistique new-yorkais et s’était installé à Los Angeles. Un jour, il a trouvé le livre et me l’a donné en me disant : « Je pense que ça pourrait être intéressant. Tu devrais le lire »
Je lui ai répondu que je le ferais, mais je ne l’ai pas lu tout de suite. Pendant longtemps, le livre est resté sur une étagère. Puis un week-end, chez moi, je me suis enfin décidé à le lire.
Et très vite, je me suis dit que c’était un excellent livre.
Mais plus j’avançais dans ma lecture, plus je comprenais que ce serait extrêmement difficile à adapter au cinéma. Le roman est très intérieur. Il repose énormément sur les pensées et les monologues internes des personnages. Ce n’est pas un récit naturellement cinématographique.Alors je me suis dit que je pouvais essayer quand même.
J’ai photocopié toutes les pages du livre. Ensuite, avec des ciseaux et du ruban adhésif, j’ai commencé à découper le roman scène par scène.Je faisais deux piles : une pile avec les passages intéressants et cinématographiques et une énorme pile de choses impossibles à adapter.
Puis, j’ai pris la petite pile et j’ai commencé à organiser les scènes, à changer leur ordre, à voir ce qui pouvait fonctionner au cinéma. Ensuite, j’ai écrit des scènes de transition pour relier les moments importants entre eux. C’est comme ça que le scénario est né.
J’ai écrit trois versions différentes du script. À chaque fois, je l’écrivais, puis je le laissais de côté pendant quelques mois avant de le relire avec un regard neuf. Je supprimais certaines choses, j’en modifiais d’autres, j’ajustais le tout.
Et juste avant le tournage, j’ai encore effectué un changement majeur : j’ai renforcé le personnage d’Elisabeth Shue afin qu’il soit beaucoup plus fort. Petit à petit, le film a commencé à prendre forme presque naturellement.
Le scénario final était très court : environ 65 pages. Je me souviens l’avoir donné à des producteurs qui me demandaient : « Attendez… combien de temps dure le film ? C’est un court métrage ? »Et je répondais : « Non, c’est un long métrage ». Ils étaient perplexes parce qu’à Hollywood, on considère généralement qu’une page de scénario équivaut à une minute de film. Donc un scénario de 100 pages donne normalement un film de 100 minutes.
Mais moi, je savais que beaucoup de choses seraient racontées visuellement, sans dialogue.


Nicolas Cage et Elizabeth Shue sont impressionnants dans leur rôle et le réalisme qu’ils influent à leurs personnages. Comment les avez-vous dirigé pour qu’ils atteignent ce niveau ? Y a-t-il eu des préparations en amont ? Et est-ce qu’il y avait la place à une part d’improvisation ?


Mike Figgis : 
J’avais une idée très précise de ce que je voulais, notamment parce que j’avais aussi écrit le scénario. Au moment du tournage, tout était déjà très clair dans mon esprit. Nous avions également beaucoup répété avant de commencer à filmer. Cela nous a donné le temps de discuter des personnages. Tous les trois, nous avions une excellente relation de travail.
Quand le tournage a commencé, je pense que nous comprenions tous parfaitement la manière dont les scènes devaient être jouées. Les acteurs avaient compris ce que je voulais faire, et ils étaient d’accord avec cette vision. Ils aimaient ces personnages.
Ma direction d’acteurs était finalement assez simple. Je pouvais dire :« Recommençons », « Prenons un peu plus de temps », « Laisse davantage de silence », « Utilise un peu plus ton regard » Des choses comme ça.
Je crois énormément au contrôle dans le jeu d’acteur. Parfois, je pouvais dire à Nicolas :
« Sois plus précis dans tes mouvements » Parce qu’il jouait un alcoolique, je lui donnais des indications très spécifiques : « Ne joue pas quelqu’un de complètement ivre », « Sois extrêmement précis dans la manière dont tu poses ton verre »,« Ne deviens pas trop relâché ou confortable ». Je pense qu’un véritable alcoolique peut parfois être très réprimé intérieurement.
En revoyant le film aujourd’hui, je constate que le jeu de Nicolas est très précis, très contrôlé. Elisabeth aussi savait exactement comment bouger. Tous les deux étaient d’excellents acteurs physiques. Votre question est intéressante parce que je me demande parfois comment j’ai dirigé certaines scènes. Souvent, les acteurs proposent quelque chose d’eux-mêmes. On les laisse essayer, puis on ajuste légèrement : « Cette partie fonctionne bien. Revenons un peu vers ça. Essayons dans cette direction »
Le travail du réalisateur consiste surtout à être présent pour guider l’acteur, pas à lui dicter exactement quoi faire. Je ne dis jamais : « Fais-le comme ça »
Il y avait une scène avec Elisabeth Shue et Julian Sands. Elle rentre chez elle, et lui lui demande :« Où étais-tu passée ? »Pendant les répétitions, Julian la touchait d’une certaine façon pendant la scène.
Je me suis tourné vers Elisabeth et je lui ai dit : « Quand quelqu’un te touche comme ça, ça doit provoquer quelque chose de très physique chez toi ». Alors elle m’a demandé de lui montrer
Je me suis approché pour lui montrer le geste… et elle m’a frappé extrêmement fort. J’ai eu un énorme bleu. Elle était totalement dans l’émotion, dans la colère du personnage. Et je me suis dit : « Oui. C’est exactement ça » Puis j’ai dit à Julian : « Maintenant, fais-le de cette manière ».
Ce sont parfois de petits détails comme ceux-là qui peuvent aider les acteurs à trouver quelque chose de vrai.


Avec le recul, les contraintes temporelles et budgétaires ont-elles été un frein ou est ce que ça a apporté quelques choses au film en vous obligeant à vous adapter et peut être à plus insister sur certains plan moins couteux ?


Mike Figgis : 
Avec le recul, je pense même que c’était un immense avantage. Je l’ai souvent dit : si quelqu’un m’avait donné davantage d’argent, je ne suis pas sûr que le film aurait été meilleur.
Je connaissais exactement mon budget. Je me demandais simplement :
« Que puis-je faire avec 3,5 millions de dollars ? ». J’avais un très bon producteur. Tout était planifié avec une grande précision :26 jours de tournage, pas un jour de plus, aucune négociation possible.
J’ai été très clair avec toute l’équipe. Je savais que ce qui ralentit le plus un tournage, ce sont les lumières compliquées et les gros équipements techniques.
Alors nous avons décidé qu’il n’y aurait pas de grues, pas de travelling compliqué, que l’on utiliserai une caméra à l’épaule ou sur trépied et la lumière naturelle de Californie dès que possible.
Lorsque nous utilisions de la lumière artificielle, je voulais quelque chose de très simple. Une seule belle source lumineuse suffisait.
Quand un lieu nous était accordé pendant une heure, cela signifiait vraiment une heure. Pas davantage. Je demandais constamment à mon assistant réalisateur de rappeler le temps restant :« Il reste trente minutes », « Il reste quinze minutes »
Tout le monde devait comprendre la réalité du tournage. Honnêtement, cela a très bien fonctionné. Toute l’équipe était extrêmement concentrée. Les acteurs aussi. Ils n’avaient pas de grandes caravanes de luxe. Je leur disais :« Utilisez cette pièce, soyez prêts, ne perdez pas de temps »
Nous tournions rapidement, souvent avec une seule caméra, mais nous obtenions une très bonne matière. Pour moi, cette simplicité a été une forme de libération.



Selon vous, le film est-il avant tout une histoire d’amour ou une histoire d’autodestruction ?


Mike Figgis : 
Avant tout, une histoire d’amour tragique. Je pense que les plus grandes histoires sont toujours des histoires d’amour. Elles peuvent prendre place dans une guerre, dans une tragédie, dans n’importe quel contexte.
Parce que l’amour est une émotion universelle. Tout le monde comprend la perte, le rejet, la jalousie et la mort.Ces émotions sont fondamentales.
Vous pouvez raconter une histoire sur l’alcoolisme, la prostitution, Las Vegas ou le monde du cinéma… mais si vous placez une histoire d’amour tragique au centre, alors tout devient immédiatement humain. C’est un environnement parfait pour explorer énormément de choses.


Est-ce qu’il a tout de suite été évident pour vous de faire à la fois le scénario, la réalisation et la musique ?


Mike Figgis : 
Oui. J’ai passé ma vie à apprendre différents aspects du cinéma parce que je voulais comprendre comment tout fonctionne. Pour faire un film, il faut comprendre la caméra, le jeu d’acteur, la lumière, le son, les micro et enfin la musique.
La musique est extrêmement importante. Quand Wagner parlait de l’opéra, il disait que c’était la fusion parfaite entre la littérature, la musique et le drame.Et je pensais :« Oui… mais le cinéma va encore plus loin » Le cinéma permet de réunir toutes ces disciplines. Le montage est également essentiel.
Quand on comprend tous ces éléments, il n’y a plus vraiment de mystère dans la fabrication d’un film. On comprend comment tout fonctionne ensemble. Cela permet de mieux juger l’équilibre global. Par exemple, si je ne comprenais pas la musique, je serais obligé de faire totalement confiance à un compositeur. Or la musique représente la psychologie du film.
C’est extrêmement puissant.
Un compositeur peut orienter la tristesse, la joie, la peur ou l’horreur. La musique contrôle profondément les émotions du spectateur. Cela peut devenir dangereux parce qu’un compositeur peut aussi vouloir montrer son talent personnel plutôt que servir le film.
C’est pour cela que je voulais garder le contrôle de la musique.
C’était très important pour moi.


Composez-vous la musique pendant que vous écrivez le scénario ou pendant la réalisation ?


Mike Figgis : 
Tout le temps. Quand je regarde une scène, je ne sais pas toujours exactement quelle sera la musique, mais je sais ce dont elle a besoin émotionnellement. Parfois, la musique doit simplement être là, très discrètement, presque en arrière-plan, juste pour apporter une légère atmosphère.
Je peux penser : « Ici, il faudrait quelque chose de très subtil… peut-être une voix humaine… ou une trompette… » Quelque chose de très minimal.Parce que, selon moi, la musique de film repose surtout sur le minimalisme.La plupart du temps, la musique ne devrait pas attirer l’attention sur elle-même. Elle ne doit pas devenir “le sujet”. Elle doit simplement soutenir le film.
Même si, dans Leaving Las Vegas, la musique est parfois assez présente et forte.


Dirigiez-vous aussi les musiciens ?


Mike Figgis : 
Oui. Je joue un peu de trompette, du piano, un peu de guitare… mais la musique était surtout improvisée avec les musiciens. Je composais une base, puis je leur expliquais :
« Ici, j’aimerais un saxophone très minimal… juste quelques notes »
Ensuite, je leur faisais regarder la scène avec le son du film.Je leur disais :« Jouez avec le film » Puis nous ajustions ensemble :« Ça, c’est magnifique », « Déplace-toi un peu plus ici », « Fais quelque chose d’un peu plus dur à cet endroit »
En réalité, le travail musical ressemble beaucoup au montage.On monte aussi les émotions avec le son.


Avec les standards cinématographiques et sociétaux actuels, pensez-vous qu’il serait encore possible de faire le même film aujourd’hui ?


Mike Figgis : 
Oui, je pense. Par exemple, récemment, Sean Baker a réalisé un film sur une prostituée, Anora. Je pense que cela prouve que ce type de cinéma existe encore. Je voyais même certaines influences de Leaving Las Vegas dans la manière dont le film était construit.
Je pense que les gens essaient toujours de faire ce genre de films personnels et humains.
Donc oui, je crois que c’est encore possible.

Avez-vous déjà, au cours de votre carrière, créé une scène spécifiquement pour y intégrer une musique que vous aviez composée auparavant ?


Oui, souvent. La musique m’aide à construire le scénario parce qu’elle influence profondément la psychologie du film et des scènes. Elle crée une émotion intérieure qui guide l’écriture.


Que pensez-vous de l’utilisation de l’intelligence artificielle dans le cinéma ?


Mike Figgis : 
Je trouve ça presque ironique. Mon expérience à Hollywood m’a appris qu’une certaine forme “d’intelligence artificielle” existe déjà depuis cinquante ans. Hollywood fonctionne souvent selon des modèles répétitifs et prévisibles.
Aujourd’hui, avec l’IA, certaines entreprises remplacent trente personnes par une seule machine capable de produire le même type de contenu. Je pense qu’il se passe exactement la même chose à Hollywood. Ce qui nécessitait auparavant cent scénaristes peut désormais être généré automatiquement pour produire un film formaté et médiocre.
Mais ce type de cinéma très industriel, très prévisible, très enfantin est précisément ce que l’IA sait reproduire le plus facilement. D’une certaine manière, elle est même plus efficace que le système hollywoodien traditionnel pour fabriquer ce genre de contenu.
En revanche, lorsqu’il s’agit d’exploration intellectuelle ou artistique, l’IA reste surtout un outil permettant d’obtenir rapidement des informations. Je trouve parfois son utilisation créative assez drôle. C’est à la fois très intelligent… et extrêmement stupide.
Il lui manque encore quelque chose de profondément humain comme l’ironie, la contradiction ou la conscience de soi.
Cela dit, je pourrais l’utiliser pour certaines choses pratiques. Par exemple, elle comprend parfaitement le langage des producteurs et des exécutifs hollywoodiens. Elle sait comment leur parler. C’est logique, puisque ce langage est lui-même très formaté.
Plus Hollywood devient “intelligent”, plus il devient aussi, paradoxalement, limité et conformiste. Parce que beaucoup de gens très intelligents y choisissent avant tout l’argent plutôt que la curiosité intellectuelle ou artistique.
Au fond, l’IA reste un outil au service du système.Mais évidemment, lorsqu’on pense à la guerre, à l’armée ou à la délégation de responsabilités humaines à des machines, cela devient beaucoup plus inquiétant.
Du point de vue du cinéma, malgré tout, je pense encore que l’humain reste meilleur.

Sur quoi travaillez-vous actuellement ?


Mike Figgis : 
Je réalise actuellement un film très expérimental. Il y a seulement deux actrices une à Tokyo et une en Corée du Sud.
Il n’y a pratiquement pas d’équipe technique. Juste moi et les acteurs. Je mélange également ce tournage avec mes propres archives vidéo et pellicules accumulées pendant quarante ans.
Le film est très impressionniste, presque comme un journal intime visuel et sonore.
Je suis encore en train de monter le projet et je terminerai le tournage le mois prochain.
Chaque jour, je passe de optimisme total au doute absolu. Je me demande si c’est brillant ou complètement raté Aujourd’hui, je trouve ça très bien. Demain, j’aurai peut-être des doutes.
Parce que, honnêtement, je ne sais pas exactement ce que je suis en train de faire.
Mais je crois que je n’ai jamais été aussi heureux artistiquement.
J’ai une liberté totale. J’espère simplement qu’avec l’âge et l’expérience, j’ai appris au moins un peu quelque chose.


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