La Sapienza : La critique
La Sapienza est un film qui m’irrite beaucoup. Il avait tous les éléments pour être un bon film original. Et puis il y a le réalisateur Eugène Green et sa direction d’acteur…
Le scénario est original en ce sens qu’il tourne autour de l’architecture, le protagoniste principal est architecte, et que la vie de Francesco Borromini est le fil rouge du film. Ce personnage historique italien qui est connu pour son architecture baroque vient hanter les pensées et les pas des interprètes du film. Ces derniers sont moins passionnants mais l’interaction entre le couple dont le mariage s’érode et la fratrie dont la jeunesse est vibrante aurait pu être très intéressante.
Le film offre des images d’une grande beauté, principalement de l’Italie et des monuments réalisés par Francesco Borromini. La photographie est belle, les cadrages classiques mais efficaces, et la lumière maîtrisée.
Les acteurs sont bons, ce que l’on découvre avec joie quand l’un d’entre eux oublie de jouer comme un automate. En effet, c’est là où le film devient irritant pour virer au pénible. Le jeu des acteurs. Et franchement je ne pense pas du tout m’être trouvée devant de mauvais comédiens, mais face à des artistes à qui on a demandé de déclamer leur texte, sans émotion et avec le minimum d’interaction avec les autres. Parfaitement ! Des dialogues déclamés, d’une voix atone si possible. Or l’italien, la langue principale du film, est une langue chantante et les jeunes acteurs italiens qui se laissent parfois entraîner par sa musicalité apportent une bouffée d’air pur au pauvre spectateur. Ce dernier est pris en otage dans la version cinématographique du filage d’une pièce de théâtre sans émotions. L’une des scènes les plus pénibles est d’ailleurs celle dans laquelle la femme de l’architecte travaille avec ses collègues une présentation qu’elle doit faire. Je me suis honnêtement demandé à ce moment-là si la scène ne se voulait pas comique avant de comprendre peu de temps après que le ton du film entier serait dans cette nuance : ânonnement monocorde du texte. Bien sûr le corps de l’acteur se doit d’être au diapason de cet exercice de style : rigide avec un visage figé et si possible en ne regardant pas l’acteur auquel on parle. Les scènes du balcon ou du lit en sont de parfaites démonstrations.
Il arrive d’ailleurs un moment ou la peine de les voir jouer de cette façon s’efface au profit de la colère vis-à-vis des choix effectués. J’ai d’ailleurs eu des envies de couper le son et de passer aux sous-titres. La déclamation peut être vraiment pesante à l’écoute quand elle se prolonge trop longtemps.
Certes le couple est en déliquescence et essaye de se retrouver. Certes les 1 h 44 du film sont là pour les montrer en train d’essayer de se retrouver et de se rapprocher. Mais il n’y avait pas besoin d’une telle lourdeur pour enfoncer le clou. Voir l’acteur principal esquisser un sourire à la fin du film est presque un soulagement de savoir que ce dernier a finalement des zygomatiques fonctionnels.
La Sapienza est un film qui m’a agacé, profondément. Dans un film, c’est généralement l’histoire sur laquelle je vais porter mon attention. Les images, effets spéciaux, photographie et mise en scène peuvent me faire voyager, parfois très loin. Mais il faut avouer qu’un film, aussi bon soit-il, ne sera jamais un grand film sans de grands acteurs. Et c’est à ce niveau-là que le film pèche. Le film aurait pu passer avec des marionnettes ou des robots à la place d’acteur de chair et de sang. J’ai vraiment du respect pour eux. Etre comédien n’est vraiment pas un métier facile, surtout quand on vous fait jouer un rôle de la sorte.
Amateur d’architecture, le film devrait vous plaire et vous enrichir de l’histoire de son art.
Amateur de performance scénique, vous pourrez être emballé devant un tel exercice de style ou en sortir profondément dégoûté comme moi.
Un film bien irritant et c’est franchement dommage…
SYNOPSIS
À 50 ans, Alexandre a derrière lui une brillante carrière d’architecte. En proie à des doutes sur le sens de son travail et sur son mariage, il part en Italie accompagné de sa femme, avec le projet d’écrire un texte qu’il médite depuis longtemps sur l’architecte baroque Francesco Borromini. En arrivant à Stresa, sur les rives du Lac Majeur, ils font la rencontre de jeunes frères et soeurs, qui donneront un tout autre tour à cette échappée italienne.
BANDE ANNONCE
FICHE TECHNIQUE
– Durée du film : 1 h 44
– Titre original : La Sapienza
– Date de sortie : 25/03/2015
– Réalisateur : Eugène Green
– Scénariste : Eugène Green
– Interprètes : Fabrizio Rongione, Christelle Prot, Ludovico Succio, Arianna Nastro, Hervé Compagne, Sabine Ponte, Gilles Tonnelé
– Photographie : Raphaël O’Byrne
– Montage : Valérie Loiseleux
– Costumes : Agnès Noden
– Décors : Giorgio Barullo
– Producteur : Alessandro Borrelli, Martine De Clermont-Tonnerre pour Mact Productions, La Sarraz Pictures
– Distributeur : Bodega Films
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