La Clepsydre : La critique

Date : 07 / 01 / 2025 à 11h00
Sources :

Unification


LA CLEPSYDRE

 Date de sortie : 08/01/2025
 Titre original : Sanatorium pod klepsydra
 Durée du film : 2 h 04
 Réalisateur : Wojciech Has
 Scénariste : Wojciech Has d’après l’œuvre de Bruno Schulz
 Interprètes : Jan Nowicki, Tadeusz Kondrat, Irena Orska, Halina Kowalska, Gustaw Holoubek, Mieczyslaw Voit, Bozena Adamek, Ludwik Benoit

LA CRITIQUE

Les amateurs de L’Étrange Festival et des frères Quay ont pu découvrir lors de la 30e édition, qui s’est déroulée en 2024, leur très impressionnant dernier film Sanatorium Under The Sign Of The Hourglass dans lequel ces derniers adaptent l’œuvre de Bruno Schulz qui a déjà été adaptée par le réalisateur Wojciech Has dans ce somptueux La Clepsydre que l’on peut découvrir dans une magnifique réversion restaurée.

Le scénario réalisateur Wojciech Has s’appuie sur plusieurs nouvelles des deux ouvrages : Le Sanatorium au croque-mort et Les Boutiques de cannelle de l’auteur Bruno Schulz. De plus, l’œuvre est déconstruite, proposant une immersion de plus en plus intense, envoûtante et tourbillonnante dans les aventures spectaculaires du protagoniste principal.

On découvre ainsi les tribulations d’un jeune homme se rendant dans un sanatorium où son père est mourant. Mais il va se rendre compte que le lieu est décati et insalubre et que le temps n’est pas ce qu’il semble être au cœur du bâtiment.

Celui-ci est d’ailleurs remarquablement interprété par Jan Nowicki que l’on prend beaucoup de plaisir à suivre dans sa longue plongée au cœur de la folie et du cauchemar, jusqu’à un final particulièrement marquant.

Le film de Wojciech Has est magistral et n’accuse jamais ses 52 ans. La mise en scène est extrêmement éblouissante et certains passages sont prodigieux. Le travail visuel force l’admiration et l’inventivité du réalisateur est sans limite. Il n’est pas étonnant que le long métrage ait reçu le Prix spécial du jury au Festival de Cannes en 1973, alors qu’il était présidé par la grande actrice Ingrid Bergman. En effet, celui-ci conte une plongée incroyable dans la psyché d’un homme de plus en plus en pleine déliquescence. Alors que tous les éléments s’imbriquent étroitement entre passé et présent, futur et imagination, fantasme et réminiscence mémorielle.

Souvenirs déstructurés, quête initiatique, passages oniriques, rêves désordonnés, descente en plein cauchemar, rien n’est épargné au spectateur qui se retrouve au cœur d’un maelström d’images et d’émotions qui ne le laissent pas indifférent et le fait sombrer progressivement dans un univers de plus en plus putréfié et mortifère.

On se trouve donc devant une expérience cinématographique vertigineuse. Une plongée au cœur d’un abysse visuel regorgeant de surprises et des trouvailles éblouissantes. D’autant qu’elle est portée par la sublime photographie de Witold Sobocinski et repose sur les costumes magnifiques de Lidia Skarzynska et surtout sur un travail sur les décors d’Andrzej Plocki et de Jerzy Skarzynski qui force l’admiration.

En effet, tous les décors sont réels et le travail effectué sur les moindres détails est absolument incroyable et donne régulièrement envie de faire une pause sur les images pour en apprécier la délicate construction. Les différents univers proposés sont tous plus surprenants les uns que les autres et entraînent facilement le spectateur dans un imaginaire qui empreinte aussi bien à du Lewis Carroll qu’à du Dante.

La caméra virevolte au cœur des différentes séquences. Les longs travellings, les plans-séquences extrêmement élaborés, les changements de perspective et les transitions ébouriffantes, parfois portées par le très bon montage de Janina Niedzwiecka, en mettent plein les yeux.

Certes, l’histoire non linéaire et l’interprétation que peut en faire le spectateur, et qui peut varier en fonction de son état d’esprit et de son nombre de visionnages, ne rendent pas forcément l’œuvre accessible à tout le monde. Ainsi, certaines personnes peuvent ne pas rentrer dans cette vision intime et grandiose d’un multiverse interne, mémoriel et temporel. Toutefois, les spectateurs qui ne sont pas dérangés par un long métrage embringuant le public au cœur d’une épopée dantesque, sans lui offrir sur un plateau les clés de compréhension, seront ravis.

Sans compter que la musique de Jerzy Maksymiuk renforce la dimension onirique et crépusculaire d’une œuvre envoûtante à l’ambiance hypnotisante. Une expérience vertigineuse que l’on garde longtemps en mémoire et dont les images surgissent régulièrement dans l’esprit après la fin du long métrage.

La Clepsydre est un film prodigieux dont on comprend l’impact qu’il a pu avoir sur certains réalisateurs et sur quelques séquences de leurs œuvres. À travers ce voyage démesuré et excessif dans la psyché d’un homme mélangeant temps et souvenirs, plaisir et drames, c’est aussi une Pologne qui panse les plaies de ses guerres et une évocation de la destinée des Juifs qui est évoquée, à l’image d’une séquence d’ouverture époustouflante.

Mais que l’on ne s’y trompe pas, l’œuvre offre aussi des passages drôles, des moments érotiques surprenants, une certaine joie de vivre et une réflexion sur la vie que le fondu au noir sur la dernière image n’empêche pas de tourbillonner longuement dans l’esprit du spectateur.

Il n’est pas galvaudé de parler de chef-d’œuvre lorsque l’on évoque cette pièce majeure de la filmographie de Wojciech Has. Et assurément, le film a marqué son époque et mérite d’être (re)découvert dans cette magnifique version restaurée pour montrer, d’une brillante manière, que le cinéma peut s’affranchir de son cadre, être un objet d’art par lui-même, et avoir un impact durable sur celui qui le regarde.

Exceptionnel et fantasque.

SYNOPSIS

Jozef vient voir son père en traitement dans un sanatorium, mais l’établissement médical qu’il découvre est un vaste palais lugubre, rongé par la vermine et tapissé de toiles d’araignées où le temps et l’espace sont comme pris dans un vertigineux tourbillon. Le Dr. Gotard lui explique que le temps y a été comme retardé. Ne comprenant rien à ce discours, Jozef s’aventure dans la vaste demeure...

BANDE ANNONCE


FICHE TECHNIQUE

 Photographie : Witold Sobocinski
 Montage : Janina Niedzwiecka
 Musique : Jerzy Maksymiuk
 Costumes : Lidia Skarzynska
 Décors : Andrzej Plocki, Jerzy Skarzynski
 Producteur : Zespol Filmowy "Silesia"
 Distributeur : Malavida Films, Malavida Films

LIENS

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La Clepsydre


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