3000 nuits : La critique

Date : 02 / 01 / 2017 à 09h00
Sources :

Unification


3000 nuits est un très beau film palestinien qui parle d’un sujet peu traité, l’emprisonnement des femmes palestiniennes.

Le scénario, inspiré d’une histoire vraie, compte l’incarcération d’une jeune institutrice palestinienne dans les années 80. Cette dernière, ayant aidé un jeune homme blessé qu’elle avait croisé en voiture, accusé par la suite d’avoir participé à un attentat, est aussi condamné pour ce même fait et écope de 8 ans de prison.

On va suivre cette femme dans un univers carcéral rude dans lequel palestiniennes et israélienne coexistent dans une entente loin d’être cordiale.

Les Israéliens n’ont pas le beau rôle. Mais les personnages ne sont pas manichéens et certains d’entre eux sont très humains. Les clans formés ne sont pas caricaturaux et les histoires de prisonnières ne sont pas sans rappeler celles que l’on peut découvrir dans les films de prison pour femmes, notamment américains avec leurs clans bien définis.

Le personnage principal est très bien écrit, et ce dernier, malgré son sort, ne se lamente jamais et ne perd en aucun moment espoir en des jours meilleurs.

Il permet d’ailleurs d’évoquer la maternité en prison, ainsi que l’éducation d’un jeune enfant en milieu carcéral. Cette nouvelle vie est d’ailleurs porteuse de joie et adoucit parfois les tensions et les ressentiments entre des femmes qui ont pour la plupart d’entre elles des enfants ou petits-enfants.

D’autres sujets plus classiques de la prison sont évoqués, tout comme la guerre que se livrent les Israéliens et les Palestiniens, conduisant à un cercle sans fin de souffrance, tortures, morts, actes horribles et emprisonnements. Ces derniers ont d’ailleurs conduit en prison depuis 1948 700 000 palestiniens, homme, femmes et enfants.

La réalisatrice, et scénariste, Mai Masri livre un premier film de fiction, après de multiples documentaires, vraiment maîtrisé. Elle s’inspire d’ailleurs de son talent de documentariste pour insuffler une grande vérité et réalité dans ce qu’elle met en scène.

Le décor choisit, une ancienne prison militaire, ajoute beaucoup de réalisme à l’histoire qui est aussi bien servit par son casting en grande partie non-professionnel, dont un jeune garçon de 2 ans parfaitement dirigé.

Il faut aussi saluer la formidable prestation de Maisa Abd Elhadi plus vraie que nature en cette jeune femme courageuse et généreuse qui n’hésite jamais à apporter son aide à ceux qui en ont besoin. Elle éclaire littéralement le film de sa présence et lui donne une très belle sensibilité.

La photographie de Gilles Porte est aussi très belle et les choix de luminosité et de cadrage renforcent l’effet de l’enfermement sans tomber dans le drame ou le misérabilisme.

3000 nuits est un film émouvant mettant en scène une innocente obligée de subir un triste sort suite à sa générosité. C’est une belle histoire rendant hommage aux femmes qui n’abandonnent jamais malgré les évènements auxquels elles sont confrontées et aux mères qui préfèrent donner de l’amour à leurs enfants plutôt que de les éduquer dans la haine.

Avec une photographie réussie, une mise en scène captivante et une actrice magnifique, il ne faut pas hésiter à aller voir une œuvre sans concessions, d’autant que cette dernière à été interdite de diffusion sur le sol français, à Argenteuil. Franchement, c’est à se demander si les censeurs ont visionné le film… Et c’est bien triste de voir ce genre de comportement dans un pays où l’amour du cinéma français et étranger existe depuis des décennies sans jamais faiblir puisque 213 millions de spectateurs se sont déplacés dans les salles obscures en 2016.

Poignant et instructif.

SYNOPSIS

Années 80, à la veille des événements de Sabra et Chatila. La révolte gronde dans une prison israélienne, où sont détenues des prisonnières politiques palestiniennes. Layal, une jeune institutrice de Naplouse, vient d’arriver, condamnée à 8 ans de prison pour un attentat dans lequel elle n’est pas impliquée. Elle partage la cellule d’israéliennes condamnées pour droits communs et s’habitue progressivement à l’univers carcéral. Mais Layal découvre qu’elle est enceinte. Envers et contre tous, elle décide de garder l’enfant.

BANDE ANNONCE


FICHE TECHNIQUE

– Durée du film : 1 h 43
– Titre original : 3000 Nights
– Date de sortie : 04/01/2017
– Réalisateur : Mai Masri
– Scénariste : Mai Masri
– Interprètes : Maisa Abd Elhadi, Nadira Omran, Raida Adon, Abir Haddad, Karim Saleh, Zaid Qoda’, Rakeen Saad, Anahid Fayad
– Photographie : Gilles Porte
– Montage : Michele Tyan
– Musique : Sharif Sehnaoui
– Costumes : Hamada Atallah
– Décors : Hussein Baydoun
– Producteur : Mai Masri, Sabine Sidawi Hamdan, Charlotte Uzu pour Productrice, Nour Films, Orjouane Productions, Les Films d’Ici
– Distributeur : JHR Films

LIENS

– SITE OFFICIEL
– ALLOCINÉ
– IMDB

PORTFOLIO

3000 nuits


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