Abluka - Suspicions : La critique
Abluka est un film d’anticipation qui imagine dans un futur proche, la Turquie sous un régime autoritaire. Les bas-quartiers d’Istanbul, constituent les lieux de l’action du récit. Les rues sont sales, les bâtiments très vétustes et on a du mal à imaginer que des gens puissent y habiter de gaieté de cœur. Même si une certaine solidarité ne manque pas de s’y organiser, l’isolement dû au blocage de ses frontières par la police impacte sur la psyché des protagonistes. Dès les premières minutes du film, la mise en scène d’ Emin Alper, le réalisateur du film, nous immerge dans un environnement qui se veut menaçant et où la violence terroriste est omniprésente. La force du film est de suggérer constamment la présence de cette dernière par le hors-champ afin de nous plonger dans l’ambiance paranoïaque que vivent les deux personnages principaux.
On suit donc Kadir, un homme meurtri, qui vient de sortir de prison de manière anticipée après une très longue peine. En échange, il doit servir d’informateur dans la traque de terroristes. Le personnage est loin d’être manichéen et a une manière souvent brutale et maladroite de se comporter. Ajoutez à cela un soupçon de voyeurisme et de misogynie qui empêcheront sans doute de nombreux spectateurs d’avoir de l’empathie pour lui. Le pauvre est pourtant une victime du délitement de son environnement, mais ce choix, voulu par Emin Alper également scénariste, est là pour nous montrer toute la complexité de l’être humain.
C’est plutôt un sentiment profond de pitié que vous inspirera Ahmet, le petit frère de Kadir. Alors qui a la rude tâche d’abattre des chiens errants, le voilà qui va s’attacher à une de ces pauvres bêtes, ce qui va l’entraîner dans une spirale de problèmes. Il va devoir faire fi de son manque de discernement et de la forte paranoïa qui le ronge pour que cette relation clandestine ne lui porte pas gravement préjudice.
Bien entendu, le destin des deux frères va s’entrecroiser dans une spirale aux conséquences imprévisibles. Le dénouement, aussi brutal que poignant est d’ailleurs très réussi et ne manquera pas de vous faire gamberger, longtemps après avoir vu le film.
Abluka a une dimension politique intéressante qui entre parfaitement en résonance avec l’actualité internationale. Les acteurs sont très convaincants et contribuent brillamment à renforcer la volonté de réalisme du réalisateur. La mise en scène est très travaillée et arrive à impliquer le spectateur pour qu’il ait envie de donner du sens à ce qu’il voit. On sent que les plans ont été faits de manière très réfléchie pour refléter les tourments des personnages. L’atmosphère morne et le rythme un peu lent pourront déplaire, mais sont loin d’entacher toutes les qualités intrinsèques d’un film ambitieux et riche de sens !
SYNOPSIS
Istanbul dans un futur proche : Kadir purge une peine de 20 ans de prison et se voit proposer une libération anticipée. En échange, il s’engage à aider la police dans sa traque contre le terrorisme et accepte d’être leur informateur.
Une fois dehors, il reprend contact avec son petit frère Ahmet, chargé par la mairie d’abattre les chiens errants de la ville. Mais entre chaos politique et obsession paranoïaque, la violence qui entoure les deux frères et la pression des autorités les entraînent dans une spirale infernale.
BANDE ANNONCE
FICHE TECHNIQUE
– Durée du film : 1h59
– Date de sortie : 23/11/2016
– Réalisateur : Emin Alper
– Scénaristes : Emin Alper
– Acteurs : Mehmet Özgür, Tülin Özen, Müfit Kayacan, Ozan Akbaba, Mustafa Kırantepe, Yavuz Pekman
– Photographie : Adam Jadrup
– Musique : Cevdet Erek
– Producteur : Nadir Öperli, Enis Köstepen
– Distributeur : Nour Films
LIENS
PORTFOLIO
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