Maesta, La passion du Christ : La critique
En dernière année des Beaux Arts, Andy Guérif le réalisateur de Maesta découvre un polyptique, c’est à dire un tableau composé de 26 panneaux, représentant La passion du Christ. Fasciné par cette oeuvre réalisée par le maître de la Pré-Renaissance Duccio di Buoninsegna, le réalisateur se met en tête d’animer les personnages de chacun des panneaux, parfois tour à tour ou parfois simultanément. A un moment donné de chacune de ces 26 séquences, les personnages se figent et prennent la pose correspondant à l’instant peint par Duccio. Cet aventure ciné-picturale, produite avec des moyens modestes, a commencé au printemps 2008 et s’est achevé en juin dernier.
D’un point de vue purement artistique, le pari est largement réussi. La photographie et le choix des costumes sont fidèles à l’oeuvre de Duccio. Nous avons réellement l’impression de voir le tableau prendre vie, et même de le retrouver à l’identique lorsque l’ensemble des personnages prennent la pose. Cependant cette fidélité radicale a un prix. Tout d’abord, le tableau du maître étant présenté dans son ensemble à l’écran, la vignette où se déroule l’action a une taille vraiment ridicule qui ne donne pas une très bonne visibilité, malgré la taille de l’écran. Etonnamment, seule la première scène bénéficie d’un zoom sur la vignette. Vous êtes donc prévenus, si vous voulez apprécier ce qu’il y a l’écran de façon correcte, mettez vous donc absolument au premier rang. On peut d’ores et déjà se demander comment le film pourra être exploité convenablement pour une diffusion à la télévision, sans compter qu’il ne sera pas possible de se passer de la haute-définition, afin de ne pas avoir une bouillie de pixels colorés.
Autre écueil, chaque saynète s’accompagne soit d’un brouhaha permanent lors des scènes de foule, ou bien de dialogues difficilement audibles dans les scènes plus intimes. Peut être était ce une façon de faire comprendre au spectateur que la compréhension que l’on doit avoir de La passion ne devait être dépendante que de la mise en scène, libérée de tous artifices. En effet, le film ne comporte pas de musique et aucun effets dramatiques : on est très loin de la vision de La passion de Mel Gibson, remplies d’effets pompiers. C’est même tout le contraire, Les vignettes s’enchaînent sobrement les unes après les autres, de manière un peu trop mécanique, et l’ennui fini par pointer le bout de son nez, surtout lorsque l’on sait déjà ce qui est raconté dans le Nouveau Testament.
Le film manque d’une réelle transcendance. Pourtant, en le voyant s’ouvrir sur la crucifixion du Christ, on se plaît à croire que l’histoire va être montrée de façon non linéaire, offrant au récit presque connus de tous, un dynamisme un peu plus poussé. C’est tout le contraire qui va en fait se passer, et on aura même le droit de revoir la crucifixion une deuxième fois à l’identique. Il y a bien certaines vignettes ( notamment celle où il y a la construction du tombeau du Christ), qui s’animent simultanément avec les autres, donnant alors une impression de vie globale à l’ensemble, mais c’est bien peu.
Au final, si formellement Maesta, La passion du Christ est un véritable bijou en terme de reproduction fidèle d’une l’oeuvre peinte, la dynamique imposée au récit peine à maintenir notre attention tout au long de la projection. Vu le travail de titan qui a été déployé, le film mérite néanmoins qu’on s’y intéresse et contentera sans doute, du moins sur sa partie purement formelle, les amateurs d’art et/ou d’expériences originales.
SYNOPSIS
Andy Guérif adapte la Maestà de Duccio en tableau vivant : le récit de la passion du Christ en 26 panneaux successifs, de l’entrée à Jérusalem au chemin d’Emmaüs.
BANDE ANNONCE
FICHE TECHNIQUE
– Durée du film : 1h01
– Titre original : Maesta, La passion du Christ
– Date de sortie : 18/11/2015
– Réalisateur : Andy Guérif
– Interprètes : Jêrome Auger, Mathieu Bineau, Jean-Gabriel Gohaux, Paul Beneteau Guillaume Boissinot, Pierre Josse, François Guindon, Grgory Markovic
– Photographie : Steven Le Guellec
– Montage : Cécile Pradere
– Musique : Gwenaël Labartha
– Costumes : Maryvonne Guérif, Audrey Gohaux, Violaine Paul-Azard
– Décors : Simon Grossin, Andy Guérif
– Producteur : Thierry Lounas pour Capricci Production
– Distributeur : Capricci Films
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