Pluie noire : La critique
Pluie noire est un excellent film japonais de Shôhei Imamura, adaptant l’œuvre de Masuji Ibuse, qui revient sur les conséquences des explosions nucléaires d’Hiroshima et de Nagasaki au Japon.
Le scénario de Shôhei Imamura et de Toshirô Ishidô suit une famille qui a été irradié par les retombées radioactives de la bombe d’Hiroshima. En effet, peu après celle-ci, une pluie noircie par les résidus de l’explosion a entraîné la radioactivité sur le sol. Et les personnes qui ont été touchées par celle-ci ont souffert de conséquences dramatiques par la suite. On découvre donc une jeune fille qui a été confrontée à cette pluie, ainsi que son oncle et sa tante, exposés au souffle de la bombe, tous trois ayant dû traverser une ville irradiée pour trouver un refuge, et qui sont confrontés, des années plus tard, aux rumeurs du village dans lequel ils habitent.
Car au Japon, les individus ayant subi ces deux événements dramatiques, et en ayant des séquelles, ont été considérés comme des parias et mises au ban de la société. On les a surnommé les Hibakusha, et la présence de brûlures ou le développement de cancers les faisait considérer par la population générale comme des personnes impures, donc souvent incapables de se marier, le rêve du personnage principal de l’histoire.
Shôhei Imamura a voulu montrer leurs souffrances, et leur calvaire, en leur dédiant un film poignant, d’une force immense qui n’a pas pris une ride et dont la magnifique restauration sublime les noirs et blancs.
La réalisation de Shôhei Imamura est merveilleuse. Celui-ci propose des personnages particulièrement attachants et brosse le portrait d’un Japon après-guerre en pleine reconstruction, qui n’apprécie pas de voir des personnes portant des stigmates rappelant la défaite du Japon. La séquence de destruction d’Hiroshima, et ses conséquences dans les heures qui ont suivi, est remarquable et propose des passages parfois à la limite du soutenable. Après une ouverture saisissante, on découvre le destin de cette famille en ces lieux au cours de flashbacks particulièrement bien amenés.
La reconstitution de leur vie au sein du petit village où ils habitent est criante de vérité et particulièrement intéressante à visionner. On y découvre un microcosme particulier et une relation entre les différents habitants qui permet de comprendre la cruauté insidieuse de certains vis-à-vis de ceux qui sont considérés comme des parias.
La photographie de Takashi Kawamata est très belle et magnifie aussi bien les images d’horreur d’une ville foudroyée que celles emplies de douceur d’un village vivant au rythme des saisons. La reconstitution est rendue encore plus impressionnante grâce à un très beau travail sur les décors d’Akiyoshi Kanda et sur les costumes de Hidefumi Sueyoshi.
L’interprétation est remarquable et fait particulièrement s’attacher à cette famille soudée, dont les membres sont les derniers de la lignée. Yoshiko Tanaka est magnifique en jeune femme dévouée espérant avoir une vie à elle. Kazuo Kitamura est remarquable en oncle aimant voulant le meilleur pour sa famille. Etsuko Ichihara est splendide en tante chaleureuse. Et Keisuke Ishida est formidable en ancien soldat que la guerre a rendu en partie fou.
Pluie noire est un immense film, remarquable et puissant, parfois à la limite du documentaire, qui raconte la vie de ceux dont le Japon ne veut pas forcément parler, ni se souvenir. Avec un récit poignant et cruel, une mise en scène somptueuse proposant des plans marquants et des comédiens extrêmement crédibles, le long métrage est captivant à regarder et reste un chef-d’œuvre intemporel.
Spectaculaire et important.
SYNOPSIS
Hiroshima – 6 Août 1945. La vie suit son cours, comme tous les jours. Un terrible éclair déchire le ciel. Suivi d’un souffle terrifiant. Et l’Enfer se déchaîne. Des corps mutilés et fantomatiques se déplacent parmi les amas de ruines. Au même moment, Yasuko faisait route sur son bateau, vers la maison de son oncle. Une pluie noire s’est alors abattue sur les passagers. Ils ne savaient pas, ils ne savaient rien Quelques années plus tard, les irradiés sont devenus des parias dans le Japon d’après-guerre.
BANDE ANNONCE
FICHE TECHNIQUE
– Durée du film : 1 h 58
– Titre original : Kuroi Ame
– Date de sortie : 29/07/2020
– Réalisateur : Shôhei Imamura
– Scénariste : Shôhei Imamura, Toshirô Ishidô d’après l’œuvre de Masuji Ibuse
– Interprètes : Miki Norihei, Yoshiko Tanaka, Kazuo Kitamura, Etsuko Ichihara, Shoichi Ozawa, Chisako Hara, Masato Yamada, Tamaki Sawa
– Photographie : Takashi Kawamata
– Montage : Hajime Okayasu
– Musique : Tôru Takemitsu
– Costumes : Hidefumi Sueyoshi
– Décors : Akiyoshi Kanda
– Producteur : Hisashi Iino pour Imamura Production, Tohokushinsha Film Corporation, Hayashibara Group
– Distributeur : Les Bookmakers / La Rabbia
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