All About Albert : La critique
SYNOPSIS
Mère divorcée, Eva se passionne pour son métier de masseuse. Très attachée à sa fille, elle redoute le jour – désormais imminent – où celle-ci va quitter la maison pour aller à l’université. A l’occasion d’une soirée, elle rencontre Albert, un homme doux, drôle et attachant qui partage les mêmes appréhensions qu’elle. Tandis qu’ils s’éprennent l’un de l’autre, Eva devient l’amie et confidente de Marianne, une nouvelle cliente, ravissante poète qui semblerait parfaite si seulement elle n’avait pas un énorme défaut : dénigrer sans cesse son ex-mari. Soudain Eva en vient à douter de sa propre relation avec Albert qu’elle fréquente depuis peu.
NOTRE AVIS
All about Albert, comme la plupart des films de Nicole Holofcener, déborde de son cadre, il ne s’agit pas uniquement d’une simple comédie romantique. La finesse de la réalisation, des dialogues, la construction travaillée des personnages font de ce film un portrait riche et incroyable juste, du rapport que l’on a à soi même, à sa propre histoire et à l’autre, dès lors qu’on laisse ses peurs prendre le dessus. Ce film a l’originalité d’être profond et drôle à la fois. Il nous emporte doucement mais sûrement. Le sourire du regretté James Gandolfini y est pour beaucoup.
Le hasard d’une soirée va conduire Eva à rencontrer un homme Albert (James Gandolfini ) et une nouvelle cliente* Marianne (Catherine Keener) qui deviendra une amie, (Eva est masseuse). Débute alors en parallèle, une relation amoureuse épanouissante et une relation amicale basée sur l’admiration d’Eva pour Marianne.
L’épreuve émotionnelle que fut leur divorce respectif lie ces trois personnages. L’élément perturbateur de ces relations naissantes réside dans la découverte d’Eva et le choix qui va être le sien de ne rien dire : Marianne n’est autre que l’ex femme d’Albert.
Marianne, poétesse, raffinée, peu conscience de ses défauts, porte un jugement sans appel sur son ex mari : son surpoids, ses habitudes auxquelles elle donne un sens symbolique qui frise le ridicule, le non sens de sa vie etc. Pourtant, Albert est aussi un homme sensible, sincère, timide et séduisant.
L’amour, bienveillant, léger, authentique et ponctué d’éclats de rire partagés entre Eva et Albert ne suffira pas à faire taire les angoisses d’Eva. Elle se met sciemment sous l’influence de Marianne et imagine profiter de son expérience pour tester sa nouvelle relation et ainsi ne pas perdre de temps, diminuer les chances de se tromper.
Le talent de Nicole Holofcener est de montrer au delà du cynisme apparent de la situation, toute l’humanité d’Eva : sa peur de se retrouver seule après le départ de sa fille pour l’université, sa peur d’aimer un homme à nouveau après un divorce éprouvant, sa peur de faire confiance à son instinct car les blessures sont encore vives. Il est question de ses peurs à elle sans arrêt, l’autre passe après au risque de le blesser. Chercher chez une autre ses propres réponses c’est déjà se renier un peu soi même.
Ce film nous enseigne avec grâce, beaucoup d’humour et d’émotions à apprécier ce que l’on est, ce que l’on a, ce que l’on vit. La force d’Albert, incarné magistralement par James Gandolfini, nous font prendre conscience qu’il est parfois sage de simplement baisser sa garde, de lâcher prise, d’être tel que l’on est plutôt que de se protéger à outrance.
Cette comédie est également une succession de portraits de femmes, avec force et contradiction. Sarah (Toni Collette) la meilleure amie d’Eva symbolise parfaitement plusieurs femmes à elle toute seule : meilleure amie, épouse, mère, femme active. Elle n’est pas forcément plus heureuse et traîne aussi sa complexité. Elle s’est aussi éloignée d’elle même et a plus conscience de la nécessité de caser les célibataires que du miroir peu reluisant renvoyé par son propre couple. Les trois jeunes actrices - Tracey Fairaway dans le rôle d’Ellen, la fille unique d’Eva, Eva Hewson, Tess, la fille d’Albert et Marianne et Tavi Gevinson, Chloé la meilleure amie d’Ellen - incarnent avec justesse les trois femmes en devenir qu’elles sont.
Nicole Holofcener dresse un portrait réussi de ceux qui hyper-conscients de ce qu’ils vivent passent parfois à côté de l’essentiel et pointe du doigt avec subtilité que dans les relations humaines, la cruauté n’a pas de genre.
BANDE ANNONCE
FICHE TECHNIQUE
– Durée du film : 1 h 33
– Titre original : Enough Said
– Date de sortie : 26 mars 2014
– Réalisateur : Nicole Holofcener
– Scénariste : Nicole Holofcener
– Interprètes : Julia Louis-Dreyfus, James Gandolfini, Catherine Keener, Toni Collette, Tavi Gevinson et Ben Falcone
– Photographie : Xavier Pérez Grobet
– Montage : Robert Frazen
– Musique : Marcelo Zarvos
– Décors : Keith P. Cunningham
– Costumes : Leah Katznelson
– Producteur : Anthony Bregman et Stefanie Azpiazu pour Fox Searchlight Pictures et Likely story
– Distributeur : Twentieth Century Fox France
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