Les lauriers-roses rouges : La critique
Les lauriers-roses rouges est un bon film Bengali parlant de la condition de la femme dans le pays à travers trois beaux portraits féminins.
L’intrigue se concentre sur une actrice de théâtre, obligée d’abandonner son rôle fétiche à une jeune comédienne la saison prochaine. Mais la pièce Les lauriers-roses rouges, un grand classique littéraire de Rabindranath Tagore, prix Nobel de littérature en 1913, attire l’attention à l’internationale et cette dernière va se lancer dans la mise en scène pour la moderniser afin de partir en tournée à l’étranger.
À travers cette envie de réaliser son rêve, c’est aussi le tableau de sa mère et de sa bonne qui se profile. La première sombre dans la religion alors qu’elle a été abandonnée par son mari et que ses enfants sont non pratiquants, et la deuxième découvre l’amour et souhaite fonder une famille.
La réalisatrice, productrice et scénariste, Rubaiyat Hossain, n’en est pas à son coup d’essai dans la manière qu’elle a de présenter la femme à travers un pays patriarcal à la religion musulmane prédominante, ce qui lui a d’ailleurs valu des ennuis, dont l’interdiction de diffusion au Bangladesh de son premier film Meherjaan.
Son dernier film montre le désir de son personnage principal à exister par elle-même. Il présente aussi la société Bengali sans fard et sans moralisme, n’hésitant pas à intégrer dans son récit le drame qui a frappé le pays le 24 avril 2013 lorsque qu’un bâtiment s’est effondré sur 3 000 travailleurs, principalement des femmes faisant 500 morts.
D’ailleurs, Rubaiyat Hossain montre régulièrement des femmes en train de travailler et de faire des tâches très dures comme celles de terrassements, car l’industrie locale passe beaucoup par le travail de ces dernières, moins payées que les hommes. Son œuvre se veut donc non seulement engagée, mais aussi féministe, n’hésitant pas d’ailleurs à évoquer le sujet tabou de la sexualité féminine.
La mise en scène de Rubaiyat Hossain est très sobre et cette dernière utilise aussi bien un style documentaire que des effets visuels, jouant notamment sur la lumière et l’ambiance, pour proposer des séquences oniriques permettant d’entrer au cœur des peurs et désirs de son protagoniste principal. Ces séquences sont d’ailleurs très réussies et donnent plus d’épaisseur à un personnage osant avoir d’autres envies que de se consacrer à son mari et de lui faire des enfants.
Shahana Goswami est très bonne dans son personnage d’actrice s’interrogeant sur sa vie. Elle insuffle une certaine luminosité à son rôle et le rend fort attachant.
Mita Rahman en mère courage ne se plaignant jamais et Rikita Shimu en jeune femme voulant vivre par elle-même complète ce trio de femme attachant.
Il faut aussi saluer les interprétations de Shahadat Hossain en mari aimant, mais souvent absent et de Rahul Bose en dénicheur de talent souhaitant aider l’héroïne à s’affirmer.
Comme dans tous les films d’Asie du Sud-Est, la musique est très importante. Et si on n’aura pas droit aux numéros musicaux Bollywoodien qu’à travers les télévisions que regardent les divers protagonistes, la composition de Shayan Chowdhury est très agréable et les chansons de l’histoire apportent un supplément à cette dernière.
Les lauriers-roses rouges est un beau film fort touchant, parlant de la condition féminine, tout en évoquant les désirs humains qui s’affranchissent du sexe. Avec une mise en scène inspirée, des actrices touchantes, un propos fort et une bien belle photographie, ce serait dommage de passer à côté de l’un des rares films Bengali que l’on peut avoir l’occasion de voir sur nos écrans français.
Émouvant et revendicateur.
SYNOPSIS
Roya, actrice dans la trentaine et musulmane moderne issue de la classe moyenne du Bangladesh, est mariée à un homme d’affaires prospère. Elle semble tout avoir pour être heureuse. Remplacée par une actrice plus jeune pour jouer le personnage de Nandini, archétype de la féminité bengalie et personnage central de la pièce politique de Rabindranath Tagore, Les Lauriers-rouges roses, Roya doit pourtant se battre pour trouver sa place dans la tentaculaire Dacca. Elle réinterprète la pièce, l’actualise et la met en scène en transformant profondément l’image de la féminité. La nouvelle Nandini est une femme qui assume son identité personnelle, ses désirs et sa sexualité.
Inspirée du destin de son ancienne domestique Moyna, désormais ouvrière dans une usine de textile, Roya situe le personnage de Nandini dans cet univers désenchanté du Bangladesh. Véritable usine textile du monde dans laquelle les travailleurs sont des travailleuses. En parallèle, l’histoire de Mita Rahman, la mère de Roya, veuve et délaissée par sa fille, qui trouve son indépendance et son identité dans la rigueur de la religion.
À travers ces portraits de femmes complexes et nuancés, Rubaiyat Hossain croque la société bangladeshie avec brio et finesse.
BANDE ANNONCE
FICHE TECHNIQUE
– Durée du film : 1 h 28
– Titre original : Under Construction
– Date de sortie : 07/06/2017
– Réalisateur : Rubaiyat Hossain
– Scénariste : Rubaiyat Hossain
– Interprètes : Shahana Goswami, Rikita Shimu, Mita Rahman, Shahadat Hossain, Rahul Bose
– Photographie : Martina Radwan
– Montage : Sujan Mahmud
– Musique : Shayan Chowdhury
– Costumes : Shahrukh Amin
– Décors : Joya Haq, Nitee Mahbub
– Producteur : Rubaiyat Hossain pour Khona Talkies, Era Motion Pictures
– Distributeur : Contre-Courants
LIENS
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