Le président : La critique
Le président est un film sur la fin d’un dictateur, et la violence générée par la disparition d’un état autoritaire. Si quelques passages sont drôles, c’est une grande violence qu’a voulu décrire le réalisateur Mohsen Makhmalbaf, celle des militaires qui sont livrés à eux-mêmes, et celle des habitants d’un pays qui en l’absence de règles, retournent à une certaine brutalité.
Le scénario co-signé par le réalisateur et sa femme Marziyeh Meshkini décrit la fin d’une dictature d’un pays d’Europe de l’Est imaginaire. Mais il a été écrit en s’inspirant des évènements de la chute d’un certain nombre de dictatures ces dernières années. Et toutes ont eu pour similitude une déstabilisation du pays et une grande violence, qui était généralement supérieure à la violence chronique sous le joug du dictateur. Il n’est malheureusement pas besoin de remonter loin dans le temps, ni de voyager à l’autre bout du monde, pour vérifier cette triste réalité.
L’histoire se concentre sur l’ancien dictateur du pays qui essaye de traverser ce dernier en compagnie de son petit-fils de 5 ans afin de se mettre à l’abri. Le personnage du jeune enfant permet de mettre en abîme le comportement du dictateur à travers les questions que lui pose son héritier. Ces questions innocentes comme « qu’est-ce que la torture ? » gênent le dictateur, et permettent à ce dernier une prise de conscience de ses actes.
D’ailleurs, la formidable scène d’ouverture, qui est l’idée de départ du film, montre une ville que l’on peut éteindre d’un simple coup de fil. Une séquence d’une grande force visuelle qui montre en quelques minutes les abus d’un régime dictatorial absolu.
Misha Gomiashvili est superbe en dictateur vieillissant qui perd de sa superbe au fur et à mesure de sa fuite et de sa survie dans un pays qui veut l’exécuter. La très belle scène des toilettes montre à quel point l’homme est éloigné de la réalité de la vie. Et l’acteur incarne très bien ce personnage autoritaire qui aime profondément son petit-fils, ce qui le rend attachant.
Le jeune acteur Dachi Orvelashvili livre une belle performance. On ressent très bien l’usure qui gagne ce jeune enfant alors qu’une situation extraordinaire qui l’amuse beaucoup au début se prolonge et prend une tournure plus violente et mortifère.
La réalisation est très sobre, sauf au début du film dans lequel la dictature est encore vivace. Les couleurs de la première partie du film s’assombrissent de plus en plus, offrant une vision plus obscure d’un pays qui sombre dans l’anarchie. Si le réalisateur Mohsen Makhmalbaf fait le choix de ne pas montrer certaines scènes difficiles qui se déroulent hors champs, mais que l’on entend quand même, ce n’est pas un mal. En effet, toutes les exactions humaines sont représentées et ces dernières sont loin d’être agréables.
Le président est un film réussi sur la fin d’une dictature. Réaliste, parfois cru mais ponctué de moments de grâce et plein de drôlerie, souvent liés au jeune acteur, le film interpelle le spectateur. Le rôle-titre qui porte l’œuvre sur ses épaules est parfaitement crédible.
Un film d’une terrible actualité qui présente sans concession la nature humaine profonde mais offre au final une belle lueur d’espoir à l’humanité en général.
A voir en gardant à l’esprit que certaines scènes sont dérangeantes.
SYNOPSIS
Le Président et sa famille dirigent leur pays d’une main de fer, profitant d’une vie luxueuse pendant que ses sujets vivent dans la misère. Du jour au lendemain, un violent coup d’état met fin à cette dictature et le Président devient l’homme le plus recherché du pays. Avec son petit-fils de 5 ans, il tente alors de rejoindre la mer où un navire les attend pour les mettre hors de danger. Grimés en musiciens de rue, ils se retrouvent confrontés à la souffrance et à la haine que le Président a suscité….
BANDE ANNONCE
FICHE TECHNIQUE
– Durée du film : 1 h 59
– Titre original : The President
– Date de sortie : 18/03/2015
– Réalisateur : Mohsen Makhmalbaf
– Scénariste : Mohsen Makhmalbaf, Marziyeh Meshkini
– Interprètes : Dachi Orvelashvili, Misha Gomiashvili, Guja Burduli, Ia Sukhitashvili, Zura Begalishvili, Lasha Ramishvili, Dato Beshitaishvili, Eka Kakhiani
– Photographie : Konstantine Mindia Esadze
– Montage : Hana Makhmalbaf, Marziyeh Meshkini
– Musique : Guja Burduli, Tajdar Junaid, Daler Nazarov, Kvicha Maglakelidze
– Costumes : Ketevan Kalandadze
– Décors : Mamuka Esadze
– Producteur : Mike Downey, Sam Taylor, Maysam Makhmalbaf, Vladimer Katcharava pour Creativity Capital
– Distributeur : Bac Films
LIENS
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