Le Seigneur des Anneaux : Un prologue emblématique qui a tout changé
"Le monde change. Je le sens dans l’eau. Je le sens dans la terre. Je le sens dans l’air."
Tout le monde se souvient de ce long prologue de 7 minutes raconté par la voix envoutante de Cate Blanchett à l’ouverture du premier film Le Seigneur des Anneaux de Peter Jackson, La Communauté de l’Anneau. Chronique par Julio Bardini de Collider d’une naissance au forceps...
Si cette longue scène emblématique - qui raconte les évènements qui ont eu lieu avant le premier film de la trilogie - est devenue une sorte de marque de fabrique, elle a failli ne jamais voir le jour tant le concept lui-même paraît absurde. Heureusement pour les Valar, Jackson s’est battu pour qu’elle existe. On oublie également que les livres de J.R.R. Tolkien commencent d’une manière totalement différente. Le récit des événements du Second Âge est principalement relaté dans l’Annexe B du roman La Communauté de l’Anneau, comme la création des Anneaux de Pouvoir et la Guerre de la Dernière Alliance. La découverte de l’Anneau Unique par Bilbon (Ian Holm) est quant à elle racontée en détail dans Le Hobbit. Le Seigneur des Anneaux s’ouvre alors sur le poème emblématique "L’Anneau Unique pour les gouverner tous". Il se transforme ensuite rapidement en une description de la Comté à l’approche de l’anniversaire de Bilbon.
Cependant, un film n’est pas un livre, et la Terre du Milieu est un territoire aussi vaste que l’histoire des romans s’y déroulant. New Line a donc estimé qu’adapter Le Seigneur des Anneaux au cinéma nécessitait un prologue pour mettre en contexte les spectateurs non initiés. Mais le public ne pouvait saisir pleinement l’urgence de la destruction de l’Anneau Unique sans contextualiser l’ensemble, d’autant plus que, sans prologue, La Communauté de l’Anneau débuterait avec l’arrivée de Gandalf (Ian McKellen) dans la Comté.
Au départ, Jackson lui-même n’avait aucune intention de faire un tel prologue et, bien que le studio ait finalement eu raison d’en exiger un, cela s’est avéré être un véritable casse-tête pour lui. D’autres y étaient également opposés, comme McKellen.
New Line voulait au départ une introduction de 2 minutes, mais raconter autant de choses en si peu de temps était impossible, ce qui a fini par devenir un véritable casse-tête pour Jackson, à tel point qu’il a préféré boucler le tournage du premier film pour réussir à mettre toute son énergie dans ce problématique prologue. Il a fini par livre les 7 minutes qu’on connaît, et passant que New Line allait tiquer, il avait envisagé de supprimer ledit prologue. Étonnamment, c’est finalement le studio qui l’a poussé à la conserver.
Qui peut, aujourd’hui, imaginer Le Seigneur des Anneaux - La Communauté de l’Anneau sans cette scène emblématique ? Alors, comment Jackson a-t-il fait ? Son mérite réside sans doute dans le fait d’envisager le prologue comme un film miniature, avec l’Anneau Unique comme protagoniste. Il ne s’agit pas de l’histoire de la Terre du Milieu ni d’événements individuels qui constituent un contexte global, mais simplement du comment, du quand et du pourquoi entourant le voyage de l’Anneau Unique.
La meilleure façon de développer ce qui s’est passé au Second Âge était de traiter tout ça banalement comme une histoire : utiliser une structure classique en trois actes, avec même un retournement de situation. D’abord, Galadriel commence par expliquer l’importance de cette histoire ("Le monde a changé" et "une grande partie de ce qui fut autrefois est perdue") et contextualise la création des Anneaux de Pouvoir et de l’Unique par Sauron, ainsi que le mal qu’ils ont déclenché. Dans le deuxième acte, le "caractère" de l’Anneau Unique est développé, avec la Guerre de la Dernière Alliance montrant comment il est entré en possession de Isildur et comment il a fini entre les mains de Sméagol (Andy Serkis). L’histoire se termine sur une note positive : l’Anneau a été trouvé par celui qu’il ne pouvait corrompre, un Hobbit, et a ensuite été emmené dans la Comté au lieu du Mordor. Le public sait désormais tout ce qu’il faut savoir pour commencer, y compris que le maître de l’Anneau le recherche.
Pourtant, jusqu’à la version finale du prologue, de nombreux éléments susceptibles d’être inclus dans la séquence ont été envisagés, comme la mort de Gil-Galad et son combat contre Sauron aux côtés de Elendil. Aussi impressionnants qu’ils aient pu être, ils n’ont pas vraiment d’importance pour l’Anneau Unique ; il était donc préférable de ne pas les inclure. Mais il y avait encore d’autres éléments qui étaient très différents.
Un autre point important était de savoir ce qui devait être modifié par rapport à l’histoire originale. Par exemple, la célèbre phrase "Le monde change" n’est pas celle de Galadriel dans les livres, mais celle de Sylvebarbe. La Guerre de la Dernière Alliance fit rage pendant plus d’une décennie et comporta de nombreuses batailles. La dernière, à elle seule, dura sept ans et ne se déroula pas sur les pentes de La Montagne du Destin, mais à Barad-dûr, la forteresse de Sauron. L’épée Narsil ne fut pas brisée par Sauron, mais par le poids de Elendil lorsqu’il tomba de cheval. Et Isildur lui-même n’était pas le seul fils de Elendil : son frère Anarion, qui mourut à Barad-dûr, fut volontairement oublié.
Un autre aspect était de savoir à qui reviendrait le droit de narrer ce prologue. À différents moments, Frodon (Elijah Wood) et Gandalf ont été envisagés pour le rôle, mais Jackson a finalement renoncé car ils n’étaient présents à aucun des événements du prologue. Finalement, il a opté pour Galadriel, soulignant ainsi l’intemporalité et la sagesse des Elfes. Il est également logique que Galadriel ait été choisie plutôt que Elrond, par exemple, car elle est connue pour être l’une des Elfes les plus sages et les plus anciennes de la Terre du Milieu.
Le Seigneur des anneaux et Le Hobbit sont Copyright © Metro-Goldwyn-Mayer, New Line Cinema et WingNut Films Tous droits réservés. Le Seigneur des anneaux et Le Hobbit, ses personnages et photos de production sont la propriété de Metro-Goldwyn-Mayer, New Line Cinema et WingNut Films.















