Free to Run : La critique
Free to Run est un formidable documentaire sur l’histoire de la course à pied des années 60 à aujourd’hui. C’est non seulement un film majeur dans un domaine jamais montré de cette façon, mais un merveilleux récit sociétal parlant de l’émancipation du sport, et des femmes, dans une société en pleine mutation.
Constitué d’interviews de personnes ayant vécu, et fait changer la perception de la course à pieds ces dernières années, et entrecoupée d’images d’archives, le documentaire est passionnant de bout en bout. Car de nombreux éléments sont peu connus, voir mal connus, y compris par la communauté des coureur, et leur présentation entraîne émotions et incrédibilité.
Le réalisateur, Pierre Morath, a d’ailleurs dépensé 350 000 dollars dans le budget « archives et recherches », obtenant ainsi 800 sources différentes avec certaines images complètement inédites. On peut ainsi découvrir, stupéfait, un extrait inédit de la télévision ABC dans lequel on voit en 1967 Kathrine Switzer poursuivie par l’organisateur du marathon de Boston Jock Semple qui veut lui faire quitter une course à l’époque interdite aux femmes.
Car l’une des grandes forces du scénario est de montrer l’émancipation des femmes à travers la pratique du sport. En effet, l’« affaire » de l’arrivée du 800 mètres aux Jeux Olympiques d’Amsterdam a poussé pendant des années les instances sportives à retirer l’autorisation aux femmes de courir cette distance et celles supérieures. Cette distance a de nouveau des décennies plus tard été autorisée et en 1972, elles pouvaient même courir les 15 000 mètres. En effet, une femme étant peu endurante et fragile, une course à pied trop longue pouvant lui décrocher l’utérus, ces dernières étaient shuntées de la course à pied. Cette méconnaissance médicale prête à sourire, si ce n’est qu’elle est tristement révélatrice des pensées communes de l’époque.
Kathrine Switzer et sa course du marathon de Boston, un an après celle de Bobbi Gibb qu’elle avait fait sans dossard, ont fait changer les choses. Après des années de lobbying de sa part, le premier marathon féminin s’est déroulé aux jeux Olympiques de Los Angeles en 1984. Et si les images de la victoire de Joan Benoit sont superbes, celles de l’arrivée de Gabriela Andersen-Shiess épuisée sont poignantes. Plutôt que de renvoyer ces dames à la maison, le courage de l’athlète a permis à la course à pied féminine d’exploser.
Mais la course à pied passe aussi par la pratique du jogging. Cette dernière vient de Nouvelle-Zélande, et est arrivée aux Etats-Unis en 1963. Les pratiquants étaient regardés de travers et l’équipementier Nike passait pour transgressif. C’est le combat d’anonymes et de champions qui a permis de démocratiser cette pratique. Notamment celui de Fred Lebow, organisateur du marathon de New York qui a donné de véritables lettres de noblesse à ce sport en le faisant passer de quelques dizaines de participants à 50 000 dans sa ville, et en l’ouvrant bien sûr aux femmes.
Le documentaire revient aussi sur le statut des athlètes américains qui devaient pratiquer leur sport sans être rémunérés, leurs statuts étant celui d’amateurs. Toucher un centime lié à cette activité les faisait exclure à vie de ce sport par les systèmes sportifs fédéraux. Cet état de fait incroyable pour un sport qui remplissait des stades a été dénoncé par le sportif Steve Prefontaine, qui en a fait son cheval de bataille jusqu’à sa mort tragique dans un accident de voiture à 24 ans.
Le film n’hésite pas d’ailleurs à montrer l’arrivé de l’argent dans ce sport et les dérives qui s’en sont suivies.
Mais beaucoup se sont battus pour la généralisation de courses hors stades, sur les routes et dans la nature. Là aussi les Fédérations ont essayé de leur mettre des bâtons dans les roues, surtout quand des femmes étaient présentes. La revue Spiridon (1972-89) du suisse Noël Tamini a d’ailleurs permis de générer une communauté de coureurs européens et un état d’esprit ouvert et libertaire dans lequel le plaisir de la course est prégnant.
C’est donc un magnifique et passionnant documentaire qui est proposé par Pierre Morath. Ce dernier, ancien athlète de haut niveau a su capter l’essence du sport tout en le mettant d’une formidable façon en exergue avec les changements sociétaux de ces dernières années. Si son film donne une furieuse envie de se mettre à courir, en faisant attentions car, comme dans tous sports, l’abus et la mauvaise pratique peuvent être dangereuses pour l’organisme, il n’élude pas les évènements moins reluisants de ce sport. En effet, il revient sans moralisme et concessions sur la polémique de 2012 concernant le marathon de New York devant avoir lieu quelques jours après que la ville ait été dévastée par l’ouragan Sandy.
Free to Run est un documentaire riche, intéressant et captivant qui est clairement indispensable pour tous les amateurs de course à pied et d’histoire. Entre des interviews prenantes et des images d’archive fascinantes, c’est un fantastique voyage dans le temps et les mœurs qui est proposé. C’est aussi pour moi un véritable coup de cœur qui rappelle que se battre pour de petites choses que certains trouvent sans importance peut changer une société et l’état d’esprit d’une population.
Un hommage magnifique à la course à pied et aux hommes et femmes qui se battent pour la liberté.
SYNOPSIS
Des rues de New-York aux sentiers des Alpes suisses, de Sao Paulo à Paris, Pekin ou Sydney, hommes et femmes, champions ou anonymes...nous sommes chaque année des millions à courir.
Pourtant, il y a à peine 50 ans, cette pratique était uniquement réservée aux hommes, cantonnée aux stades, avec des règles strictes, rétrogrades et sexistes.
Associant témoignages inédits et images d’archives, Free to run raconte pour la première fois la fabuleuse épopée de la course à pied, acte marginal et militant devenu passion universelle.
BANDE ANNONCE
FICHE TECHNIQUE
– Durée du film : 1 h 40
– Titre original : Free to Run
– Date de sortie : 13/04/2016
– Réalisateur : Pierre Morath
– Interprètes : Philippe Torreton
– Montage : Thomas Queille
– Musique : Kevin Queille
– Producteur : Point Prod, Yuzu Productions, Eklektik Productions
– Distributeur : Jour2Fête
LIENS
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PORTFOLIO
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