Dieu existe, son nom est Petrunya : La critique
Dieu existe, son nom est Petrunya est un bon film macédonien qui traite avec une certaine originalité la condition de la femme via un aspect religieux.
Petrunya est une femme qui approche de la trentaine et n’a pas de travail. Lors d’une cérémonie religieuse, elle va sauter dans une rivière glacée pour s’emparer d’une croix lancée par un prêtre orthodoxe, synonyme de bonheur pour l’année à venir. Néanmoins, les femmes n’ont pas le droit de participer à ce rituel religieux, et elle va se retrouver rapidement face à des hommes agressifs voulant récupérer ce qu’ils estiment leur appartenir.
Le film de Teona Strugar Mitevska navigue entre deux femmes, celle qui ne veut pas rendre la croix et se retrouve au commissariat de police, et la journaliste prenant son parti et décidant de dénoncer cette affaire.
La ville de Stip et ce commissariat font vraiment partie intégrante de l’intrigue. Ils permettent à la fois de comprendre le marasme économique dans lequel se trouvent la bourgade, et la façon dont un lieu emblématique peut être dévoyé, lorsqu’on essaye de faire pression sur une personne qui n’a commis aucun acte répréhensible.
Le texte de Teona Strugar Mitevska et Elma Tataragic est bien écrit. Toute la dernière partie est remarquable de tension et propose des répliques qui font beaucoup réfléchir. C’est une histoire vraie qui a servi de base au récit. Une femme, en 2014, s’est saisi de cette croix dans la ville de Stip et est devenue la proie d’une population en colère. Une première réussite qui a montré la détermination d’une jeune femme. Mais la seconde fois qu’une femme s’est emparée de cette croix, lors d’un rituel similaire à Zemun, en Serbie en 2018, cette dernière a été acclamée comme gagnante réelle, signe que les temps changent.
La réalisation de Teona Strugar Mitevska est vraiment très bonne et particulièrement intéressante. Les plans proposés sont magnifiques et merveilleusement mise en scène. Les plans se centrent de plus en plus progressivement sur Zorica Nusheva qui incarne formidablement Petrunya. L’œuvre est de plus en plus captivante et offre des angles vraiment intelligemment proposés et d’une grande beauté esthétique.
Les comédiens sont très bons. Zorica Nusheva incarne avec une grande délicatesse et une étonnante puissance une femme qui va progressivement se prendre en main. Labina Mitevska, la productrice, et sœur de la réalisatrice, est une formidable journaliste qui voit dans ce fait divers une cause à défendre. Simeon Moni Damevski est très bon en inspecteur en chef souhaitant faire changer d’avis la jeune femme. Stefan Vujisic incarne un jeune policier vraiment touchant et Suad Begovski est impeccable en prêtre orthodoxe voulant récupérer cette croix que Petrunya a gagné.
Dieu existe, son nom est Petrunya est un film qui ne laisse pas indifférent. Ce très beau portrait de femme est vraiment intéressant à découvrir. Avec une histoire inspirée de faits réels, un duo d’actrice fascinant et une réalisation maîtrisée, cette plongée au cœur d’un pays qu’on connaît mal et d’un rituel rappelant que la femme n’est pas l’égale de l’homme lors de certains évènements, le long métrage est intelligemment mené.
Volontaire et apaisant.
SYNOPSIS
À Stip, petite ville de Macédoine, tous les ans au mois de Janvier, le prêtre de la paroisse lance une croix de bois dans la rivière et des centaines d’hommes plongent pour l’attraper. Bonheur et prospérité sont assurés à celui qui y parvient.
Ce jour-là, Petrunya se jette à l’eau sur un coup de tête et s’empare de la croix avant tout le monde.
Ses concurrents sont furieux qu’une femme ait osé participer à ce rituel. La guerre est déclarée mais Petrunya tient bon : elle a gagné sa croix, elle ne la rendra pas.
BANDE ANNONCE
FICHE TECHNIQUE
– Durée du film : 1 h 40
– Titre original : Gospod postoi, imeto i’ e Petrunija
– Date de sortie : 01/05/2019
– Réalisateur : Teona Strugar Mitevska
– Scénariste : Teona Strugar Mitevska, Elma Tataragic
– Interprètes : Zorica Nusheva, Labina Mitevska, Simeon Moni Damevski, Stefan Vujisic, Suad Begovski, Violeta Shapkovska, Petar Mircevski, Andrijana Kolevska
– Photographie : Virginie Saint-Martin
– Montage : Marie-Hélène Dozo
– Musique : blablabla
– Costumes : Monika Lorber
– Décors : Vuk Mitevski
– Producteur : Sébastien Delloye, Marie Dubas, Zdenka Gold, Danijel Hocevar, Elie Meirovitz, Labina Mitevska pour Sisters and Brother Mitevski 2006 Produkcija Sarajevo, Entre Chien et Loup, Vertigo, Deuxième Ligne Films
– Distributeur : Pyramide Distribution
LIENS
– SITE OFFICIEL
– ALLOCINÉ
– IMDB
PORTFOLIO
Les illustrations des articles sont Copyright © de leurs ayants droits. Tous droits réservés.
















