Vierge sous serment : La critique
Vierge sous serment est un film qui parle d’une étrange tradition d’Albanie qui a toujours cours dans la partie montagneuse jouxtant le Kosovo. En effet, les femmes n’ont pas beaucoup de droits en dehors de se taire et d’approuver ce que disent les hommes. Néanmoins une coutume bicentenaire permet à certaines d’entre elles de prêter un serment dans lequel elles renoncent à toute sexualité. En échange, elles peuvent exercer un métier d’homme, porter un fusil, boire, fumer et être considérées comme des hommes puisqu’elles doivent s’habiller en conséquence et avoir les cheveux courts.
Une telle pratique parait invraisemblable aujourd’hui, mais pourtant les rudes conditions montagnardes permettent à celle-ci de perdurer, quoique le dernier serment prêté a eu lieu il y a 15 ans. D’un autre côté, le mariage n’est pas non plus la condition la plus heureuse qu’il soit. En effet dans une scène glaçante, le père montre à sa fille une balle et lui dit froidement qu’il la donnera à son mari et que si elle ne se comporte pas bien, il pourra l’utiliser.
Toujours est-il que le film se veut respectueux à la fois de cette tradition en prenant le soin d’une documentation précise, et du peuple albanais, le film étant en grande partie tourné dans cette langue alors que la majorité de l’histoire se passe en Italie.
Le scénario se focalise sur une jeune femme qui a prêté serment et qui décide de quitter son pays pour retrouver sa sœur adoptive en Italie. A travers ce voyage, aussi bien physique qu’intérieur, c’est aussi sa féminité et un nouvel avenir qu’elle essaye de trouver.
Le film alterne aussi temps réel et flash-back, ce qui permet de découvrir les origines du choix d’Hana et de se sentir progressivement plus proche d’un personnage taiseux et introverti.
Alba Rohrwacher porte clairement Hana/Marc sur ses épaules et l’incarne avec une grande puissance. Elle donne au personnage une forte volonté associée à une grande fragilité. Il lui suffit d’une posture oud’ un regard pour faire ressentir toute la fatigue, le malaise ou les espoirs d’un rôle d’une grande ambiguïté.
Flonja Kodheli joue avec sensibilité sa sœur et apporte une certaine luminosité à une histoire pas vraiment drôle et un contrepoint plus chaleureux et ouvert que le rôle principal.
Lars Eidinger joue lui l’homme troublant qui attire le personnage principal. Un homme dont une certaine violence laisse planer une étrange sensation sur la relation qui lie les deux acteurs, d’autant que la réalisatrice et co-scénariste Laura Bispuri a souhaité en faire l’alter-égo d’Hana.
La bonne idée de la mise en scène, qui a été ajouté à l’œuvre dont le film est tiré, est la piscine. Cet espace dans lequel les corps s’exposent et se livrent sans faux semblants permet une très intéressante mise en abîme sur la relation qu’a Hana/Marc par rapport à sa nature profonde et son propre corps.
De plus les extraits de natation synchronisée qui s’y déroulent apportent une certaine légèreté au film.
Vierge sous serment est un très beau film. Poignant, délicat, choquant, étonnant, avec une actrice principale formidable et un casting très juste, l’histoire ne laisse pas indifférent. Le film a d’ailleurs eu le Prix Nora Ephron au Festival de Tribeca 2015.
Un beau portrait de femme pour un film sombre mais non dénué d’espoir. Émouvant.
SYNOPSIS
Hana a grandi dans un petit village reculé d’Albanie où le sort des femmes n’est guère enviable. Pour ne pas vivre sous tutelle masculine, elle choisit de se plier à une tradition ancestrale : elle fait le serment de rester vierge à jamais et de vivre comme un homme. Vierge sous serment suit la trajectoire d’une femme vers sa liberté, par-delà les écrasantes montagnes albanaises et jusqu’en Italie.
BANDE ANNONCE
FICHE TECHNIQUE
– Durée du film : 1 h 27
– Titre original : Vergine Giurata
– Date de sortie : 30/09/2015
– Réalisateur : Laura Bispuri
– Scénariste : Laura Bispuri, Francesca Manieri d’après l’œuvre de Elvira Dones
– Interprètes : Alba Rohrwacher, Flonja Kodheli, Lars Eidinger, Luan Jaha, Bruno Shllaku, Ilire Vinca Celaj, Drenica Selimaj, Dajana Selimaj
– Photographie : Vladan Radovic
– Montage : Jacopo Quadri, Carlotta Cristiani
– Musique : Nando Di Cosimo
– Costumes : Grazia Colombini
– Décors : Ilaria Sadun, Tim Pannen
– Producteur : Gregorio Paonessa, Maurizio Totti, Alessandro Usai, Dan Wechsler, Michael Weber, Viola Fügen, Sabina Kodra, Robert Budina pour Vivo Film, Colorado Film Production
– Distributeur : Pretty Pictures
LIENS
– SITE OFFICIEL
– ALLOCINÉ
– IMDB
PORTFOLIO
Les illustrations des articles sont Copyright © de leurs ayants droits. Tous droits réservés.














